Amélioration (commentaire)

L’Inquisition appelait « adoratio » (adoration) la prosternation rituelle que faisaient les « credentes hereticorum » (croyants des hérétiques) aux « perfecti heretici » (parfaits hérétiques)1. Cependant, les cathares n’appelaient pas cela une « adoration », mais une « amélioration », soit « melioramentum » en latin. D’ailleurs, le « Manuel de l’inquisiteur » de Bernard Gui le reconnaît : « les hérétiques apprennent à leurs croyants à leur rendre une marque de respect qu’ils appellent « Amélioration » et que nous appelons « Adoration » »2.

En latin, « adoratio » signifie littéralement « prier devant ». Adorer n’est donc pas en soi un mot infamant, mais il était bel et bien employé de manière infamante par l’Inquisition. Elle accusait ainsi les cathares d’adorer des hommes à la place de Dieu pour la simple raison qu’ils se prosternaient devant eux. Cette accusation rendait le « melioramentum » éminemment condamnable. Et c’est bien là que réside toute la perversité de l’Inquisition : faire passer une « amélioration » de sa personne pour une « adoration » d’une tierce personne ! C’est donc par une association indue que Bernard Gui et ses devanciers ont dénaturé le sens du « melioramentum » cathare.

Le « melioramentum » des Cathares tire son nom du latin « melioratio », qui signifie « amélioration », et de « melior », qui signifie « meilleur ». Cette racine latine a donné au français l’adjectif « mélioratif », littéralement « qui sert à améliorer ». Par conséquent, l’idée principale exprimée par le mot « melioramentum » est l’amélioration, ce qui rend meilleur. Ainsi, le sens même du mot employé par les chrétiens cathares rend bien compte que le « melioramentum » améliore celui qui le pratique. Il le rend meilleur. Il n’est pas une « adoration » ou « une marque de respect ».

Pourtant, l’Église catholique pratiquait elle aussi une prosternation rituelle, « veniae » en latin, que faisaient les moines quand ils battaient leur coulpe devant leur Père Abbé. En effet, « venia » signifie à la fois le repentir et le regret. Ces prosternations monastiques pénitentielles exprimaient donc la contrition du cœur et l’imploration du moine pour l’absolution de ses péchés, et nullement « l’adoration » du Père Abbé ! Et il faudrait être bien retors pour affirmer le contraire.

Dans le monde orthodoxe, le « melioramentum » cathare n’a pas fait l’objet d’un tel réquisitoire. En fait, les Orthodoxes n’en parlent même pas, parce que cet usage était comparable au leur. Il était perçu comme des plus normal et naturel pour la bonne raison qu’eux-mêmes avaient pour usage rituel de se prosterner devant leurs popes, y compris devant les icônes et les croix. Usage, d’ailleurs, toujours en vigueur de nos jours. De sorte que l’on peut dire que là ou un catholique aurait tendance à s’agenouiller, l’orthodoxe se prosterne. Les orthodoxes appellent leurs prosternations « métanies », du grec « μετάνοια » (metanoia), qui signifie littéralement « changer de sentiment ». Ainsi donc, les métanies orthodoxes n’expriment pas vraiment la contrition du cœur des « veniae » catholiques, mais plutôt la conversion du cœur. Les métanies n’ont pas le caractère pénitentiel des veniae et ne sont pas réservées aux seuls moines. Il est l’acte par lequel tout baptisé, fidèle ou religieux, manifeste sa foi, c’est-à-dire sa profonde conversion de cœur.

Il n’est pas non plus inutile de faire un parallèle du « melioramentum » cathare avec l’hommage de la société féodale d’alors. Ce rite de l’hommage consistait pour un vassal à s’agenouiller mains jointes devant son suzerain et à lui donner un « baiser de Paix ». Si l’hommage établissait un lien de vassalité et de suzeraineté, il était surtout le fait de deux hommes libres qui manifestaient de bonnes intentions de cœurs l’un envers l’autre. L’hommage excluait en principe toute intention de rivalité et acte de malveillance, et a fortiori de guerre. Il était au contraire un engagement d’aide et d’appui réciproque.

On comprend alors combien le « melioramentum » cathare entre en résonance avec les « veniae » catholiques, les métanies orthodoxes et l’hommage féodal. On comprend aussi combien était retorse l’Inquisition pour travestir ce rite de la prosternation en idolâtrie pour les cathares seulement. En dépit du procès d’intention de l’Inquisition, le « melioramentum » des cathares se fondait dans le même creuset des usages orthodoxes et catholiques hérités du plus haut christianisme.

Maintenant que nous avons compris que le « melioramentum » des cathares n’est pas une « adoration » ou « une marque de respect », mais un acte de foi qui rend meilleur, qui améliore, nous le nommerons désormais « Amélioration ».

Il ne nous reste plus maintenant qu’à comprendre la raison pour laquelle l’Amélioration est précisément méliorative.

Pour le comprendre, il faut absolument intégrer une donnée fondamentale de la foi cathare. La présence de Dieu n’est pas dans l’hostie consacrée par le prêtre et gardée cadenassée dans le fond obscur et glacé des églises, mais dans l’Église vivante elle-même, c’est-à-dire dans les vrais et bons chrétiens et les vraies et bonnes chrétiennes. Le rituel cathare de Lyon, l’exprime avec force : « Vous devez comprendre que quand vous êtes devant l’Église de Dieu, vous êtes devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Car l’Église signifie assemblée, et là où sont les vrais chrétiens, là sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit »3. En effet, pour les cathares, l’Église n’est pas une institution et encore moins le bâtiment que l’on appelle à tort église, mais bien la communauté des disciples du Christ. Une déposition d’un croyant nous a d’ailleurs transmis cette très belle métaphore qui illustre bien l’idée : « Ils disaient que c’étaient eux qui étaient l’Église de Dieu, et leur Église avait des yeux, des oreilles, des pieds et des mains : elle voit, entend et parle. Et ils disaient que l’église romaine n’était rien et ne valait rien, car elle est de pierre, de chaux, de terre et de bois »4. Les croyants des chrétiens cathares en étaient convaincus : « il n’y a d’Église de Dieu que là où il y a un bon chrétien, car lui est l’Église de Dieu »5.

Aussi, se prosterner devant un vrai et bon chrétien ou une vraie et bonne chrétienne, c’est se prosterner « en esprit et en vérité » (Jean 4 : 23) devant Dieu. Car tel est bien l’enseignement de l’apôtre Paul aux premiers chrétiens : « vous êtes le temple de Dieu, et […] l’Esprit de Dieu habite en vous » (I Corinthiens 3 : 16)6. D’ailleurs, le « Manuel de l’inquisiteur » a été bien forcé de le reconnaître : « Quant à la susdite révérence [la prosternation], les hérétiques prétendent qu’elle s’adresse, non pas à eux-mêmes, mais au Saint-Esprit qui, disent-ils, habite en eux »7.

Autrement dit, l’Esprit Saint de Dieu réside dans l’assemblée des vrais et bons chrétiens et des vraies et bonnes chrétiennes, c’est-à-dire dans l’Église. Et cet Esprit de Dieu n’est pas la troisième personne dont on ne sait quelle trinité, mais la puissance de Dieu, et cette puissance de Dieu, c’est la dilection, car « Dieu est dilection » (I Jean 4 : 8). Ainsi donc, l’Esprit de Dieu, c’est sa puissance de dilection que rien ne peut abattre ou vaincre, comme l’a si bien exprimé l’apôtre Paul : « ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de la dilection de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 8 : 39).

Ainsi, le propre de la présence de Dieu, c’est la dilection, et c’est cette puissance de dilection, l’Esprit Saint, qui est présent dans les vrais et bons chrétiens et les vraies et bonnes chrétiennes. C’est pourquoi Paul écrivait : « la dilection de Dieu est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit » (Romains 5 : 5).

L’Esprit Saint est appelé « Paraclet » en grec et « Consolateur » en latin, c’est-à-dire celui qui soutient, qui aide. Et c’est ce soutien et cette aide de la puissance de Dieu, l’Esprit Saint, qui est présent en ses fils. Le Christ en premier lieu et tous ceux qui sont ses disciples, car eux aussi deviennent « Enfants de Dieu » (Jean 1 : 12), comme l’annonce le Prologue de l’Évangile selon Jean. Et c’est bien cette présence infinie de la dilection de Dieu que le Christ promet à ses disciples quand il leur annonce son départ : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous » (Jean 14 : 16)8. Ainsi, ce qui demeure en tout véritable chrétien ou chrétienne, c’est l’Esprit Saint, la puissance de Dieu, la dilection.

Nous comprenons donc maintenant pourquoi l’Amélioration est méliorative, car elle met, « en esprit et en vérité » (Jean 4 : 23), en présence de Dieu, ou plus précisément, en présence de l’Esprit de dilection de Dieu, le Saint-Esprit, qui anime les bons chrétiens et bonnes chrétiennes. Le rituel cathare de Florence l’énonce d’ailleurs clairement : « par l’intermédiaire des bons chrétiens […], vous êtes temporellement devant l’Église de Dieu où habitent spirituellement le Père, le Fils et le Saint-Esprit »9.

Contrairement à ce que peut laisser accroire le « Manuel de l’inquisiteur », l’Amélioration n’est pas un rite dévolu aux croyants seulement. L’Amélioration est en premier lieu le rite des chrétiens cathares eux-mêmes, mais elle est élargie aux croyants parce qu’elle est un acte et une profession de foi propre à tous les membres l’Église cathare, qu’ils soient chrétiens ou croyants. En effet, l’Église cathare se compose de chrétiens, les baptisés d’Esprit Saint, et de croyants, les catéchumènes, c’est-à-dire ceux qui sont en formation en vue du baptême. Or, on devient un croyant, c’est-à-dire un catéchumène de l’Église cathare, en étant admis à faire le rite de l’Amélioration des chrétiens. C’est ainsi que l’on devient membre de l’Église cathare. La déposition d’Alazaïs de Bax le confirme. Elle témoigne qu’elle devint croyante à l’instant précis où elle fit son Amélioration : « Interrogée si elle fut croyante des hérétiques, elle répondit que oui, à l’instant qu’elle les adora »10.

L’Amélioration n’est pas réductible à son seul aspect visible, la prosternation. Elle est spirituellement une confession de foi, la reconnaissance de l’Esprit Saint dans l’Église des bons chrétiens et bonnes chrétiennes. C’est cet acte et cette confession de foi fondamentale qui fait de tout homme ou femme un membre de l’Église cathare à part entière. Mais l’Amélioration manifeste surtout la réciprocité du lien de dilection qui s’établit entre membres de l’Église cathare, chrétiens et croyants. Faire son Amélioration implique l’engagement de ne faire aucun mal ou tort à un autre membre de l’Église cathare, qu’il soit chrétien ou croyant.

La relation qui doit s’établir est celle de la dilection et de l’humilité. C’est la condition sine qua non pour être admis au sein de l’Église cathare et pour être habilité à faire son Amélioration. Pierre Issaurat en témoigne quand il relate son admission comme croyant à l’Inquisition : « Ils dirent qu’ils étaient de bons chrétiens, et tenaient la foi et la voie de Dieu et des apôtres, et que je ne les dénonce à personne, mais qu’en tout lieu, je les tienne et les garde en secret. Eux me mettraient dans la voie du salut si je voulais les croire. Je répondis à ces parfaits que je voulais les croire et faire leur volonté dans ce qu’ils me montreraient et diraient pour le salut de mon âme, et que je les tiendrais et garderais en secret et les aimerais de tout mon cœur »11. Aimer de tout son cœur tel est le maître mot de l’Amélioration. Aimer, non pas abstraitement et facilement un Dieu que l’on ne voit ni ne touche et qui n’a pas plus de défauts que de besoins, mais concrètement et réellement les vrais et bons chrétiens et vraies et bonnes chrétiennes, avec leurs qualités et leurs défauts. Il est là l’acte de foi sans lequel rien ne peut advenir. Comme le disait si bien l’apôtre Paul, « si je n’ai pas de dilection, je ne suis rien » (I Corinthiens 13 : 2).

Être membre de l’Église cathare implique donc d’être solidaire avec tous les autres membres. Cela exclut notamment le mensonge, la violence et toute autre forme de malfaisance. Cela exclut surtout l’esprit de la Loi au profit de l’esprit de dilection, qui s’exprimait, entre autres, à l’époque médiévale, par le refus absolu de recourir, entre croyants, à la Justice, aux tribunaux, pour régler un différend. Faute de quoi on s’excluait de l’Église cathare. Les différents entre croyants étaient réglés sur l’arbitrage de Bons Chrétiens, qui étaient bien de simples arbitres et non point des juges. Ils ne prononçaient aucune sentence et n’imposaient quoi que ce soit. Cet arbitrage de l’Église consistait seulement à amener les parties à un règlement à l’amiable de leur différent.

Le double mouvement de la dilection, qui relie les croyant et les chrétiens par le biais de l’Amélioration, peut être parfaitement illustré par deux citations profanes. Goethe disait que « l’on n’apprend que de qui on aime »12, et Socrate disait que l’on ne peut que « rendre meilleur l’objet de son amour »13. Ainsi, les croyants ne peuvent apprendre des Bons Chrétiens et Bonnes Chrétiennes que par la dilection qu’ils leur portent. De même, les Bons Chrétiens ne peuvent que rendre meilleur les croyants que par la dilection qu’ils leur portent. Comme l’écrit l’apôtre Paul : « la dilection ne fait point de mal au prochain » (Romains 13 : 10). Il est au contraire le principe et la source de tout bien.

L’Amélioration est aussi, pour le croyant, les prémices de la conversion qui mènent au baptême, la « Consolation », et pour le chrétien, il exprime cette conversion que le baptême, la « Consolation », a attestée. C’est pourquoi le rite de l’Amélioration contient l’imposition des mains que l’on retrouve dans la « Consolation ». L’imposition des mains est le seul véritable sacrement de l’Église cathare. C’est par lui qu’est donné ou ravivé l’Esprit Saint, la puissance de Dieu, celle de la dilection. La dilection est effectivement le cœur de l’Amélioration. Le « Baiser de Paix » qui s’échange à la suite l’atteste. C’est pourquoi l’Amélioration est le cœur du christianisme cathare. Les sources nous donnent en effet à voir que l’Amélioration était le rite le plus usuel du christianisme cathare. Il se pratiquait au quotidien. L’Amélioration est donc au sens propre le rite fondamental du catharisme.

L’Amélioration était le premier acte qu’un croyant ou qu’un chrétien faisait quand il rencontrait un bon chrétien ou une bonne chrétienne, de même quand ils se quittaient. L’Amélioration, suivie du « Baiser de Paix », était la forme usuelle pour se dire bonjour et au revoir. Dans les maisons cathares, les bons chrétiens ou bonnes chrétiennes faisaient matin et soir leur Amélioration devant leur Ancien. De même, l’Amélioration ouvrait et clôturait toujours un prêche solennel. On retrouve également l’Amélioration, entier ou simplifié, dans les différents rites cathares.

Précisons encore que l’Amélioration se faisait toujours du plus jeune dans la foi au plus ancien dans la foi. Et dans l’Église cathare, le plus jeune dans la foi c’est toujours le croyant, même s’il l’est depuis longtemps, et le plus ancien dans la foi c’est toujours le chrétien, même s’il est tout frais émoulu. Et entre chrétiens, le plus ancien dans la foi, c’était toujours l’évêque, ensuite le fils majeur et mineur, les diacres, les anciens, les ordonnés et enfin les compagnons. Hier, comme aujourd’hui, ces principes demeurent.

Pour finir, analysons à titre de conclusion les points particuliers du rite de l’Amélioration :

Pour celui qui se prosterne, croyant ou chrétien, l’Amélioration est une confession de foi. Il reconnaît la présence de Dieu, l’Esprit Saint, l’esprit de dilection, en celui devant lequel il se prosterne.

De même, qu’il s’agisse d’un croyant ou d’un chrétien, l’Amélioration est aussi une demande de bénédiction et de pardon : « Bénissez-moi, Pardonnez-moi » est-il dit avant la prosternation et l’imposition des mains.

Cette bénédiction et ce pardon, répétés trois fois en référence au Père, au Fils et au Saint-Esprit, contribuent à l’amélioration de soi. Ils vivifient et purifient par la dilection gratuitement donnée. Ils rendent meilleur. La réponse à cette demande est l’imposition des mains par laquelle est signifié le don de l’Esprit Saint, mais sans prise de distance avec celui ou celle qui le donne. Contrairement au catholicisme, la validité d’un sacrement chez les cathares n’est pas indépendante de la conduite de vie de celui qui le donne. Si un chrétien n’est pas en conformité avec son engagement, le sacrement qu’il est censé donner ne peut être valide. En catharisme, on ne peut dissocier la foi de la véracité des actes et du discours. En réalité, ce sont les actes qui attestent de la bonne foi, de la véracité de vie. Il ne peut y avoir de bonne foi sans les actes qui s’y rattachent, ou plus exactement qui en découlent. La véracité chrétienne est étroitement liée à la véracité de vie des chrétiens, ou chrétiennes, eux-mêmes. Sans exemplarité de vie, la foi chrétienne est une mystification, un mensonge. Aucun sacrement ne peut être valide sans la validité de de vie de ceux qui le donnent.

Enfin, s’il s’agit d’un croyant, l’Amélioration est l’engagement de devenir un jour chrétien. La « bonne fin » et « les mains des fidèles chrétiens » sont en effet complémentaires et synonymes. Il s’agit du baptême chrétien : l’imposition des mains, appelé « Consolation » chez les cathares. C’est elle « la bonne fin ». Et peu importe que cette bonne fin, la « Consolation », soit obtenue in extremis sur le lit de mort, ou bien à l’avance, en revêtant l’état de chrétien dans l’Église cathare. Mais pour un chrétien, la formulation de l’Amélioration est évidemment différente puisque, par son baptême, il est arrivé « à bonne fin entre les mains des fidèles chrétiens ». Il demande donc « Que Dieu me garde dans son service », autrement dit qu’il soit soutenu et aidé dans l’exercice de son ministère.

LIRE LE RITE

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1 « Parfait hérétique », dans le sens d’accompli ou de parachevé dans l’hérésie. Ce terme n’était pas seulement appliqué aux profès Cathares, mais aussi, par exemple, aux profès Vaudois. Ce terme inquisitorial désignait spécifiquement le religieux « hérétique », le profès, celui qui menait une vie religieuse comparable aux moines ou aux prêtres. Les autres, ceux qui adhéraient à « l’hérésie » sans engagement complet, autrement dit l’équivalent du fidèle que le catharisme appelle croyant, était lui aussi désigné « hereticus » mais non « perfectus ». Les Chrétiens cathares sont aussi désignés dans les documents de l’Inquisition sous le terme « hérétiques revêtus » car, comme les moines, ils portaient une bure noire qui témoignait de leur profession de foi et de leur vie religieuse. Et aux yeux de l’Inquisition cette profession, cet état, était l’ultime degré de parachèvement dans l’hérésie. Il était l’accomplissement de l’hérésie. Une telle personne était un « perfectus hereticus ».

2 Bernard Gui, Manuel de l’inquisiteur, édité et traduit par G, Mollat, Les belles lettres, 2007, p. 21.

3 René Nelli, Écritures cathares, 1994, Éditions du Rocher, p. 228.

4 Arnaud Piquier, Ms. lat. 4269 f° 14 r°. Traduction Jean Duvernoy.

5 Béatrice de Planissoles. Jean Duvernoy, Le registre d’inquisition de Jacques Fournier, Québec, Bibliothèque des introuvables, 2006, p. 271.

6 Voir également I Corinthiens 3 : 17 et 6 : 19 ainsi que II Corinthiens 6 : 16.

7 Op. cit. p. 21.

8 Voir également Jean 14 : 26, 15 : 26, 16 : 7 et 16 : 13.

9 Rituel latin de Florence. René Nelli, Écritures cathares, Monaco, Éditions du Rocher, 1995, p. 255.

10 Ms. 160 édité par Célestin Douais in Documents pour servir à l’histoire de l’inquisition dans le Languedoc, Paris, Librairie Honoré Champion, 1977, p. 286. Traduction de l’auteur.

11 Pierre Issaurat, Ms lat. 4269, f° 35 r°. Traduction Jean Duvernoy.

12 Goethe, Conversation avec Eckerman, 12 mai 1825.

13 Banquet, 210-212.

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