VIE SPIRITUELLE

Grâce à la nombreuse documentation concernant le catharisme médiéval, nous pouvons retrouver ou reconstituer les rites de l’Église cathare. Nous disposons notamment de deux rituels authentiquement cathares, le rituel latin de Florence et le rituel occitan de Lyon. Ils ont survécu aux destructions systématiques opérée par l’Inquisition et aux vicissitudes de sept siècles. Nous disposons encore d’un grand nombre de témoignages de croyants cathares dans les dépositions de l’Inquisition. Ces témoignages confirment et complètent ces deux rituels fragmentaires. Enfin, nous disposons également des descriptions données dans les ouvrages des polémistes catholiques ou orthodoxes. Ainsi, par une ironie de l’histoire, tout ce qui avait été mis en œuvre pour détruire le catharisme ont finalement permis de le transmettre et de le préserver !

Les rites de l’Église cathare sont au nombre de cinq : L’Amélioration, le Pain béni, l’Oraison, la Consolation et l’Appareillement. Mais avant de les définir brièvement, nous prévenons que nous ne nous bornons pas à décrire ici les rites cathares d’un point de vue historique seulement. Notre objectif n’est pas historique mais spirituel. C’est avant tout les prières et rites d’un catharisme non plus au passé mais au présent que nous donnons ici. Nous renouons le fil interrompu de la tradition cultuelle des cathares médiévaux mais en la remettant en adéquation avec notre temps. Notre fidélité n’est pas celle de la lettre mais de l’esprit.
Les rites que nous présentons ici sont donc ceux des cathares d’aujourd’hui mais ils s’enracinent et prennent modèle sur les rites des cathares médiévaux.

Rappelons enfin que l’Église cathare est une Église sans messe et sans église. Elle ne possède pas de bâtiment dédié au culte parce qu’il n’y a pas de culte à rendre à un quelconque dieu. Les rites cathares sont insérés dans la vie quotidienne et ne concernent que la communauté cathare, chrétiens et croyants, c’est-à-dire l’Église. Comme à l’époque des premiers chrétiens, l’Église cathare est une Église de maisons, et ces maisons sont des lieux de vie et non de cérémonies factices. L’Évangile est une voie, un cheminement de vie.

L’Eglise cathare ne possède ni prêtre ni fidèle. Il n’existe en christianisme cathare que des croyants et des chrétiens. Les croyants ce sont ceux qui ne sont pas encore chrétiens mais qui le souhaitent le devenir un jour. Les croyants cathares sont l’équivalent des catéchumènes, c’est-à-dire des chrétiens en devenir, des chrétiens en formation. Les croyants sont donc à ce titre membre de l’Eglise cathare.

Amélioration (melioramentum en latin) : Il est le rite majeur de l’Église cathare. Comme son nom l’indique, l’Amélioration améliore. Il rend meilleur celui qui le pratique parce qu’il transmet la grâce de l’Esprit Saint. Concrètement, l’Amélioration consiste en une triple prosternation, accompagné de demandes de bénédiction et de pardon suivies d’impositions des mains. L’« Amélioration » est à la fois le rite d’admission dans l’Église cathare, on devient membre de l’Église, un « croyant », à l’instant même ou l’on est admis à le faire. Il est aussi le mode de salutation entre membres de l’Église, chrétiens ou croyants, quand ils se rencontrent ou se séparent, mais il ne se fait jamais de croyant à croyant. L’Amélioration ouvre également et ferme les prédications solennelles. Il se fait toujours du plus jeune dans la foi vers le plus ancien dans la foi, c’est-à-dire de croyant à chrétien et de chrétien à plus ancien chrétien.

Pain bénit : La bénédiction du pain est le rite qui s’accomplit à table, à chaque fois que du pain est consommé. La bénédiction est faite seulement par le chrétien, ou la chrétienne, le plus ancien dans la foi. Cette bénédiction est une courte prière de consécration propre à chaque chrétien ou chrétienne qui est dite en silence. C’est pourquoi cette bénédiction s’appelle « la secrète ». Cette bénédiction est toujours précédée du « Notre Père ». Précisons aussi que le pain, quand il est bénit, est toujours tenu enveloppé dans un manuterge blanc passé par-dessus l’épaule. Une fois bénit, le pain devient le symbole du Christ, c’est-à-dire de l’Évangile et de l’Eglise elle-même. Le Christ, l’Évangile et l’Eglise sont une seule et même personne parce que l’Évangile est personnifié par le Christ et parce que c’est l’Eglise qui est la porteuse de cet Évangile. Le pain bénit ne doit donc jamais être jeté. Il doit être toujours entièrement consommé, quitte à le réserver pour le repas suivant. Il est alors conservé dans un manuterge blanc.
Ce pain béni et partagé « en mémoire du Christ » (Luc 22 : 19) est aussi le symbole vivant de la fraternité chrétienne. Chacun contribue au bien de la communauté selon ses moyens et reçois selon ses besoins. C’est pourquoi seul ceux qui participent à cette mise en commun de leur personne et de leurs biens sont admis à ce partage du pain. Le rite doit être le reflet de la réalité. 

Oraison : Le « Notre Père » est la seule prière que Jésus ait enseigné à ses disciples et elle est par conséquent la seule prière en usage dans l’Église cathare. Mais le « Notre Père » cathare, n’est pas une prière individuelle mais une prière collective, c’est pourquoi elle est insérée dans une liturgie propre à l’Église cathare que l’on appelle « Oraison ». Cette Oraison comprend quelques formules de pardon et de bénédiction entrecoupées de trois séries de trois prosternations et de deux séries de sept « Notre Père » closes par quatre « Notre Père ». Dire « Notre Père » implique d’être « fils », or ne sont « fils » que ceux qui suivent la voie tracée par le Christ. C’est pourquoi l’Oraison ne peut être dite que par les chrétiens et les chrétiennes mais pas seulement. Les croyants les plus avancés dans la foi, ceux qui observent au plus près la règle de vie de l’Église cathare peuvent s’associer à l’Oraison. 

Consolation : Il s’agit du seul et véritable baptême chrétien, qui est la transmission de l’Esprit Saint par l’imposition des mains. Ce baptême spirituel s’appelle Consolation parce que c’est le nom latin de l’Esprit Saint dans l’Évangile de Jean. Ce nom distingue le baptême spirituel des chrétiens du rite d’ablution, le baptême d’eau, institué par Jean-baptiste mais non par le Christ. En christianisme, Il n’y a pas d’autre baptême que l’imposition des mains qui s’appelle Consolation. La réception de la Consolation marque le passage de l’état de croyant à celui de chrétien. Et être chrétien implique l’observance de la règle de vie de l’Eglise cathare.
La Consolation n’est pas donné une fois pour toute, elle est constamment renouvelée lors de l’Amélioration et c’est par elle qu’un chrétien, ou une chrétienne, est consacré à un ministère de l’Eglise. La Consolation est aussi le rite de l’ordination. La Consolation est effectivement « la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit » (Tite 3 : 5). 

Appareillement : Voilà un mot qui n’indique pas de prime abord la nature de ce rite réservé aux seuls chrétiens et chrétiennes. L’Appareillement tire son nom du verbe appareiller qui veut dire mettre en conformité ou plus exactement ce qui associe.Il rend pareil. Il assortit. L’Appareillement est donc le rite par lequel les communautés de base de l’Eglise cathare, les maisons qui rassemblent un petit nombre de chrétiens ou de chrétiennes, se remettent en ordre de marche. Appareiller un navire par exemple est bien le fait de le mettre en état pour prendre la mer. Voilà une belle image pour l’Église qui a pour symbole un navire.
L’Appareillement est donc cette remise en ordre qui règle les problèmes qui apparaissent dans toute vie collective et qui naissent des attitudes et des actions des uns et des autres. C’est pourquoi l’Appareillement est concrètement une confession collective des fautes commises qui se fait une fois par mois. C’est un temps privilégié pour faire, individuellement et collectivement, un examen de conscience avec une personne extérieure à la communauté. Cette personne extérieure à la communauté est un diacre, un ancien dans la foi. L’Appareillement est en effet le ministère – le service – du diacre, c’est pourquoi les cathares médiévaux appelait également l’Appareillement le « Service ». 

Les carêmes : L’idée provient des évangiles quand Jésus se retira quarante jours dans le désert pour méditer et prier. Les carêmes sont donc des temps de retraite et de recueillement qui se caractérise par une alimentation sobre, pain et eau à l’époque médiévale, mais aujourd’hui pain et bouillon de légume. Seul les chrétiens cathares sont tenus de suivre trois jours de carême par semaine, le lundi, mercredi et vendredi, ainsi que trois carêmes de quarante jours dans l’année.

 

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