TEXTE. Traduction de Ruben de Labastide.

 

CHAPITRE I : Dieu est le créateur de toutes choses

Les hérétiques disent et croient que ce monde et tout ce que l’on voit, c’est-à-dire le ciel que nous voyons1, le soleil, la lune, les étoiles, la terre, tous les animaux, les hommes, et tout ce que l’on voit sur la terre, la mer, les poissons, et tout ce que l’on voit dans la mer, ou tout ce qui s’y trouve, ne furent pas créés par le Dieu tout-puissant, mais par le principe des malins esprits. Or, un très grand nombre d’autorités du Nouveau Testament sont contraires à ces hérétiques et à leurs erreurs pernicieuses.
L’évangile du bienheureux Jean contient ce que Jean a écrit à l’encontre des hérétiques qui affirment de telles erreurs : « Dans le principe était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe. Celui-ci était dans le principe auprès de Dieu. Toutes choses ont été faites par lui-même, et sans lui rien n’a été fait »2. Cela indique clairement que le Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint Esprit, créa et fit tout ce qui est visible et invisible3, comme l’atteste le bienheureux apôtre Paul dans l’Épître aux Hébreux4 : « Par la foi, nous comprenons que les siècles5 ont été formés par le verbe de Dieu »6. Dans la même Épître, il dit aussi : « Celui qui créa toutes choses c’est Dieu »7.
De même, dans les Actes des apôtres on trouve que, dans une assemblée, tous les apôtres et disciples élevèrent leur voix unanimement en disant : « Seigneur Dieu, c’est toi qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, etc. »8.
De même, Jean dans l’Apocalypse dit : « Alors l’ange que j’avais vu, debout sur la mer, et sur la terre, leva sa main au ciel et jura par Celui qui vit aux siècles des siècles, qui créa le ciel, la terre, <la mer> et tout ce qui s’y trouve, etc »9. Toujours dans l’Apocalypse, Jean dit encore : « Craignez le Seigneur et glorifiez-le car voici l’heure de son jugement ; adorez donc Celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ainsi que les sources»10.
De même, Paul a dit dans l’épître aux Hébreux : « c’est toi Seigneur qui au commencement fonda la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains »11. De même, dans l’évangile selon Matthieu : « Je confesse, Seigneur, que tu es le père du ciel et de la terre, etc. »12. Jean dit de même : « Et le monde a été fait par lui, etc. »13.
Que ces autorités du Nouveau Testament suffisent, bien que l’on trouve de nombreuses <autres> autorités dans le Nouveau et l’Ancien Testament, ainsi que dans les Prophètes qui témoignent également que Dieu a créé et fait tout ce qui est visible et invisible.
De même, dans les Actes des apôtres, Paul et Barnabé : « Frères humains, nous vous adjurons de vous éloigner de ces choses vaines et de vous convertir au Dieu vivant et vrai, qui fit le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, donnant du ciel pluies et saisons fertiles, rassasiant vos cœurs de nourriture et de félicité »14.

CHAPITRE II : Il n’existe pas deux Dieux

Les hérétiques disent qu’il y a deux dieux, l’un tout-puissant et l’autre malin, et ils le pensent à l’encontre de toute l’Écriture divine, parce que toute l’Écriture divinement inspirée, c’est-à-dire l’Ancien et le Nouveau Testament, ainsi que tous les Prophètes, affirme un Dieu seulement.
En effet, le bienheureux Paul, dit : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Dieu est un et Père de toutes choses qui est au-dessus de toutes choses et en toutes choses »15.
De même, Marc dans son évangile : « Un des scribes interrogea le Seigneur Jésus, quel était le premier de tous les commandements. Or Jésus lui répondit : « Voici le premier de tous les commandements : Écoute Israël, ton Dieu est un seul Dieu ». Et ensuite : « Écoute le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, etc. Et le scribe lui dit : Bon maître, en vérité tu le dis, Dieu est un et il n’y en a pas un autre que lui »16.

CHAPITRE III : La Loi de Moïse a été donnée et apportée par le vrai Dieu

Les hérétiques disent que la Loi de Moïse, que nous appelons Ancien Testament, n’a pas été donné par le Dieu tout-puissant, mais par le prince des malins esprits. Mais un grand nombre d’autorités des divines Écritures contredisent cette erreur.
Le Seigneur dit en effet dans l’évangile selon Matthieu : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais l’accomplir »17. Si la loi avait été donnée par le diable, Lui, le Fils de Dieu, n’aurait pas dit qu’il l’accomplirait mais au contraire qu’il la détruirait.
De même, dans l’évangile selon Luc : « Après que furent passés les jours de purifications de Marie, Joseph et Marie, selon la Loi de Moïse, apportèrent Jésus à Jérusalem pour qu’ils le présentent au Seigneur, comme il est écrit dans la Loi du Seigneur, […] et pour qu’ils offrent le sacrifice, selon ce qui est dit dans la Loi du Seigneur »18. Ensuite : « Et comme ils avaient accompli toutes les choses selon la Loi du Seigneur, ils s’en retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth »19. Cela est certain et hors de doute, parce que Christ, qui est vrai Dieu et vrai homme, n’aurait pas consenti d’observer ou d’accomplir les préceptes de la Loi du diable.
De même, dans l’évangile selon Jean, le Seigneur dit : « Ne croyez pas que moi je vous accuserai auprès du Père. Celui qui vous accuse c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espoir. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez peut-être aussi, car c’est à mon sujet qu’il a écrit. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? »20. C’est comme s’il disait : « Celui qui ne croit pas aux paroles de l’ancienne Loi, et ne les reçoit pas dans sa foi, il ne peut recevoir ou croire au salut de son âme par les paroles mêmes de l’Évangile ».
De même, dans l’évangile selon Luc, le Seigneur a répondu à un docteur de la loi, qui l’interrogeait sur ce qu’il devait faire pour posséder la vie éternelle, en lui demandant ce qui était écrit dans la Loi. Or, ce docteur lui répondit : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton esprit »21, et Jésus lui répondit : « Tu as bien répondu, fait cela et tu vivras »22. En effet, si la Loi de Moïse n’avait pas été donnée par Dieu, jamais le Christ n’aurait promit la vie <éternelle> pour son observance. D’ailleurs, le Seigneur atteste dans cet évangile : « Ils ont Moise et les prophètes, qu’ils les écoutent »23. Il appert donc que l’observance de la Loi et des prophètes ne permet pas aux hommes d’aller dans les tourments de l’enfer24.
De même, il est dit aussi dans cet évangile que lorsque le Christ ressuscita d’entre les morts, il apparut à deux de ses disciples dans le castrum d’Emmaüs, et il attesta la Loi en disant : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? Et commençant par Moise et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait »25. En effet, si la Loi avait été donnée par le diable à Moïse, jamais le Christ ne l’aurait enseignée et expliquée à ses disciples.
De même, lui qui est la Vérité elle-même a dit dans cet évangile : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit sur moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes »26.
De même, dans l’évangile selon Matthieu, aux Pharisiens deman­dant pourquoi ses disciples transgressaient la tradition des anciens, il a dit : « Et vous, pourquoi transgressez-vous le commande­ment de Dieu à cause de votre tradition ? […] Car Dieu a dit : honore ton père et ta mère, et quiconque aura maudit son père ou sa mère, sera mis à mort »27. Et ce témoignage sur la Loi de Moïse est certain, car le Christ a dit par ce témoignage que la Loi fut dictée et donnée par Dieu. Par conséquent la Loi fut donnée par Dieu.
De même, dans les Actes des apôtres Paul déclare : « Je vous annonce le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, puisque ce Dieu est le Seigneur du ciel et de la terre »28.
De même, toujours dans les Actes des apôtres, alors que Paul se défendait devant Félix, gouverneur de Césarée, de ce dont les juifs l’accusaient, il déclara : « Je t’avoue ceci : c’est selon la secte, que les juifs disent hérétique, que je sers le Dieu de mon père, en croyant tout ce qui est écrit dans la Loi et les Prophètes »29.
De même, Paul, dans l’Épître aux Romains : « L’ignorant dira-t-il que la loi est péché ? Certes non ! En vérité, la Loi est sainte et bonne, et le commandement saint, juste et bon »30.

CHAPITRE IV : Moïse n’a pas été un magicien

De même, il y a certains hérétiques qui affirment que Moïse a été un magicien, et que le Dieu tout-puissant ne lui a ni parlé, ni donné la Loi. Contre cette erreur, Paul a écrit dans l’Épître aux Hébreux : « Dieu ayant autrefois parlé aux pères, en divers endroits et de diverses manières, par les prophètes, nous a parlé en ces derniers jours par le Fils »31. Or, Moïse est l’un des prophètes avec lesquels Dieu a parlé, et celui à qui Dieu a parlé est dit « fidèle dans <toute ma> maison »32.
De même, il est écrit dans cette Épître aux Hébreux : « Car toute maison est construite par quelqu’un, mais celui qui a construit toutes choses, c’est Dieu. Moïse, assurément, était fidèle dans toute la maison de Dieu, en qualité de serviteur, pour témoigner de ce qui devait être dit ; tandis que le Christ, lui, l’a été en qualité de fils, en sa propre maison. Et sa maison, c’est nous, pourvu que nous en gardions l’assurance et la joyeuse fierté de l’espérance »33. L’Apôtre témoigne en réalité que Moïse n’était pas un magicien, mais qu’il était un serviteur « fidèle dans la maison de Dieu »34.
De même, dans beaucoup de passages du Nouveau et de l’Ancien Testament, ainsi que dans les Prophètes, Moïse est déclaré « ami de Dieu » et « fidèle à Dieu ». C’est bien ainsi que le bienheureux Paul le mentionna dans son Épître aux Hébreux : « Par la foi, Moïse devenu grand, ne voulu plus être le fils de la fille de Pharaon ; choisissant plutôt l’affliction avec le peuple de Dieu, que d’avoir la jouissance du péché en ce siècle. Il estimait l’opprobre du Christ comme une richesse supérieure au trésor des Égyptiens. Il le regardait comme devant être la récompense de Dieu »35.
Il en ressort le plus certainement possible que le bienheureux Paul ne doutait ni de Moïse, ni de la Loi de Moïse, ni du Dieu des Hébreux. Au contraire, il affirmait par ses paroles, et croyait de tout cœur, que Moïse était saint et bon, et que la Loi de Dieu était sainte <et bonne>, et que le Dieu des Hébreux était tout-puissant.

CHAPITRE V : Le mariage est licite

Les hérétiques, à l’instar de Tatien, hérétique qui condamnait le mariage, condamnent toute union entre l’homme et la femme, et ils disent et croient que l’on ne peut être sauvé en état de mariage. Mais ces erreurs sont contraires à un grand nombre de témoignages des divines Écritures, du Nouveau et de l’Ancien Testament.
Dans l’évangile selon Matthieu il est contenu que les Pharisiens interrogèrent le Seigneur en disant : « Est-il permis à l’homme de quitter son épouse pour un motif quelconque ? Et celui-ci leur dit : N’avez vous pas lu, qu’au commencement Il fit l’homme, et qu’Il les fit mâle et femelle, et qu’Il a dit : A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à son épouse, et les deux seront qu’une seule chair. Ainsi, ils ne sont déjà plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni »36. Comme le Christ est venu en ce monde précisément pour que l’homme délaisse toute forme de mal, de même en ce qui concerne la femme, donc tout ce qui empêche l’homme d’obtenir la vie éternelle est mauvais. Par conséquent, si le mariage était mauvais, jamais le Christ aurait interdit de se séparer, ni ne l’aurait approuvé, lui qui n’approuve aucun mal.
De même, il est écrit dans Marc à ce sujet : « Mais au commencement de la création, Dieu les fit mâle et femelle, etc »37.
De même, dans Luc : « Il y avait au temps d’Hérode, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Élisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu et ils suivaient tous les commandements et observances du Seigneur d’une manière irréprochable »38. Ainsi donc, il s’ensuit qu’ils étaient sauvés parce qu’ils étaient justes. « Et ils n’avaient pas d’enfant du fait qu’Élisabeth était stérile et qu’ils étaient tous deux avancés en âge »39. Il faut aussi remarquer que ce n’était pas à cause de l’homme qu’ils n’avaient pas de fils, mais à cause de la femme, parce qu’elle était stérile : « Et l’ange du Seigneur apparut à Zacharie dans le Temple, et lui a dit : « Sois sans crainte Zacharie parce que ta prière a été exaucée, car ton épouse t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean, […] Car il sera grand devant le Seigneur, […] et il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère »40. Remarquons ce que l’évangéliste a dit, Zacharie ne croyait pas aux paroles de l’ange à cause de l’âge avancé de sa femme, parce qu’elle avait dépassé l’âge de procréer.
De même <en ce qui concerne la réponse de Zacharie> : « À quoi le saurai-je ? Car je suis un vieillard et mon épouse est avancée en âge »41. Remarquons bien la raison de son interrogation. Il ne croyait pas aux paroles de l’ange à cause de l’âge avancé de son épouse car elle avait dépassé l’âge de concevoir.
De même <quand on interrogeait Zacharie>  : « ils demandaient par signes à son père de quel nom il l’appelleraient »42. Or, l’évangéliste n’aurait pas désigné Zacharie père s’il n’avait pas eu un fils. En effet, personne ne peut être père suivant la nature s’il n’a pas de fils suivant la nature.
De même : « Zacharie, son père, fut rempli par l’Esprit Saint »43. Voilà la troisième affirmation de la paternité <de Zacharie>, et l’évangile ne dénonce pas l’engendrement opéré par Zacharie et Élisabeth. D’autant plus qu’ils sont tous deux dits justes devant Dieu pour avoir engendré leur fils et pour avoir observé les commandements du Seigneur, aussi bien ceux de l’Ancien que du Nouveau Testament.
De même, dans la première épître aux Corinthiens, l’apôtre, donnant un conseil aux fidèles du Christ, a dit : « À cause de la fornication que chaque homme ait sa femme et chaque femme son homme. Que l’homme rende son dû à sa femme, et que la femme fasse de même avec son homme. La femme n’a pas le pouvoir sur son corps, mais sur celui de son homme. De même, ce n’est pas l’homme qui a le pouvoir sur son corps, mais sa femme. Ne vous refusez pas l’un à l’autre, sauf d’un commun accord et temporairement, afin de vous consacrer à la prière »44. C’est-à-dire : « Ne pratiquez pas l’abstinence si l’autre ne le souhaite pas ». Dans cet épître, il a dit aussi : « Ce que je dis, c’est de ne pas se marier, mais de rester célibataire. Il est bon de rester ainsi, comme moi. Mais si on ne peut se contenir, il faut se marier. Il est meilleur de se marier que de brûler. Mais à ceux qui sont mariés j’ordonne, non pas moi mais le Seigneur, que la femme ne se sépare pas de son mari, et si elle en est séparée, qu’elle ne se remarie pas ou qu’elle se réconcilie avec son mari »45.
De même, ce qui suit : « Et si quelqu’un a une épouse non-croyante et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la répudie pas […] Car le mari non croyant est sanctifié par sa femme – et inversement – […] S’il en était autrement, vos enfants seraient impurs, alors qu’ils sont purs»46. L’apôtre n’a pas cru que les hommes et les femmes, s’ils sont fidèles, perdent leur sainteté pour avoir rempli leur devoir conjugal, du moment que leurs autres œuvres sont bonnes.
L’apôtre a dit encore dans cette épître : « Si tu prends épouse, tu ne pèches pas, et si elle se marie, elle ne pèche pas »47.
De même : « Celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne se marie pas, fait mieux »48. Or, ces préceptes, l’Apôtre ne les aurait pas donnés à ses disciples et ne leur aurait pas écrit ces propos, si, à cause des rapports conjugaux, il les croyait damnés. De même, l’apôtre, dans la première épître à Timothée : « l’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains s’éloigneront de la foi, en s’attachant à des esprits trompeurs et à des doctrines de démons, et qu’ils interdiront de se marier en recourant aux discours hypocrites des menteurs »49. Remarquons ici que l’Esprit Saint manifesta clairement que ceux qui s’éloigneront de la foi, et qui adhéreront aux doctrines des démons, interdiront de se marier en recourant aux discours hypocrites des menteurs. Or, ces hérétiques prohibent le mariage de la même manière.
L’Apôtre a dit encore dans cette épître : « Je veux que les jeunes se marient, qu’ils engendrent des fils, et que les mères vivent dans leur famille, et en aucune occasion qu’elles ne donnent leur faveur à l’adversaire maudit »50. Remarquons que l’Apôtre ne croyait pas qu’il existât à cause de cela une quelconque raison de damnation dans le mariage.
De même, nous avons dans la première épître du bienheureux Pierre – c’est-à-dire l’apôtre Pierre qui fut établi par Dieu premier de tous les apôtres et chef de toute l’Église, comme le Christ le déclare dans l’évangile : « Tu t’appelleras Cephas51»52 et : « Tu es Pierre et sur cette Pierre j’édifierai mon Église »53 – où il est écrit aux fidèles chrétiens la doctrine qui concerne les hommes en prescrivant aux femmes de quelle manière elles devaient être soumises à leur mari, en étant humbles et modestes servantes : « Vous de même femmes, soyez soumises à vos maris, afin que, même si quelques-uns refusent de croire à la Parole, ils soient gagnés, sans parole, par la conduite de leurs femmes […] C’est ainsi qu’autrefois se paraient les saintes femmes qui espéraient en Dieu, étant soumises à leurs maris : telle Sara, qui obéissait à Abraham, l’appelant son Seigneur, elle dont vous êtes devenues les filles en faisant le bien, etc. »54. Le bienheureux Pierre indique ici que les maris ne se séparent pas de leurs épouses et que les épouses ne se séparent pas de leurs maris ; parce qu’Abraham ne se sépara pas de Sara, son épouse, excepté par la mort, mais sur un signe de Dieu il la connut et il engendra un fils, comme Elcana connut Anne et Joachim connut Suzanne.
De même, le bienheureux Paul, dans la première épître aux Corinthiens : « Je veux que vous sachiez que le Christ est le chef de tous les hommes, et aussi que l’homme est le chef de la femme, mais Dieu est le chef du Christ, etc., Ce n’est pas l’homme qui est issu de la femme, mais la femme qui est issue de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Cependant, dans le Seigneur, il n’y a pas de femme sans homme, ni d’homme sans femme »55.
De même, on trouve dans l’évangile selon Jean, que notre Sauveur, sa mère et ses disciples furent invités à une noce, et que c’est au cours de cette noce qu’il fit devant ses disciples le premier de ses signes, c’est-à-dire l’eau en vin. À cause de cela, il est absolument certain que les noces sont bonnes, parce que si les noces n’étaient pas bonnes, il serait incroyable que le Christ s’y soit rendu et y ait accompli un si grand miracle.
De même Paul, dans la première épître aux Corinthiens : « La femme est liée à la loi de son mari aussi longtemps qu’il vit, et si son mari vient à mourir, elle est libérée de la loi qui la lie à son mari, et elle peut se remarier si elle le veut, mais seulement « dans le Seigneur »56.
De même, Paul à Timothée : « La femme sera sauvée en engendrant des enfants, si elle persévère dans la foi, l’amour et la sainteté avec retenue »57.

CHAPITRE VI : Jean-Baptiste fut le messager d’un bon ange58

De même, les hérétiques disent que Jean-baptiste ne fut pas le messager d’un bon ange mais d’un démon, et ils croient qu’il n’est pas bon. Mais contre cette erreur, on trouve beaucoup de témoignages dans les évangiles, comme celui du bienheureux Jean, qui a écrit lui-même : « Il y eut un homme envoyé par Dieu, son nom était Jean. Il vint en témoignage, etc. »59.
De même, Jean-baptiste a rendu ce témoignage sur le Christ : « Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde »60. Jean-baptiste a rendu aussi ce témoignage sur le Christ : « Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit de Dieu descendre et demeurer sur lui, c’est celui qui baptise dans l’Esprit Saint »61. Il a dit également : « Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là, l’entend avec joie, il se réjouit à cause de la voix de l’époux.Telle est ma joie, elle est complète »62.
De même, dans l’évangile de Matthieu, le Christ lui-même a approuvé Jean-Baptiste, en disant aux Pharisiens : « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean-baptiste »63.
De même : « Qui êtes-vous allé voir dans le désert ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. C’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager en avant de toi, il préparera ton chemin devant toi »64. Donc, celui qui pense mal au sujet de Jean-Baptiste, ou le juge pervers, est contre le Christ, contre les apôtres et contre la foi catholique.
Nous avons aussi dans l’Évangile que Jean-Baptiste baptisa lui-même le Christ dans l’eau du Jourdain, et il vit descendre sur lui l’Esprit Saint sous l’aspect d’une colombe, et quand les cieux se sont ouverts, il entendit la voix du Père qui disait : « Celui-ci est mon fils bien aimé, en qui j’ai mis toute mon affection »65. Si Jean-Baptiste avait été le messager du malin esprit, comme les hérétiques le disent, jamais le Christ n’aurait consenti d’être baptisé par lui, ni n’aurait voulu qu’un si grand sacrement eut été initié par lui.
De même, dans l’évangile Matthieu le Christ lui-même a approuvé Jean-Baptiste, en disant aux Pharisiens : « En vérité je vous le dis, les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précéderont dans le royaume de Dieu. En effet, Jean-baptiste est venu à vous dans le chemin de la justice et vous ne l’avez pas cru. Les collecteurs d’impôts, les pécheurs et les prostituées ont cru en lui. Mais vous, l’ayant vu, vous ne vous êtes pas repentis et vous n’avez pas cru en lui »66. Voilà ce que le Christ a déclaré au sujet de Jean-Baptiste, il a dit que Jean marchait dans la voie de justice, par laquelle on va au royaume de Dieu, et qu’il la prêchait. Ce que le Christ n’aurait pas dit, si Jean-Baptiste avait été le messager du Malin ou du mauvais esprit.
De même, dans l’évangile selon Jean, le Christ recommande Jean-baptiste : « Vous avez envoyez une délégation à Jean et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi, ce n’est pas que j’ai à recevoir le témoignage d’un homme, mais je parle ainsi afin que vous soyez sauvés, Jean était la lampe que l’on allume et qui brille : et vous avez bien voulu vous réjouir pour un moment à sa lumière »67.

CHAPITRE VII : Sur l’incarnation, la nativité, la passion, la mort et la résurrection du Christ, et s’il a véritablement mangé et bu

Sur l’incarnation du Christ, les hérétiques qui suivent l’hérésie de Cerdon68, disent que le Christ n’est pas né d’une femme, ni qu’il eut une vraie chair, ni qu’il mourut véritablement, ni qu’il souffrit quoi que se soit, mais simula sa passion. Ils ne croient pas également qu’il ait mangé ou bu, mais qu’il eut un corps fantastique et qu’il ne ressuscita pas. Contre cette erreur des hérétiques – qui ne croient pas que le Christ fut né d’une femme vierge –, nous avons un témoignage dans Matthieu qui la détruit : « Lorsque Jésus est né à Bethléem, en Judée […] les mages, à la vue de l’astre, éprouvèrent une grand joie. Entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère »69.
Il est dit aussi dans cet évangile : « l’Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant avec Marie, sa mère »70.
De même, dans l’évangile selon Luc : « Joseph aussi monta de Galilée, dans la ville de Bethléem pour s’y faire recenser avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva et elle accoucha de son fils premier-né »71.
Il est dit aussi dans cet évangile que l’Ange du Seigneur annonça sa naissance au bergers : « Voici, je viens vous annoncer une grande joie, qui sera celle de tout le peuple, parce qu’il vous est né aujourd’hui le Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David ; et je vous donne ce signe : Vous trouverez l’enfant Jésus dans la mangeoire »72.
Il est dit aussi dans cet évangile : « Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus, comme l’ange l’avait appelé avant sa conception »73.
Il est dit aussi dans cet évangile : « Quand Jésus eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem suivant la coutume de la fête et qu’à la fin des jours de fêtes, ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent […] et Jésus progressait en âge, en sagesse, en grâce et en Esprit-Saint, auprès de Dieu et des hommes »74. De même, dans l’épître aux Galates, Paul atteste que le Christ fut né d’une femme : « Mais quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son fils, né d’une femme et assujetti à la loi, pour racheter ceux qui sont assujettis à la loi »75.
Voilà, Hérétiques, plusieurs témoignages sur la conception, la nativité, la circoncision, l’enfance, l’âge et l’adolescence du Christ, et également sur le fait qu’il est né d’une femme et qu’il a été sous la Loi.
De même, Jean sur la nativité du Christ : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité »76.

Sur l’incarnation du Christ, il y a des témoignages qui contredisent les hérétiques qui ne croient pas que le Christ eut une vraie chair, car ils disent qu’il emprunta un corps céleste. Mais à l’encontre de cette erreur, Jean a écrit dans son évangile : « Dans le principe était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et Dieu était le Verbe […] Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous »77.
De même, cet évangile dit aussi : « Comme c’était le jour de la Prépa­ration, les juifs, de crainte que les corps ne restent en croix durant le sabbat, demandèrent à Pilate de leur faire briser les jambes. Les soldats vinrent donc, ils brisèrent les jambes du premier voleur, puis celles de l’autre qui fut crucifié avec lui. Mais quand ils arrivèrent auprès de Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats perça son flanc avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est conforme à la vérité »78.
Jean dit aussi dans sa première épître : « Tout esprit, qui confesse que Jésus Christ est venu en chair, est de Dieu, et tout esprit qui détruit Jésus Christ c’est-à-dire celui qui nie qu’il a été un homme charnel – n’est pas de Dieu, il est l’antichrist »79. Cet épître dit aussi : « Puisque nous savons que le Fils de Dieu est venu, qu’il a revêtu la chair pour nous, qu’il est mort et qu’il a ressuscité de la mort pour nous »80.
De même, Jean, dans sa seconde Épître : « Puisque beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Voilà le Séducteur et l’Antichrist. […] Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ, ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine – C’est-à-dire dans la doctrine apostolique – celui-ci possède et le Père et le Fils. Si quelqu’un vient vers vous sans apporter cette doctrine, ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer. Celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises »81.
De même, Paul dans l’Épître aux Romains dit aussi : « Celui qu’il avait promis d’avance pas ses prophètes, dans les Écritures saintes, au sujet de son Fils, c’est celui qui est issu de la lignée de David selon la chair. Il est celui qui a été prédestiné fils de Dieu par la Parole »82.
De même, Pierre, dans sa première épître : « Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, parce que celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché »83.
De même, Matthieu, à l’encontre de ces hérétiques qui ne croient pas à la passion du Christ et à sa mort, a écrit dans son évangile contre cette erreur : « Après avoir fait flageller Jésus, Pilate le livra aux juifs pour qu’il soit crucifié. Alors, les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le prétoire. L’ayant dévêtu, ils le revêtirent d’une chlamyde écarlate, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs !» et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête, etc. »84. Ensuite : « Alors, ils le crucifièrent, etc. »85, et après : « Alors, l’un des soldats, ayant pris sa lance, perça son flanc et il en sortit du sang et de l’eau »86. « Quant à Jésus, il rendit son esprit en criant d’une voix forte »87.
Ces témoignages sur la passion et la mort du Christ, les autres évangélistes les corroborent également dans leur évangile.
De même, dans les Actes des apôtres, Pierre se tenant parmi les Juifs avec tous les autres apôtres, leur dit : « Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus de Nazareth, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré, selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies, mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des douleurs de l’enfer »88. Et le fait que tous les apôtres rassemblés en un même lieu l’aient confirmé est la preuve de la passion, de la mort et même de la résurrection du Christ.
De même, dans sa première épître, Pierre, au sujet de la passion du Christ : « Christ a souffert pour nous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces […] alors que souffrant, il ne menaçait pas, lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, par la mort duquel nous avons été guéris »89.
De même, dans l’Épître aux Romains, Paul a dit sur la mort du Christ : « Parce que nous étions jusqu’à maintenant pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous »90. Et dans la même épître, il dit aussi : « Christ est mort pour nous, mais il est aussi celui qui a ressuscité »91. Et sur sur ce sujet, nous disposons de nombreux témoignages.

Sur la résurrection du Christ, à l’encontre des hérétiques qui ne croient pas que le Christ a ressuscité des morts, Matthieu dit dans son évangile, au sujet de la résurrection du Christ : « L‘Ange a dit aux femmes : « N’ayez pas peur, je sais que vous cherchez Jésus, celui qui a été crucifié. Il n’est pas ici car il a ressuscité, comme il vous l’a dit »92. Ce même témoignage est rendu par Marc et Luc, dans leur évangile93.
De même, Jean dans son évangile dit : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai […] Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, etc. »94.
De même, dans l’évangile selon Luc, on trouve le témoignage que le Christ eut une chair humaine, quand il dit : « Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. Ayant dit cela, il leur montra ses mains, ses pieds et son flanc »95.
De même, Jean, dans son évangile, sur la résurrection de la chair : « Jésus vint, alors que les portes étaient closes, et il se tint au milieu et leur dit : « Paix à vous ». Ensuite, il dit à Thomas : « Porte ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne sois pas incrédule, mais croyant »96.

Il y a certains hérétiques qui ne croient pas que le Christ a mangé et bu, pendant qu’il était avec ses disciples avant la passion. Mais contre cette erreur, qu’il faut détruire, nous avons dans l’évangile selon Matthieu le témoignage que le Christ lui-même, qui est la Vérité, a apporté : « Jean-baptiste est venu en effet, ne mangeant du pain ni ne buvant du vin, et l’on dit : « Il est possédé ! ». Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : «Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ! »97.
De même, Luc, dans son évangile, rapporte que le Christ a mangé, en disant : « Or, un Pharisien l’invita à manger avec lui »98. Ainsi, il est absolument certain qu’il a mangé, sinon il n’aurait pas été invité par quelqu’un à manger. Luc le dit <lui-même> dans son évangile : « Un Pharisien l’invita à manger avec lui, et étant entré, il se mit à table »99. Le même évangile l’atteste encore : « Et il advint, comme Jésus était entré dans la maison d’un des chefs des Pharisiens pour manger du pain le jour du Sabbat »100.
De même, Jean dans son évangile : « Rabbi, mange »101. Et ses disciples lui dirent cela, alors qu’ils étaient revenus de Samarie, apportant la nourriture qu’ils avaient achetée. Mais si quelqu’un objecte qu’il leur a dit : « J’ai à manger une autre nourriture que vous ne connaissez pas »102, c’est vrai aussi, parce que le Christ faisait usage de deux nourritures, c’est-à-dire matérielle et spirituelle, et dans ce passage il parle <effectivement> de la nourriture spirituelle. On ne peut douter <que le Christ a mangé> parce que les autres évangélistes témoignent aussi qu’il fit usage de la nourriture matérielle.
Dans l’évangile selon Matthieu par exemple, les disciples l’inter­rogèrent en disant : « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque ? »103. Or, c’était bien pour lui qu’ils devaient préparer la pâque, et non pour eux. C’est la preuve qu’il a mangé la nourriture matérielle pendant qu’il était avec eux.
De même, le Christ a dit lui-même : « Celui qui a plongé avec moi la main dans le plat, c’est lui qui me livrera »104. Or, il ne faut pas croire que le Christ lui-même ait plongé la main <dans le plat> sans manger <pour autant>. Marc et Luc attestent aussi dans leur évangile que le Christ a plongé la main dans le plat <pour prendre de la nourriture>105.
Ces témoignages portant sur le fait que le Christ mangeait datent d’avant sa passion. Mais Luc atteste aussi dans son évangile qu’il a mangé devant ses disciples après sa passion, <quand il rapporte cette demande du Christ> : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un gâteau de miel. Après avoir mangé devant eux, il prit ce qui leur restait et le leur donna »106. Luc atteste aussi dans les Actes des apôtres que le Christ ait mangé après la Passion : « et en mangeant il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem »107.
Ainsi, il est absolument certain et assuré que le Christ a assumé avant sa passion tous les actes de l’humanité, excepté le péché, comme Paul l’atteste dans son épître aux Philippiens : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ-Jésus. Celui qui, alors qu’il était dans la forme de Dieu, n’a point jugé que ce fût pour lui une rapine d’être égal à Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même en prenant la forme d’esclave, et il a été trouvé comme homme. Il s’est humilié lui-même jusqu’à la mort »108.
Que ces témoignages sur l’humanité du Christ suffisent.

CHAPITRE VIII : Les églises matérielles

Au sujet des institutions ecclésiastiques, on lit dans l’Ancien Testament que le Seigneur montra à Moïse, sur la montagne, un Tabernacle non matériel, en disant : « Va et fais un tabernacle non matériel à l’identique de celui-ci. C’est là que j’habiterai parmi vous quand je te parlerai, et c’est là que les offrandes, les libations, les sacrifices, les hosties et les oblations seront offerts par les prêtres sur l’autel pour le peuple Israélite »109. Alors, Moïse accomplit fidèlement ce que le Seigneur lui avait prescrit. Ensuite, quand le peuple d’Israël entra dans la terre promise, Moïse emporta le Tabernacle à Silo, dans lequel se trouvait l’Arche d’alliance et dans laquelle se trouvait l’urne en or qui contenait la manne, ainsi que les tables de la Loi et la verge d’Aaron qui avait fleuri. Bien après, Salomon, fils de David, édifia sur l’ordre du Seigneur le Temple matériel à Jérusalem. C’est là que tout le peuple israélite se rassemblait pour prier et pour sacrifier, comme le faisait aussi leurs pères dans le premier tabernacle, observant ainsi les préceptes de la Loi du Seigneur jusqu’à la venue du Christ. Or, quand le Christ vint, il ne voulut pas détruire la Loi, mais l’accomplir. C’est pourquoi, il voulut être présenté par ses parents dans le Temple, conformé­ment à la Loi donnée par Dieu et comme c’était l’usage de le faire. Après cela, on trouve qu’il est venu dans le Temple avec ses parents quand il était adolescent, lorsqu’il avait 12 ans. Ensuite, quand il eut trente ans, il vint à Jérusalem, comme on le trouve dans l’évangile selon Matthieu : « Il entra dans le Temple, et chassa tous les acheteurs et les vendeurs du Temple, en disant : « Il est écrit : ma maison sera appelée maison de prière »110. En effet, le Christ atteste lui-même qu’il est le Temple. La maison de Dieu est aussi la maison de prières.
Dans son évangile, Marc donne aussi un témoignage identique en rapportant ces mêmes propos, et il ajoute également : « Il ne laissait personne transporter d’objet à travers le Temple »111. Luc rapporte aussi ces mêmes propos dans son évangile. Dans son évangile, Jean a également écrit : « Jésus trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs assis. Et comme il avait fait une sorte de fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, les bœufs et les brebis ; et il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables ; et à ceux qui vendaient les colombes il dit : « enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de commerce ». Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : « le zèle de ma maison me dévorera »112.
On trouve aussi dans les évangiles que le Christ vint maintes fois dans le Temple et qu’il enseignait là le peuple, et qu’il y faisait de nombreux signes et miracles en soignant les malades, comme Matthieu, l’évangéliste, le raconte : « Les aveugles et les boiteux s’approchèrent de Jésus dans le Temple et il les guérit »113.
Nous avons aussi dans l’Évangile que, du temps où Jésus parcou­rait les cités israélites pour prêcher, il entrait de préférence dans les synagogues des juifs. C’est là qu’il enseignait le peuple en ce qui concerne le règne de Dieu, et c’est là qu’il accomplissait de multiples signes et miracles, comme il est dit dans Matthieu : « Jésus parcourait toutes les cités et forteresses, enseignant dans leurs synagogues, prêchant l’Évangile, et guérissant toute langueur et toute infirmité »114.
Dans son évangile, Mathieu l’atteste aussi en rapportant <les paroles du Christ> : « Chaque jour, j’étais assis dans le Temple devant vous, enseignant »115. Ces mêmes propos sont corroborés par Luc dans son évangile. Jean aussi l’atteste dans son évangile : « Moi, j’ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai jamais parlé dans un lieu écarté »116. Mais si on nous objecte qu’il prêchait souvent dans d’autres lieux que le Temple ou les synagogues, c’est vrai. Mais à cause de la foule immense qui venaient auprès de lui, pour qu’ils ne gênent pas les ministres du Temple ou des synagogues dans leurs offices et obligations religieuses. C’est pourquoi il s’en allait dans les montagnes et autres lieux. Mais après son ascension, ses disciples désireux d’imiter le Christ, leur Maître et Sauveur, venaient prier quotidiennement dans le Temple quand ils demeuraient à Jérusalem, comme on le trouve dans les Actes des apôtres : « Jour après jour, d’un seul cœur, les apôtres fréquentaient et priaient assidûment dans le Temple »117. Et encore : « Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure »118.
De même, toujours dans les Actes des apôtres : « Alors qu’Anne, le grand prêtre, et tous ceux qui étaient avec lui, avaient mis la main sur les apôtres et qu’ils les avaient jetés dans la prison publique, l’Ange du Seigneur ouvrit pendant la nuit les portes de la prison, et en les faisant sortir, il leur dit : « Allez et annoncez hardiment au peuple dans le Temple tout ce qui concerne cette vie-là »119.

Voici pourquoi il y a eut, dès le début, une maison de prière matérielle que nous appelons église : Comme les Apôtres et leurs disciples avaient été expulsés de Jérusalem et s’étaient dispersés dans les diverses parties du monde selon la volonté de Dieu, ils avaient vu des synagogues dans toutes les cités des Juifs, et comme ils passèrent <aussi> parmi les différents peuples <païens>, ils trouvèrent dans leurs cités des temples dédiés aux idoles, où des rites et des sacrifices étaient accomplis devant les idoles des démons. Contre cet usage qu’il convenait de s’acquitter en permanence, les apôtres eurent un conseil par l’Esprit Saint pour qu’ils les arrachent très facilement à tant d’erreurs et de malignités et qu’ils les libèrent des liens du diable. Ils ordonnèrent au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit d’édifier des maisons matérielles et de les construire à la manière des temples <païens>, afin que le peuple des fidèles s’y rassemble, fidèlement et dévotement, pour baptiser, pour prier, pour sacrifier, pour écouter la parole de Dieu et pour recevoir tous les sacrements chrétiens. Dans ces maisons, que nous appelons églises parce que le peuple s’y rassemble, ils instituèrent les ministres apostoliques, c’est-à-dire les évêques, les prêtres et les diacres pour accomplir les mystères du Christ, comme on le lit dans les Actes des apôtres : « Ils leurs désignèrent des prêtres dans chaque Église, et, après avoir fait des prières accompagnées de jeûne, il les confièrent au Seigneur en qui ils avaient mis leur foi »120. Et sur ce point, nous tenons que les prêtres de l’Église de Dieu furent ordonnés tout d’abord diacres par les apôtres121.
Nous lisons dans la première épître aux Corinthiens que l’Apôtre réprimanda ceux qui étaient rassemblés dans la maison qu’il appelait église : « Vous n’avez donc pas de maison pour manger et boire ? Ou bien méprisez-vous l’église de Dieu, et voulez-vous faire honte à ceux qui n’ont rien ? Que vous dire ? Vous louer ? Sur ce point, je ne vous loue pas »122.
De même, Paul dans la première épître aux Corinthiens déclare : « Que les femmes se taisent dans les églises, car il ne leur est pas permis de parler, mais d’être soumises comme la Loi le dit. Mais si elles veulent être instruites sur un point, qu’elles interrogent leurs maris à la maison, car il est inconvenant pour une femme de parler dans une église »123. Donc, par ce témoignage et bien d’autres, l’Apôtre donne à comprendre que toute maison où se rassemblent les fidèles pour participer aux sacrements institués par le Christ, est appelée église.
De même Jean, dans sa troisième épître, a écrit pour réprouver <l’attitude de> Diotréphès <qui chassait les fidèles de l’église> : « C’est pourquoi, si je viens, je ne manquerai pas de rappeler sa conduite. Il se répand en mauvais propos contre nous. Non satisfait de cela, il refuse lui-même de recevoir les frères, et ceux qui voudraient les recevoir, il les en empêche et les expulse de l’église »124.
De même Paul dans sa première épître à Timothée : « Si toutefois je tardais, il faut que tu saches comment te comporter dans la maison du Seigneur, qui est l’église du Dieu vivant »125.
Par ces témoignages des apôtres, et par bien d’autres auxquels nous n’avons pas cru devoir recourir, il est évident que la maison de Dieu, la maison de prières, que l’on appelle et que l’on comprend comme étant l’église matérielle, est le lieu où les sacrements du Christ sont accomplis par les ministres ordonnés, pour le salut des fidèles chrétiens.

CHAPITRE IX : Les autels

Mais puisque tous les hérétiques disent que les églises matérielles, les autels qui s’y trouvent, les sacrements que les ministres de Dieu y accomplissent et toutes les ornementations ecclésiastiques sont vains et inutiles pour le salut des âmes et les méprisent, nous exposerons brièvement des témoignages pour détruire cette erreur si néfaste.
Tout d’abord, ce n’est pas un hasard s’il ne peut exister d’église matérielle sans autel qui ne soit béni, parce que c’est sur eux que les offrandes, les oblations et les hosties sont offerts pour les péchés.
Nous voyons dans l’évangile selon Matthieu que celui qui est la Vérité elle-même126 prône l’offrande et enseigne la manière de le faire, en disant : « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te rappelles que ton frère à quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande devant l’autel, et vas tout d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens et présente ton offrande »127. Le Christ lui-même l’indique afin que les fidèles aient des autels dans les églises, et qu’ils y présentent des offrandes.
De même, dans l’évangile selon Luc, le Christ lui-même voulut être présenté par ses parents dans le Temple, et voulut que soient offertes pour lui des hosties sur l’autel qui était dans le Temple, c’est-à-dire « deux tourterelles ou bien deux pigeons ». On donne ici à comprendre que, de même que le Christ voulut être présenté et que soit offerte pour lui une hostie, de même tous les fidèles qui sont dans les régions du monde entier doivent avoir des autels sur lesquels ils puissent offrir à Dieu des offrandes et des oblations pour leurs péchés.
De même, dans la première épître aux Corinthiens, Paul, instruisant ses disciples d’avoir des autels et de prendre part aux dons qui sont offerts pour Dieu sur les autels, a écrit en raison de ce service ceci : « ceux qui servent l’autel partagent avec l’autel »128.
De même, les Actes des apôtres rapporte que Paul : « offrit dans le Temple des hosties à l’autel, pour lui et pour les autres qui, avec lui, étaient purifiés »129. Paul n’a pas dédaigné ou réduit à néant les autels, au contraire il donna l’exemple.
De même, dans l’Apocalypse, Jean atteste qu’il vit dans le ciel un autel, sur lequel beaucoup d’encens, qui sont les oraisons des saints, était offert pas les anges.130 Et c’est parce que le bienheureux Jean vit dans le ciel, devant Dieu, un autel d’or, qu’il voulut édifier sur la terre, dans les églises matérielles, un autel matériel, magnifique et pur.
Contre les susdites erreurs nous pouvons citer un grand nombre de témoignages de l’Ancien Testament, c’est-à-dire la Loi, les Prophètes et les Psaumes. Mais puisque les hérétiques eux-mêmes ne veulent répondre, ni donner raison aux objections que leur apportent les témoignages de l’Ancien Testament, de la Loi et des Prophètes, parce qu’ils n’en tiennent pas compte, sinon ils seraient immédiatement convaincus, nous n’avons pas voulu nous donner la peine de recourir à ces témoignages, excepté seulement ceux que nous avons tirés des livres du Nouveau Testament, témoignages qu’ils ne peuvent ni contredire ni justifier.

CHAPITRE X : Les cantiques ecclésiastiques

De même, les hérétiques rejettent les cantiques et les louanges de l’Église, par lesquels les clercs célèbrent le Dieu du Nouveau et de l’Ancien Testament, leur Créateur. Contre cette erreur, nous avançons le témoignage de Paul qui a dit dans son épître aux Éphésiens : « Dans la plénitude de l’Esprit Saint, récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur. En tous temps rendez grâce pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ »131.
Paul a dit de même aux Colossiens : « Que la Parole du Christ habite en vous abondamment en toute sagesse, enseignez-vous et admonestez-vous par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Chantez le Seigneur de tout votre cœur »132.
De même Jean, dans l’Apocalypse, a vu « vingt-quatre vieillards, et ils se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, les prières des saints, ils chantaient un cantique nouveau : « Tu es digne, Seigneur, de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus mis à mort et tu nous rachetas pour Dieu par ton sang »133.
Jean a dit aussi dans le même livre : « et la voix que j’entendis était comme celle de joueurs de harpes jouant de leurs harpes, et ils chantaient un cantique nouveau devant le trône de Dieu »134. Et ailleurs : « tenants les harpes de Dieu, ils chantaient le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, etc. »135.
Jean a dit encore dans ce même livre : « J’entendis comme un grand bruit de foule immense au ciel, qui clamait : « Alléluia, louange, gloire et puissance à notre Dieu, car ses jugement sont vrais et justes »136.

CHAPITRE XI : Le sacrement du corps et du sang du Christ

Après avoir expliqué que la maison de Dieu sont les églises, en ayant eu recours à quelques témoignages seulement et non à tous, il faut mettre en évidence maintenant l’autorité divine contre la dépravation hérétique au sujet du sacrement du corps et du sang du Christ, le sacrement le plus important de tous, que l’on consacre et célèbre dans la maison du Seigneur que Paul appelle l’église du Dieu vivant. Comme le Christ voyait la mort s’approcher de lui, voulant nous confier le sacrement du corps et du sang, prit du pain, rendit grâce, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, et fit de même pour la coupe. C’est ce que Matthieu, l’évangéliste, rapporte : « Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés »137.
De même, Marc : « Et tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : « Prenez, ceci est mon corps ». Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils burent tous. Il leur déclara : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui va être répandu pour une multitude »138.
De même, Luc : « Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous ; faite cela en mémoire de moi ». Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : « Ceci est la coupe du nouveau testament, en mon sang versé pour vous »139.
Les évangélistes affirment en effet que le Seigneur « prit du pain, le bénit et le donna à ses disciples en disant « Ceci est mon corps ».
Relevons en particulier : « il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna ». On ne trouve pas dans les évangiles que le Seigneur prît son corps, le bénît, le rompît et le donnât à ses disciples. Au contraire, les évangélistes attestent qu’« il prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples en disant « Ceci est mon corps », et qu’il fit de même pour la coupe en disant : « Ceci est la coupe de la nouvelle alliance, et mon sang versé pour vous ».
Mais les hérétiques disent que le pronom démonstratif « ceci » ne se réfère pas au pain qu’il tenait dans ses mains, qu’il bénissait, qu’il rompait et qu’il distribuait à ses disciples, mais se réfère à son corps qui accomplissait toutes ces choses. C’est là que se trouve l’origine et le point de départ de leur abominable erreur, eux qui ne tiennent pas compte que le pronom « ceci » ne peut se référer qu’à ce dont il a été fait mention, <c’est-à-dire au pain>. Or, dans la transmission du sacrement, nulle mention n’a été faite qu’il s’agirait de son corps. Par conséquent, ce qu’ils affirment est absolument faux. Au contraire, de même que la farine, l’eau et le sel, une fois mélangés entre eux et cuits, ne sont plus farine, eau et sel, ce qu’ils étaient auparavant, mais sont réellement et s’appellent « du pain », de même le pain qu’a pris Jésus-Christ dans ses mains pendant la Cène, quand il l’eut bénit et rompu, doit être compris comme le corps du Christ et non du pain, et on doit croire que c’est cela que le Christ, notre Sauveur et Rédempteur, donna à ses disciples après la Cène, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps »140.
Nous donnons aussi la même explication sur la coupe. Après avoir rendu grâces, il la donna à ses disciples et leur a dit : « Buvez-en tous. Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera versé pour la multitude en rémission des péchés »141. Il a ajouté aussi : « Toutes les fois que vous ferez cela, faites-le en mémoire de moi »142.
Ces paroles qui furent prononcées par le Christ pendant la cène, concernant ce sacrement, doivent être hautement considérées comme étant son dernier testament. En particulier, quand il dit : « Toutes les fois que vous ferez cela, faites-le en mémoire de moi »143. Cette parole indique que le Christ n’a pas voulu que ce sacrement si saint ait une fin. Au contraire, il a prescrit à ses apôtres, comme à leurs cohéritiers et successeurs, d’accomplir sans fin ce sacrement, après sa passion, résurrection et ascension, en mémoire de sa passion et dans l’espoir du salut éternel.
Quand le Seigneur Jésus-Christ rassembla ses disciples, il leur promit qu’il donnerait sa chair sous forme de pain et son sang sous forme de vin, comme le rapporte l’évangile du bienheureux Jean, quand il dit : « Le pain que moi, je vous donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ». Mais les Juifs, après avoir entendu ces paroles, débattaient entre eux, en disant : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger ? Comme il les entendaient débattre ainsi, il comprit qu’ils n’avaient pas une intelligence spirituelle de la déclaration qu’il avait donnée, et leur dit : « Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie éternelle, mais celui qui mangera ma chair et boira mon sang, aura la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour »144.
Dans ces paroles, retenons que personne ne peut avoir la vie éternelle s’il ne mange pas sa chair et ne boive son sang, selon ce que le Christ a dit lui-même. Or, il n’a pas voulu tromper ses disciples, ni faire une promesse vaine. En vérité, lors de la dernière Cène, il donna à ses disciples sa chair et son sang sous forme de pain et de vin afin qu’ils mangent sans dégoût. De toutes façons, quelles que soient les paroles que le Christ a dites, elles sont absolument sûres et vraies, et ne faillissent en quoi que ce soit. En effet, le Christ a dit maintes fois que ses paroles étaient vraies, et que si quelqu’un disait quelque chose de différent, ce ne serait ni vrai ni recevable, car il a dit : « Moi je suis la porte, si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé »145 ; « Moi, je suis le bon berger »146 ; « Moi, je suis le pain vivant »147 ; « Moi je suis la vigne et vous les sarments »148 ; « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie »149.
La parole de Dieu a tant de force et de puissance que quoi qu’elle dise, elle ne faillit jamais ni ne passe sans s’accomplir, comme l’a dit le Psalmiste : « il a parlé et ils ont été faits, il a ordonné et ils ont été créés »150.
Il faut aussi remarquer que l’évangéliste n’a pas rédigé au passé, mais au présent, bien qu’il ait écrit après la passion du Christ, comprenant et croyant en cela que le Christ leur a dit ce qu’il était, est et sera toujours. Ainsi, ces paroles que le Christ a prononcées pendant la cène et enseignées à ses disciples gardent en elles-même la même force, le même pouvoir, la même efficaci­té qu’elles eurent pour les apôtres au moment de l’institution du sacrement du pain et du vin, c’est-à-dire du corps et du sang du Seigneur, et elles garderont pour les ministres de Dieu la même force, le même pouvoir et la même efficacité jusqu’à la fin des temps.
Après que notre Seigneur Jésus-Christ eut entendu les Juifs débattre au sujet de sa chair, il leur a dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la résurrection et la vie éternelle, mais ceux qui mangeront et boiront son sang, obtiendront la résurrection et la vie éternelle »151. Et il a dit cela afin que la promesse du sacrement de sa manducation ne leur paraisse pas difficile et inutile, mais sûre et utile. Aujourd’hui, on peut recevoir le Christ sous les espèces du pain et du vin qu’il donna à ses disciples lors de la cène, et il le confirma en leur distribuant son corps. Il a ajouté aussi : « Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson »152.

Mais certains hérétiques croient qu’ils mangent la chair du Fils de l’homme et boivent son sang en écoutant la parole de Dieu, comme si le Christ, lui qui sait toutes choses, ne savait pas dire : « ma parole est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson », prenant un mot pour un autre. Mais en fait, il a dit : « ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson »153. Il n’a pas dit : « ma chair a vraiment été écoutée ou comprise ». Au contraire, par la grâce de l’opération de l’Esprit : « ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson »154. C’est ce que le Christ a dit en personne, et son témoignage sur le sacrement du pain et du vin qu’il a distribué pendant la cène est absolument certain. C’est pourquoi, dans les églises, ce sacrement est consacré tous les jours sur l’autel, en souvenir de lui, avec ses paroles, par les ministres de Dieu qui ont été ordonnés. C’est bien pour cela que le Christ a voulu montrer la puissance de la manducation de son sacrement et le bienfait qu’il procure à ceux qui y prennent part, en ajoutant : « Celui qui mange ma chair, et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui »155 et « celui qui me mange, vivra aussi par moi »156. C’est dans ces paroles que se trouve la puissance de son sacrement et le bienfait qu’il procure à ceux qui y prennent part. C’est ce que recherche précisément le fidèle, à savoir qu’il demeure en Dieu et Dieu en lui, afin qu’il porte beaucoup de fruit, comme Jean l’atteste : « Parce que sans moi, – comme le dit Celui qui est la Vérité elle-même – vous ne pouvez rien faire »157.
Quant au bienheureux apôtre Paul, écoutant, comprenant et croyant à la puissance et à l’utilité de ce si grand et si assuré sacrement, a voulu instruire ses disciples sur les actes et les paroles <de ce sacrement>, sans rien soustraire d’utile à leur salut, afin que ses successeurs les aient toujours en mémoire. Il a écrit dans la première épître adressée aux Corinthiens : « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. Notre Seigneur Jésus-Christ, la nuit où il fut livré, prit du pain, et rendant grâces, il le rompit, et dit : « Prenez et mangez. Ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Faites cela en mémoire de moi »158. Retenons ici que le Christ ordonna à ses disciples de faire ce sacrement en sa mémoire, afin que ceux-ci le transmettent à leurs disciples, comme eux-mêmes l’avaient reçu de lui, afin que par ce sacrement les fidèles gardent toujours en mémoire sa passion de siècle en siècle.
De même : « Après avoir mangé, il prit de même la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. Chaque fois en effet que vous mangerez ce pain ou que vous boirez cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Ainsi donc, quiconque mangera ce pain ou boira cette coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur »159. Mais si, comme le disent les hérétiques, le pain et le vin consacrés n’ont aucune puissance, pourquoi l’apôtre a-t-il dit que celui qui prend indignement le pain et le vin, consacrés en corps et en sang du Seigneur, devra en répondre ? Parce que, si quelqu’un mange seulement du pain, on ne peut dire, ni croire, qu’il aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. C’est pourquoi l’apôtre avertit chacun de ceux qui souhaitent prendre part à ce sacrement, à savoir du pain et du vin, de d’abord « s’éprouver soi-même »160, c’est-à-dire de se purifier de ses péchés, et après seulement manger ce pain et boire cette coupe.
De même, l’apôtre donna lui-même la raison pour laquelle celui qui participe <à ce sacrement> doit se purifier de ses péchés, quand il dit : « Celui qui en effet mange et boit indignement, mange et boit un jugement contre lui-même, s’il ne discerne le corps du Seigneur »161.
De même, l’apôtre a approuvé et affirmé que ce sacrement du pain et du vin est le corps du Seigneur. C’est ce qu’il avait exposé en parole et en acte aux Corinthiens, quand il a écrit dans l’épître qu’il leur avait transmise, en disant : « Cette coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang du Christ ? Et le pain que nous rompons, n’est-il pas la communions au corps du Seigneur ? (Et il l’est, non par la valeur du célébrant qui consacre, mais par la puissance de l’Esprit). Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes un seul corps, car nous participons tous à un même pain »162. Dans ce passage, l’apôtre Paul démontre qu’il accomplissait le sacrement que lui-même avait reçu du Seigneur. Il en est de même également pour les autres apôtres.
De même, l’apôtre Paul dit dans cette épître : « Lorsque vous vous réunissez en commun, ce n’est déjà plus la cène du Seigneur que vous mangez. En effet, chacun pense qu’il doit manger son repas. Aussi, tandis que l’un a faim, l’autre est ivre. Mais se rassembler en commun, et manger sa propre nourriture sans rien partager avec les autres et s’enivrer, ce n’est pas manger la Cène du Seigneur »163.
L’Apôtre a réprimandé les Corinthiens, et il a leur a dit en les interrogeant : « N’avez-vous donc pas de maison pour manger et boire ? – à savoir une nourriture sobre – Ou bien méprisez-vous l’Église de Dieu, et voulez-vous faire honte à ceux qui n’ont rien ? Je vous loue en ce que vous vous réunissez en commun au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, mais je ne vous loue pas en ce que vous mangez votre propre nourriture et en ce que vous faites honte à ceux qui n’ont rien et qui ont faim, car ils n’ont rien à manger »164.
Ces témoignages démontrent clairement que les disciples des apôtres, en les imitant, ont perpétué mémorablement la tradition de ce sacrement dans le monde en entier. Et nous disons et croyons, et toute l’Église romaine, fondée primitivement par les bienheureux Pierre et Paul, dit et croit que tout homme qui n’a pas foi en ce sacrement et dans les autres traditions des apôtres, comme le baptême, la confession, la pénitence et toutes les autres institutions des apôtres, qui sont actuellement dans l’Église, est étranger à l’unité de la sainte Église et à la foi catholique, qu’il est mis à l’écart de la communauté des fidèles, à savoir des trépassés comme des vivants, et qu’il est damné pour les siècles des siècles.

CHAPITRE XII : Le sacrement du baptême

Après en avoir fini, quoi qu’indignes, avec le <sacrement> du corps et du sang du Christ, tel qu’il est universellement enseigné et pratiqué par l’Église catholique dans le monde entier, nous en venons maintenant au <sacrement> du baptême. Nous avancerons les autorités du Nouveau Testament contre les erreurs des hérétiques qui nient le sacrement du baptême d’eau, erreurs que nous devons briser par les témoignages que l’Esprit-Saint nous a donné.
Certains hérétiques disent en effet que le sacrement du baptême d’eau, sans leur imposition des mains, n’est nullement utile, ni pour les adultes ni pour les enfants, pour obtenir l’admission au salut éternel. Et cette erreur, comparativement aux autres, est la plus grande.
Il est écrit dans l’évangile de Jean, que Jean-baptiste a été envoyé baptiser dans l’eau par le Dieu tout puissant, afin qu’il fut le précurseur du Christ et son vrai héraut, comme l’atteste Jean-baptiste lui-même en disant : « Un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a pas été donné du Ciel »165 et « Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer comme une colombe, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint » »166. Et quand le Christ fut baptisé, les cieux se sont ouverts, la voix du Père fut entendue et l’Esprit Saint est apparu. Voyons combien est grand et divin le sacrement de la foi. En effet, toute la Trinité est à l’œuvre dans le baptême du Christ et c’est digne d’intérêt : le Père fut entendu, le fils fut baptisé, l’Esprit Saint est apparu sous l’aspect d’une colombe et les cieux se sont ouverts après que le Fils de Dieu ait été baptisé.
C’est parce que l’institution et le sacrement du baptême sont si importants que le Christ a déclaré à Nicodème : « Amem, amen, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le royaume de Dieu. Ce qui est de la chair est chair, ce qui est né de l’esprit est esprit »167. Entendez bien hérétiques ! Il vous faut avoir deux naissances, c’est-à-dire charnelle et spirituelle, comme l’atteste la parole divine. Celui qui ne possède pas la naissance spirituelle ne peut voir le royaume de Dieu, ni ne peut y entrer. Mais celui qui n’a pas la naissance charnelle, ne peut avoir la naissance spirituelle. Alors, pourquoi dites-vous que la naissance charnelle est mauvaise, à laquelle succède la naissance spirituelle, celle qui donne à voir le royaume de Dieu et qui y donne accès ? Puisque sans la naissance charnelle, il n’est pas possible d’avoir la naissance spirituelle. En effet, celui qui n’est pas encore né ne peut jamais renaître. Il faut donc naître et ensuite renaître.
Nous lisons dans l’Évangile que Jean-Baptiste est allé dans le désert sur l’inspiration de l’Esprit Saint, et il prêcha et enseigna la pénitence et le baptême d’eau à ceux qui venaient à lui. C’est pourquoi Christ, voulant confirmer et sanctifier le baptême d’eau de Jean-Baptise, vint auprès de lui et jugea bon de recevoir ce baptême d’eau, donnant ainsi l’exemple à tous les fidèles de la nécessité de recevoir le sacrement du baptême d’eau pour avoir le salut de son âme. C’est par ce baptême que les fidèles sont purifiés de tous les péchés, présents et passés. Sans ce baptême, la foi de l’Église universelle dit que tous ceux qui n’observent pas ce sacrement, ni ne veulent le recevoir, ne méritent en aucune manière la vie éternelle, ni ne peuvent l’obtenir, comme notre Sauveur Jésus-Christ l’atteste dans l’évangile du bienheureux Jean : « à moins de naître d’eau et d’Esprit saint, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu »168.
Nous lisons aussi dans l’Évangile qu’avant la Passion, les disciples du Christ baptisaient les croyants au nom du Fils de Dieu, sur son ordre. Cela est dit dans ce passage : « Quand Jésus entendit les Pharisiens dire qu’il faisait plus de disciples et qu’il baptisait – bien que lui-même ne baptisait pas mais ses disciples –, il quitta la Judée »169. Mais il faut savoir que Jean-Baptiste baptisait au nom du Seigneur, <c’est-à-dire au nom seulement> de celui qui l’avait envoyé. Mais Notre Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il a été envoyé du ciel par le Père pour apporter avec lui le salut éternel au genre humain, pour enseigner également à ses disciples l’usage du sacrement du baptême et pour les envoyer dans le monde entier, leur ordonna de prêcher le règne de Dieu et de baptiser en ajoutant : « Au nom du Père, du Fils et du Saint esprit »170, comme on le trouve à la fin de l’évangile du bienheureux Matthieu, quand il apparut à ses disciples sur la montagne en leur disant : « Allez, enseignez tous les hommes, les baptisant au nom du Fils, du Père et du Saint esprit »171. Il a aussi ajouté : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. Mais celui qui ne croira pas, sera condamné »172. Nous pouvons déduire de cette parole que celui qui ne croit pas à l’usage de ce sacrement du baptême, quand bien même il le recevrait, n’obtiendra pas le salut.
Les hérétiques disent aussi que si on ne demande pas le sacrement du baptême oralement et de tout son cœur, il ne peut être valable. C’est pourquoi ils avancent cette erreur <qui consiste à dire> que le baptême d’eau des enfants n’est pas valable173. Mais nous, nous avons dans l’évangile du bienheureux Marc, que le Seigneur Jésus-Christ apparut à ses disciples après sa résurrection, et leur a dit : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes créatures. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé »174. Dans ce passage, le Christ ne fait aucune distinction entre adultes et enfants ou entre hommes et femmes quand il dit « à toutes créatures ». C’est pourquoi, dans le monde entier, la foi de l’Église catholique dit que si on a reçu ce sacrement du baptême, on est sauvé sans aucun doute possible, et ce, quel que soit l’endroit où le nom du Christ est célébré et quel que soit celui qui croit : enfant, adulte, homme ou femme. Tous les péchés, présents et passés, sont lavés et purifiés par l’action de la grâce de l’Esprit Saint, excepté si on retombe, avant de mourir, dans la corruption du péché après le lavement du baptême.
Les hérétiques disent aussi sur le baptême des enfants que ce baptême ne peut les sauver. Contre cette erreur, le bienheureux Paul dit dans la première épître aux Corinthiens : « Si un frère dans la foi a une femme non croyante qui consent à habiter avec lui, qu’il ne la répudie pas. Et si une femme croyante a un homme non croyant qui consent à habiter avec elle, qu’elle ne répudie pas son mari. En effet, l’homme non croyant est sanctifié par sa femme croyante, et la femme non croyante, par l’homme croyant. Car autrement vos fils seraient impurs, alors qu’ils sont saints »175. L’Apôtre dit ici que les enfants des fidèles sont purs et saints. Il faut donc croire à plus forte raison que les enfants baptisés dans la foi de leurs parents, par immersion dans l’eau, accomplie par les ministres de l’Église et sur l’invocation du nom du Père, du Fils et du Saint esprit, sont lavés et sauvés. C’est pourquoi nous trouvons dans l’évangile de Matthieu que la fille de la femme cananéenne fut sauvée par la foi de sa mère.
De même, nous trouvons dans l’Évangile que des personnes amenèrent auprès de Jésus un paralytique étendu sur son lit, mais comme ils ne purent accéder à Jésus à cause de la foule qui se massait à l’entrée de la maison, ils le firent passer par le toit juste au pied de Jésus, afin qu’il le guérisse. Or, Jésus prenant en considération la foi de ceux qui avaient apporté le paralytique, le guérit176. C’est également de la même manière que le pouvoir du diable fut chassé177.
On trouve aussi dans l’évangile du bienheureux Matthieu le récit du centurion venu demander la guérison de son garçon, et le Seigneur l’exauça : « Va, qu’il te soit fait selon ta foi. Et à l’heure même son garçon fut guéri »178.
De même, la fille défunte du chef de la synagogue fut ressuscitée par le Seigneur sur la demande du père179.
De même, le fils d’une veuve que l’on emportait pour l’enterrer, en passant la porte de la cité, le Seigneur, ému de compassion par les plaintes et les larmes de la mère, le ressuscita et le rendit à sa mère180.
C’est en raison de ces autorités évangéliques, et de bien d’autres témoignages qui sont contenus dans les écrits des apôtres, que l’Église entière, dans le monde entier, croit et tient que c’est par la foi des parents, à travers l’invocation de la sainte Trinité, faite par les ministres de l’Église, que la grâce de l’Esprit <Saint> est donné dans le baptême par le Dieu tout-puissant aux enfants et aux petits enfants, comme l’atteste Paul quand il dit : « Moi j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu »181. Et pourquoi l’Apôtre a dit : « Dieu donne la croissance » ? Pour que chaque fidèle soit assuré que, quelle que soit la qualité de celui qui baptise avec l’invocation, c’est-à-dire au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, « Dieu donne la croissance », c’est-à-dire la grâce spirituelle par la réception de ce sacrement, et ce, que l’on soit petit ou grand. C’est pourquoi, Pierre dans les Actes des apôtres a dit : « que chacun de vous se fasse baptiser au nom de nôtre Seigneur Jésus-Christ et vous recevrez le don de l’Esprit Saint »182.
De même, vous dites hérétiques que le pécheur ne peut baptiser. Pourquoi alors les apôtres baptisaient, eux qui étaient pécheurs, comme Jean l’atteste en disant : « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous nous abusons et la vérité n’est pas en nous »183.
De même, vous mentez <hérétiques> quand vous dites que ce n’est pas par le ministère du prêtre que l’Esprit Saint est donné, mais que c’est vous qui le donnez. Et comment pouvez-vous dire que c’est vous qui donnez l’Esprit Saint, alors que vous contredisez l’Esprit Saint autant qu’il vous est possible ? En réalité, c’est Dieu seul qui donne l’Esprit Saint.
De même, on trouve dans les Actes des apôtres que les apôtres imposaient les mains sur les gens et qu’ils recevaient l’Esprit Saint. Il n’est pas écrit qu’ils le donnaient, il est écrit qu’ils imposaient les mains et que les gens recevaient l’Esprit Saint.
De même, dans les Actes des apôtres : « Et ils descendirent tous deux dans l’eau, Philippe et l’eunuque. Il le baptisa et l’Esprit Saint descendit sur lui »184.
De même, sur les enfants ou les petits enfants nous trouvons dans les évangiles que nôtre Dieu, Jésus-Christ, approuva à tel point leur jeune âge, qu’il déclara aux disciples qui interdisaient aux enfants de se présenter à lui : « Laissez les petits enfants venir à moi, car c’est à leur pareils qu’appartient le royaume des cieux »185. Donc, celui qui ne croit pas que le baptême soit valable pour les petits enfants et les enfants, le croit à l’encontre de l’Évangile. Il est comme celui qui empêchait les petits enfants de venir auprès du Christ.
De même, nous lisons dans la première épître du bienheureux Paul aux Corinthiens, que dans l’Église primitive les disciples des apôtres se faisaient baptiser à la place des morts, croyant par là conférer le salut aux âmes des morts. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Si les morts ne ressuscitent pas, que gagneront ceux qui se font baptiser à la place des morts ? Et puisque les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? Et pourquoi prêchons-nous à toute heure ? »186. Si donc la foi de l’Église primitive était que le baptême des vivants, à la place des morts, conférait à ces morts le salut éternel, alors même que les morts ne pouvaient ni entendre, ni recevoir le baptême, et que c’est bien la raison pour laquelle les vivants se faisaient baptiser à la place des morts, combien davantage les fidèles doivent croire maintenant que c’est par la foi des parents que les petits enfants sont baptisés, et que c’est par ce baptême que découle le salut éternel et la grâce spirituelle.
Que ces arguments sur le baptême suffisent.

CHAPITRE XIII : Le sacrement de la pénitence

Nous avons parlé du sacrement du baptême, qui est la première planche de salut après le naufrage du péché. Maintenant, il nous faut parler de la pénitence, parce ce qu’elle est la seconde planche de salut après le baptême, sacrement qu’il faut confirmer authentiquement contre l’hérésie dépravée.
L’enseignement de Jean commence par la pénitence. Il déclare en effet : « Entrez en pénitence, car le royaume des cieux s’est approché »187. Ce que disait Jean-baptiste, le Christ lui-même l’enseigna au début de son ministère : « Entrez en pénitence, car le royaume des cieux s’est approché »188.
Pierre dit aussi dans les Actes des apôtres, à ceux qui furent touchés au cœur par sa prédication : « Entrez, dit-il, en pénitence, et que chacun d’entre vous se fasse baptiser »189.
Pierre de même : « Entrez en pénitence et convertissez-vous afin que vos péchés soient effacés »190.
Mais puisque la contrition intérieure du cœur, la confession orale et la juste expiation enjointe par le prêtre sont nécessaires à la pénitence, nous avancerons des exemples sur chacun d’eux.
Sur la nécessité de la contrition intérieure du cœur, nous avons l’autorité de Joël : « Déchirez votre cœur et non votre vêtement »191. Nous avons aussi l’autorité du Psalmiste : « Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié »192. En effet, la contrition est la componction du cœur qui naît du souvenir des fautes commises comme cela est dit dans l’Évangile : « Et Pierre se souvint des paroles que Jésus avait dites : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois »193. Voilà comment le cœur est touché : il se souvient des fautes commises et s’en repent sincèrement en pleurant.
De même, la confession orale est nécessaire, et celle-ci est double : confession de Dieu et confession des péchés. La confession de Dieu c’est ce que le Seigneur dit dans l’Évangile : « Celui qui me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père »194 ; et la confession des péchés, c’est ce que David affirme dans le psaume : « Confessez-vous au Seigneur puisqu’il est bon, puisque sa miséricorde est éternelle »195. David dit ici que le Seigneur est bon et miséricordieux, parce que si quelqu’un se confesse à lui, il est disposé à le pardonner. David a aussi perçu par l’Esprit Saint la longanimité de la miséricorde de Dieu, quand il disait : « La miséricorde du Seigneur, je la chanterai éternellement »196.
De même : « Ta miséricorde et ta justice, je la louerai Seigneur »197.
De même : « Tes miséricordes sont nombreuses, Seigneur »198.
De même, toujours David : « Je disais : « Je confesserai contre moi mon injustice, Seigneur »199.
En effet, la confession est l’exécration de nos propres actes par le moyen de notre accusation. C’est pourquoi il est écrit : « Le juste est celui qui s’accuse au début de sa plaidoirie »200. Et Jacques, dans son épître canonique : « Confessez vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez sauvés »201. L’apôtre Paul dit aussi : « Par le cœur on croit à la justice, mais par la confession des lèvres s’opère le salut »202.
Voilà, nous savons avec l’autorité de Jacques que nos péchés doivent être confessés. Il n’a pas dit de les confesser isolément à Dieu, comme le disent les hérétiques, mais « Confessez vos péchés les uns aux autres ». Nous devons aussi nous confesser aux prêtres, comme le Seigneur le dit dans l’Évangile : « Va, et montre-toi aux prêtres »203. Jacques le dit aussi : « Quelqu’un parmi-vous est-il ma- lade ? Qu’il soit conduit aux prêtres de l’Église et qu’ils prient pour lui »204.
En ce qui concerne la nécessité d’expier <nos péchés>, un passage de l’évangile de Luc déclare : « Produisez des fruits dignes de la pénitence »205. Notons que produire de dignes fruits, dignes de la pénitence, n’est rien d ‘autre que la digne expiation enjointe par le prêtre. L’expiation est la sentence ou le jugement qui est donné par le prêtre en pénitence des péchés. C’est de ce jugement dont il est question ici : « Le Seigneur ne jugera pas deux fois la même chose »206. Paul dit aussi : « Si nous nous jugions, nous ne serions pas jugement à partir de la maison de Dieu »207. Ce jugement est le pouvoir que le Seigneur donna aux hommes, à savoir le pouvoir de lier et de sauver , car celui qui est la Vérité elle-même dit : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, mais à ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »208. En effet, de même que dans l’Ancien Testament les lépreux sont tenus de se montrer aux prêtres, afin que ceux-ci discernent ceux qui sont purs ou impurs, de même maintenant l’office des prêtres consiste à entendre la diversité des péchés afin qu’ils sachent qui doit être lié ou qui doit être sauvé.
De même, après avoir ressuscité Lazare, le Christ ordonna aux disciples : « Déliez-le »209. <En disant cela,> le Seigneur a voulu que les disciples montrent que c’était eux-mêmes qui sauvaient et déliaient celui qu’il venait de ressusciter. C’est ainsi que Dieu pardonne les péchés et <il le fait> par l’intermédiaire de ses ministres. En effet, quand Dieu pardonne les péchés, les hommes le font aussi, cependant autre est le pardon de Dieu, autre le pardon des hommes, car quand Dieu veut pardonner les péchés, il pardonne de lui-même et par lui-même, alors que les hommes ne peuvent pardonner d’eux-mêmes mais par la grâce qui est en eux et opérant à travers eux. Par conséquent, il est certain que c’est Dieu seulement qui pardonne les péchés, comme lui-même le déclare dans les Prophètes : « C’est moi seul qui efface les iniquités et les péchés du peuple »210.
De même : « Tu es le seul qui fait des merveilles »211. Toutefois, on ne peut nier que les hommes font aussi des merveilles, mais il ne le font pas par eux-mêmes comme le fait Dieu.
De même : « Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seulement »212, parce que Dieu est bon par lui-même. Cependant, nous ne nions pas que les hommes sont bons. Aussi, quand les hommes pardonnent les péchés, ce pardon ne provient pas d’eux-mêmes, car en fait c’est Dieu qui pardonne par l’intermédiaire de ses ministres.
Mais vous dites hérétiques qu’on peut être sauvé sans confession et vous avancez cette autorité qui dit : « Au moment même, quel qu’il soit, où le pécheur se repent, il sera sauvé »213. À quoi il faut répondre, qu’en vérité, le prêtre invisible, c’est-à-dire Dieu, absout celui qui, par la seule contrition de son cœur, veut se confesser <à un prêtre> du délit qui entraîne la peine éternelle214, mais ne le peut pas. En revanche, il ne l’absout pas si cette personne ne se confesse pas oralement <à un prêtre>, alors qu’il peut le faire. Car il est certain que celui qui a le cœur contrit, veut se confesser, toutefois cette bonne volonté peut l’abandonner. En effet, l’homme ne veut pas, pendant qu’il est dans cette vie, ce qu’il ne peut vouloir. Et si, après avoir perdu cette volonté, il ne veut se confesser et meurt, il ne fait aucun doute qu’il est damné pour ce péché qu’il n’a pas voulu confesser. En effet, nul péché ne reste impuni, car c’est soit l’homme, soit Dieu qui punit.
Il appert donc que c’est Dieu seul qui pardonne les péchés, en vivifiant intérieurement par sa grâce, alors que les prêtres pardonnent sans vivifier intérieurement, mais ils absolvent du délit qui entraîne la peine éternelle par l’expiation qu’ils enjoignent. Mais ce que vous citez hérétiques au sujet des péchés : « Au moment même, quel qu’il soit, où le pécheur se repent, il sera sauvé », concerne en réalité celui qui, en péril de mort imminente, n’a pas le temps <de se confesser et> d’expier <ses péchés>. C’est comme s’il disait : « quel que soit le moment dans cette vie où un pécheur aura fait véritablement pénitence, il ne sera pas anéanti dans la vie future ». Ou bien, le pécheur peut chaque jour dire qu’« au moment même, quel qu’il soit, où il se repent, il sera sauvé », parce que c’est ainsi que commence le salut du pécheur.
Après avoir dit ce qui doit être pris en considération au sujet de la pénitence, il nous faut dire maintenant ce qu’elle est. La pénitence en effet consiste à se repentir sincèrement des mauvaises actions que l’on commet. Elle consiste aussi à ne plus vouloir commettre d’autres mauvaises actions. Et celui qui ne se confesserait pas de cette manière, ou bien ignore ce qu’est réellement la pénitence ou bien la néglige.
De même, celui qui continue à faire ce qu’il a confessé, n’est pas un pénitent, c’est un moqueur. Il ne semble pas rechercher Dieu en toute humilité. Au contraire, dans son orgueil, il s’en moque. Isaïe a dit aux pécheurs : « Lavez-vous, soyez purs »215. Celui qui se lave et qui est pur, est celui qui se repent sincèrement de ses fautes passées, et qui ne commet pas à nouveau ce dont il devra se repentir sincèrement. C’est cela la véritable pénitence, au sujet de laquelle le Seigneur dit dans l’Évangile : « Plus grande est la joie des anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vint-dix justes qui n’ont pas besoin de faire pénitence »216. Non qu’il existerait pour Dieu quelqu’un de réellement juste, quelqu’un qui n’aurait pas besoin de faire pénitence. Non, il s’agit ici de quelqu’un qui ne ferait pas pénitence, c’est-à-dire d’une personne qui estimerait n’avoir pas besoin de faire pénitence. Et c’est de cet orgueil que les hérétiques font preuve à l’instar des Pharisiens. Ils sont ce que Salomon déclare : « Ils trouvent leur joie à faire mal, ils se complaisent dans la perversité »217. Que suffise tout ce que nous venons de dire sur la pénitence.

CHAPITRE XIV : L’imposition des mains

Après avoir traité de la pénitence nous passons à l’imposition des mains, parce que les hérétiques usurpent la pratique de l’imposition des mains, qu’ils appellent « consolation », et qu’ils le font à l’encontre des préceptes du Seigneur et de l’institution des apôtres. Il faut dire tout d’abord de quelle façon et par qui l’imposition des mains est faite, et ce qu’ils en pensent.

Tel est leur rite de la « consolation » : Celui qui officie est l’évêque ou le diacre. Ils sont les dirigeants des autres hérétiques qui leurs sont subordonnés. Et quand ils veulent donner la « consolation » à un homme ou à une femme, celui qui est le plus « ancien », et qui est dit « ordonné », se lave les mains, ainsi que tous ceux qui sont présents. Après s’être lavé les mains, la ou les personnes, qui se sont avancées pour recevoir la « consolation », tiennent le livre des évangiles dans leurs mains. Alors, « l’ordonné » prêche afin que ces personnes placent dans cette « consolation » toute leur foi et l’espérance du salut de leur âme, en Dieu et en cette « consolation ». Après quoi, « l’ordonné » pose le livre sur leur tête, et ils disent sept oraisons dominicales. Ensuite, « l’ordonné » dit à haute voix l’évangile du bienheureux Jean, depuis « Au commence­ment » jusqu’à « la grâce et la vérité ont été faite par Jésus-Christ »218, et c’est sur ces mots que s’achève cette « consolation ».

Il nous faut dire maintenant quelle est la personne qui donne cette « consolation », si ces personnes qui sont dites « ordon­nées » font défaut. Ces personnes sont remplacées par ceux qui sont dit « consolés », et s’il n’y pas d’homme, ce sont aussi bien les femmes que les débiles qui le font.

Il nous faut dire aussi comment ils considèrent cette « consola­tion ». Tous ont généralement la foi et l’espoir d’être sauvé par cette « consolation », et ils croient qu’elle procède à l’entière rémission de leurs péchés et à la purification de leurs fautes, sans aucune expiation, s’ils décèdent aussitôt <après l’avoir reçu>.

Ils croient aussi que par cette « consolation », Dieu leur donne non seulement le pardon des péchés véniels qu’ils ont commis, mais aussi les péchés criminels qu’ils ont perpétrés. Ils disent aussi que personne, grand ou petit, homme ou femme, à moins de recevoir cette « Consolation » par les « Consolés » eux-mêmes, ne peut accéder au royaume céleste et intégrer la société des anges, par une quelconque œuvre ou bienfait, ou encore observa­tion religieuse, pas même par le martyre, quand bien même aucun péché ou faute ne serait commis (ce qui est impossible).

Ils croient aussi que la « Consolation » n’a aucune efficacité pour celui qui la reçoit, si celui qui fait cette « Consolation » a chuté dans un des péchés qu’ils appellent « criminels », comme celui de manger de la viande, de l’œuf, ou du fromage, ou bien celui de tuer une poule ou n’importe quel autre animal, même involontairement, ou encore l’un des péchés que l’Église romaine dénonce, comme celui de l’adultère, de la fornication, de l’impureté, de l’escroquerie, des faux témoignages, du parjure et du vol. En effet, ils disent qu’une telle personne qui a chuté dans le péché ne possède plus l’Esprit Saint, et ils croient qu’elle ne peut plus donner la « Consolation » à quelqu’un. Au contraire, ils croient que cette personne doit de nouveau recevoir cette « Consolation » par un autre, si elle désire être sauvée. Et ceci est valable pour tous, les hommes comme les femmes, s’ils ont chuté, il faut qu’ils soient « Consolés » de nouveau, comme il a été dit.

L’Église romaine, en vérité apostolique, juge sur la foi de nombreuses autorités, que toutes les choses susdites qui sont accomplies par les hérétiques sont des erreurs mauvaises et mortelles, parce qu’elles ne sont pas faites par les personnes par lesquelles elles doivent être faites, et parce qu’elles ne furent instituées ni par Jésus-Christ, ni par les apôtres, et qu’elles ne furent pas faites non plus à leur époque.
Nous voyons dans l’Évangile que le Seigneur Jésus-Christ, notre Sauveur, imposait les mains sur les enfants qu’on lui présentait et aussi sur les malades, et qu’il les bénissait et les guérissait219, mais nous ne trouvons pas qu’il ait donné cet office à l’un des disciples avant sa passion et jusqu’à sa résurrection d’entre les morts. C’est après sa résurrection que le Christ donna et conféra seulement aux apôtres qu’il avait ordonnés, le pouvoir de baptiser et d’imposer les mains au nom du Seigneur, afin que ceux qui seront ordonnés par eux aient le même pouvoir de baptiser et d’imposer les mains, à savoir ceux que Dieu a choisis, et eux-mêmes à ceux qu’ils jugeront <dignes de l’être>. C’est pourquoi nous lisons dans les Actes des apôtres que le bienheureux Pierre répondit à Simon le Mage, qui lui avait proposé de l’argent en échange du pouvoir de donner à son tour l’Esprit Saint à ceux à qui il imposerait les mains : « Dans cette affaire il n’y a pour toi ni part ni héritage, parce que tu as estimé posséder le don de Dieu avec de l’argent. Mais prie le Seigneur et fais pénitence pour cette si mauvaise pensée qui est montée dans ton cœur »220. Pierre jugea ainsi que ce personnage était indigne du divin office et qu’il devait être repoussé.
Nous trouvons aussi dans les Actes des apôtres que dans toutes les cités où le nom de notre Seigneur Jésus-Christ était célébré et où persévéraient les fidèles chrétiens, les apôtres ordonnaient des prêtres et des diacres pour qu’ils perpétuent ce même divin sacrement. <Et nous le savons> grâce à ce témoignage : « Ils instituèrent des prêtres dans chaque Église »221.
De même, dans les Actes, comme Paul voulait se rendre à Jérusalem depuis l’Asie, en passant par les Églises où il avait ordonné des prêtres et des évêques, il arriva à Millet. Là, il convoqua les personnalités les plus importantes de l’Église d’Éphèse et leur dit : « Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel l’Esprit Saint vous a placé évêques pour régir l’Église de Dieu, qu’il a acquise par son sang »222.
<De même>, après que notre Seigneur Jésus-Christ ait choisi ses apôtres, et après son ascension, les apôtres établirent dans toutes les Églises des évêques, des prêtres et des diacres pour perpétuer tous les divins mystères. Et ce même pouvoir et tradition que les apôtres avaient reçu du Christ, ils le remettaient à ceux qu’ils avaient à leur tour ordonnés. Et quiconque agit et croit à l’encontre de cette tradition apostolique s’égare totalement et travaille à sa perte. C’est pourquoi l’apôtre Jacques déclare : « Celui qui observe toute la loi, mais commet un écart sur un seul commandement, devient coupable de tous »223.
De même Paul : « 
un peu de ferment corrompt toute la masse »224.
Que ces propos suffisent à réfuter les personnes des hérétiques.

Il nous faut enfin dénoncer leur rite de la « consolation » . La « consolation » est donnée par les hérétiques, ce qui n’a jamais été fait par les apôtres ni par leurs disciples, et on ne trouve pas non plus qu’ils l’aient ordonné. Les apôtres imposaient les mains seulement à ceux qu’ils voulaient élever au-dessus du peuple <des fidèles>, en les ordonnant prédicateurs, prêtres ou diacres. Sur le reste, nous ne le trouvons pas dans l’Écriture divine, si ce n’est que les apôtres prêchaient et baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, comme notre Seigneur Jésus-Christ le leur avait enseigné et leur avait ordonné : « Allez, enseignez tous les hommes, en les baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint »225. Mais il leur donna le rite qui a été conservé fidèlement par l’Église jusqu’à ce jour. C’est pourquoi il faut se demander assidûment d’où provient le rite de la « Consolation» des hérétiques et quelle en est l’origine, parce qu’il ne semble provenir ni du Christ, ni des apôtres, ni des successeurs des apôtres, du fait qu’il diverge beaucoup de ce qui a été dit, fait et écrit à son sujet. C’est pourquoi il faut croire que ces hérétiques sont ce que l’apôtre Paul a écrit dans la seconde Épître à Timothée : « Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres et détourneront leurs oreilles de la vérité»226.

De même, ces hérétiques ne croient ni ne veulent obéir, ni à ce que les Prophètes ont dit, ni aux traditions des apôtres, ni aux usages des autorités apostoliques et ni aux écrits des saints Pères. Ces hérétiques jugent que tous les hommes sont damnés, quelque soit leur vie, s’il n’ont pas reçu d’eux cette « consolation ». Et en cela, ils contredisent la parole de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a dit à ses disciples : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés »227. C’est pourquoi, ils peuvent tomber sous le coup de ce que le Christ a dit : « du juge­ment dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on vous mesurera »228. Et c’est parce qu’ils jugent et condamnent toutes les autres personnes qui ne sont pas de leur côté, que la condamnation et le jugement sera, Dieu voulant, sur leur tête.
De même, les hérétiques n’écoutent ni n’obéissent aux conseils du bienheureux apôtre Paul qui dit : « Ne jugez pas avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, car c’est lui qui mettra en lumière les secrets des ténèbres, et manifestera les desseins du cœur »229, et ailleurs : « Le Seigneur reconnaît ceux qui sont de lui »230.

CHAPITRE XV : La consommation de la viande et de certains autres aliments

La croyance de tous les hérétiques est que nul ne peut être sauvé s’il a mangé de la viande, du fromage, ou des œufs après avoir reçu la « consolation », excepté s’il a fait pénitence et qu’il a été « reconsolé ». Mais nous devons entreprendre de détruire cette si grande erreur en opposant le témoignage des Évangiles, des Épîtres apostoliques et des Actes des apôtres.
En effet, on trouve dans l’Évangile que le Seigneur a dit à ses disciples : « Dans n’importe quelle maison que vous entriez, demeurez y en mangeant et buvant ce que qu’on vous sert »231. Il ne leur a prescrit aucune restriction alimentaire, carnée ou autre. Au contraire, il a dit à tous : « Quel que soit ce qu’on vous sert, mangez-le ».
De même, dans l’évangile selon Matthieu on trouve qu’il a dit : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, parce que c’est du cœur que procèdent par exemple les meurtres, les adultères, les vols et les faux témoignages etc. »232.
De même, il est écrit dans les évangiles que le Seigneur Jésus-Christ mangea à table avec ses disciples la chair de l’agneau pascal. Luc l’a écrit clairement dans son évangile : « Or, vint le jour des Azymes, où il était nécessaire d’immoler la Pâque, et il envoya Pierre et Jean en disant : « Allez nous préparer la Pâque pour que nous la mangions ». Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous te préparions à manger la pâque ? » etc., « Le Maître te dit : où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? » etc., « S’en étant donc allés, ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Lorsque l’heure fut venue, il se mit à table, et les douze avec lui. Et il leur dit : J’ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous le dis, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le royaume de Dieu »233.
Les autres évangélistes ont également écrit que le Christ mangea la Pâque, et que cette Pâque, qu’il était nécessaire d’immoler, était l’agneau pascal, c’est ce que le Seigneur avait prescrit à Moïse. Or, le Christ mangea l’agneau pascal, et cet agneau était de la viande, donc le Christ a bien mangé de la viande.

De même, l’Apôtre dit dans la Première Épître aux Corinthiens : « Tout ce qui se vend au marché, mangez-le sans poser de question par motif de conscience. Si quelque infidèle vous invite et que vous acceptiez d’y aller, mangez tout ce que l’on vous sert, sans poser de question par motif de conscience. Mais si quelqu’un vous dit qu’il s’agit de sacrifice aux idoles, n’en mangez pas parce qu’il vous l’a indiqué, et par motif de conscience, non la vôtre mais celle de l’autre »234.
De même l’apôtre Paul à Timothée : « Toutes les créatures de Dieu sont bonnes, et rien ne doit être rejeté parce qu’on le prend avec action de grâces, car la parole de Dieu et la prière les sanctifient »235. Nous savons et croyons aussi que Christ, qui est le verbe et la sagesse de Dieu, le Père, vint en ce monde, après avoir pris chair dans le sein de la Vierge, uniquement pour le salut des âmes. Or, tout ce que nous venons d’énoncer, il ne l’aurait fait ni n’aurait ordonné de le faire, s’il y avait jugement et damnation pour les âmes des fidèles. Les apôtres, pénétrés aussi de sagesse spirituelle, n’auraient pas non plus imités le Christ, ni n’en auraient parlé. Ils n’auraient pas non plus mangé de la viande, ou les autres aliments, s’ils savaient qu’en les mangeant ils étaient coupables de pécher.
De même, Paul aux Romains : « Mais accueillez celui qui est faible dans la foi, sans chercher à le convaincre. Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes. Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir. Celui-ci préfère un jour à un autre ; celui-là les estime tous pareils ; que chacun s’en tienne à son estimation. Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu’il rend grâce à Dieu. En effet, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, soit que nous mourions, soit que nous vivions, nous appartenons au Seigneur. Car le Seigneur est mort et revenu à la vie pour être le seigneur des morts et des vivants. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Ou bien pourquoi méprises-tu ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. Je le sais, j’en suis certain, dans le Seigneur Jésus, rien n’est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur. En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort ! N’exposez donc pas votre privilège à l’outrage. Car le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. Celui en effet qui sert le Christ de la sorte est agréable à Dieu et approuvé des hommes. Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l’édification mutuelle. Ne va pas pour un aliment détruire l’œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l’homme qui mange en donnant du scandale. Il est bon de ne pas manger de viande et de ne pas boire du vin, et de tout ce qui offense ou scandalise ou diminue ton frère. Cette foi que tu as, garde-là pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se juge pas dans ce qu’il approuve. Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce que cela ne provient pas de la foi. Or, tout ce qui ne provient pas de la foi est péché. Mais c’est un devoir pour nous, les forts, de porter les faiblesses des faibles et de ne point rechercher ce qui nous plaît »236. Or l’Apôtre appelle « faible dans la foi » celui qui juge et condamne la consommation de la viande et du vin. Et la pire des erreurs est de juger un serviteur de Dieu, alors que Dieu dit : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamné »237.
L’Apôtre dit aussi dans son épître : « Ne jugez pas avant le temps »238. Mais quand l’Apôtre dit : « il est bon de ne pas manger de viande et de ne pas boire du vin »239, il ne le prescrit pas, il le conseille, et il le conseille à ceux qui veulent affliger leur chair, afin qu’ils ne tombent pas dans la tentation des démons, même s’ils ne croient pas que les hommes sont damnés à cause de la consommation de viande. L’Apôtre dit encore aux Colossiens : « Donc, que personne ne vous juge en ce qui concerne la nourriture ou la boisson »240. Il dit aussi à Tite : « Tout est pur pour les purs, mais pour ceux qui sont souillés et qui n’ont pas de foi, rien n’est pur, parce que leur esprit et leur conscience sont souillés »241.
De même Marc : « Écoutez-moi tous et comprenez. Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme »242.

CHAPITRE XVI : La résurrection des morts

Après avoir parlé de la consommation des aliments, parlons <maintenant> de la la résurrection des morts. En effet, les hérétiques, imitant l’erreur des Sadducéens, détruisent <la croyance en> la résurrection des corps morts des hommes. Mais qu’ils écoutent ce que le Christ dit ici : « Vous ne connaissez pas les Écritures, ni la puissance de Dieu. À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit : « Moi je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants »243.
De même, toujours dans Matthieu : « Les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints, qui reposaient là, ressuscitèrent. Ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, vinrent dans la ville sainte et ils se montrèrent à beaucoup de personnes »244. Entendez hérétiques ! Les corps ont ressuscité.
De même, le Seigneur dans l’évangile selon Jean : « Ne soyez pas surpris parce que l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu et sortiront. Ceux qui auront fait le bien : une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal : une résurrection de jugement »245.
De même, à ce sujet : « Or, quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les personnes, et il les séparera les unes des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs, etc. »246.
Non seulement la résurrection des morts est confirmée par le témoignage des évangiles, mais elle l’est aussi par Paul, dans son épître aux Corinthiens, quand il débattait à ce sujet contre certains : « Or, si l’on prêche que le Christ a ressuscité, comment certains parmi-vous peuvent-ils dirent qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi »247. Mais les hérétiques objectent ceci : « La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu »248. Cependant, l’Apôtre ne dit pas qu’il s’agit ici de la substance de la chair et du sang, mais des œuvres de la chair et du sang. C’est ce qu’il explique après, quand il dit : « ni la corruption posséder l’incorruptibilité »249. L’Apôtre, voyant que les Corinthiens étaient séduits par cette erreur, voulut certifier <la réalité> de la résurrection en leur écrivant : « On est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité ; on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ; on est semé corps animal, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel »250.
De même Paul aux Thessaloniciens : « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez ignorants au sujet de ceux qui reposent <dans les tombeaux>. Il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres, qui n’ont pas d’espérance, puisque nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité. De même, Dieu emmènera avec lui ceux qui reposent <dans les tombeaux>. Voici en effet ce que nous avons à vous dire sur la parole du Seigneur. Nous, les vivants, nous qui seront encore là pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui reposent <dans les tombeaux>. Car lui même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront les premiers »251.
De même ; Paul aux Philippiens : « Or, notre séjour est dans les cieux, d’où nous attendons notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ, qui reformera notre corps de misère à l’image de son corps lumineux, par opération de sa puissance »252.
De même, Matthieu, dans son évangile : « Or, je vous dis que beaucoup viendront du levant et et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincement de dents »253. Si les « pleurs » des yeux sont là, ces yeux qui appartiennent à la chair, et si les « grincements de dents » sont là également, ces dents qui démontrent <la réalité> des os, c’est que la résurrection des parties corporelles de ceux qui sont morts est véritable.

CHAPITRE XVII : L’invocation des Saints et les prières pour les défunts

Contre l’opinion perverse de certains hérétiques qui affirment que les Saints et leurs prières ne sont d’aucune utilité pour ceux qui vivent encore en ce monde et se battent pour le Christ, et que les défunts ne sauraient être rachetés par les bienfaits et prières des vivants, confortons notre foi et celle de tous les docteurs catholiques sous l’autorité de l’Église de Dieu.
Parfois les vivants prient pour les défunts et les morts pour les vivants, comme on le trouve dans l’évangile selon Luc : « Je te prie donc, Père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. Car j’ai cinq frères ; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de tourments »254. On comprend que le personnage qui prie se trouvait en enfer, et pourtant il priait pour les vivants. Eh bien, il faut le dire aussi au sujet des Saints, eux qui recherchent la miséricorde et qui désirent le salut, non pour eux-mêmes mais pour les autres. Ne seront-ils pas eux aussi exaucés pour le salut des futurs élus ?
Jean dit aussi dans l’Apocalypse : « Un autre ange vint alors se placer devant l’autel, muni d’un encensoir en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrit, avec les prières des saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu avec les prières des saints »255.
Comprenez bien <hérétiques>, pour qui prient les Saints, est-ce pour eux-mêmes ou pour les autres ? Ils ne prient pas pour eux-mêmes, parce qu’ils n’en ont pas la nécessité, et ils n’ont pas besoin non plus de prier pour augmenter une de leur vertu. Donc, ils prient pour les autres. Et s’ils prient pour les autres, prient-ils pour ceux qui doivent être réprouvés ou pour ceux qui doivent être sauvés ? En fait, ils ne prient pas pour ceux qui doivent être réprouvés, parce que c’est ce que dit Jean dans l’apocalypse : « Je vis sous l’autel les âmes de ceux qui sont morts à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendus. Ils clamaient d’une voix puissante : « jusques à quand Seigneur, saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? ». Et le Seigneur dans la Genèse, à Caïn : « la voix du sang de ton frère Abel crie contre toi, de la terre jusqu’à moi »256. Paul dit aussi au sujet d’Abel : « et par elle, bien que mort, il parle encore »257. Il est donc patent que les saints n’implorent pas en faveur des réprouvés, ils réclament au contraire qu’ils soient châtiés. Donc les saints prient pour ceux qui doivent être sauvés, vivants ou morts. Si les défunts prient pour les vivants, à plus forte raison il faut croire que les vivants prient pour les défunts. Mais il y a trois sortes de défunts : Il y a ceux qui sont absolument bons. <Il s’agit de> ceux qui, dès l’instant de la mort, sont unis à Dieu dans les cieux sans subir de peine et éprouvent une joie éternelle, comme Pierre, Jean et les autres. Les prières ne peuvent leur venir en aide parce qu’ils n’ont pas besoin d’être aidés. C’est à leur sujet que le Seigneur déclare : « Réjouissez-vous de ce que votre nom se trouve inscrit dans les cieux »258. Le Seigneur a aussi déclaré au larron : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »259.

Il y a ceux qui sont absolument mauvais. <Il s’agit de> ceux qui pèchent mortellement ou qui demeurent dans leurs crimes. Ils ne se sont pas convertis par la pénitence. Quand ils entrent dans la mort, la première, ils entrent également dans la seconde, celle dont parle Jean dans l’Apocalypse : « Celui qui vaincra n’aura pas à souffrir la seconde mort »260, c’est-à-dire la mort perpétuelle. Et ils ne peuvent pas en être libéré sur l’intervention des Saints, ni par une quelconque bonne action, parce qu’il n’y a aucune rédemption possible en enfer. Dieu lui-même dédaigne d’intervenir pour de telles personnes.
Il y a ceux qui ne sont ni absolument bons ni absolument mauvais. <Il s’agit de> ceux qui, après avoir fauté, amenés à faire pénitence, ont confessé leurs péchés, mais, n’ayant pas encore accompli pleinement leur expiation, prennent le chemin de toute chair, <c’est-à-dire la mort>. Ils ne sont pas damnés, ni ne sont immédiatement sauvés, mais ils sont punis261 dans l’attente de la réception du salut. Eux <seuls> sont secourus par les prières et les bonnes actions en faveur desquelles Dieu ne repousse pas les supplications, puisqu’ils n’ont pas mortellement péché.
C’est pourquoi Jean a écrit dans sa première épître : « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, parce que vous croyez au nom du Fils de Dieu. Nous avons en Dieu cette assurance que, si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé. Que celui qui sait que son frère commet un péché qui ne soit mortel, prie, et Dieu donnera la vie à ce frère qui ne pèche pas mortellement, car il y a un péché mortel pour lequel je ne dis pas de prier »262.
De même Jude, dans son épître canonique, déclare au sujet de ceux qui pèchent mortellement : « l’obscurité des ténèbres leur est réservée pour l’éternité »263.
Nous disons donc qu’il faut prier <seulement> pour la troisième sorte de défunts, et nous l’avons prouvé avec l’autorité de Jean. En effet, que la prière des vivants est profitable pour les défunts. c’est ce qu’il appert dans les Actes des apôtres : « Pierre mit tout le monde dehors, puis, à genoux, pria. Se tournant ensuite vers le corps, dit : « Tabitha, lève-toi ». Elle ouvrit les yeux et, voyant Pierre, se mit sur son séant. Lui donnant la main, Pierre la fit lever. Appelant alors les saints et les veuves, il la leur présenta vivante »264.
De même, Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu étais venu ici, mon frère ne serait pas mort »265.
De même, dans le livre des Macchabées : « Et le très vaillant Judas, ayant fait une collecte, envoya douze mille drachmes d’argent à Jérusalem afin qu’un sacrifice soit offert pour le péché des morts, pensant bien et religieusement à leur résurrection. Prier pour les morts lui semblait superflu s’il n’avait pas pour eux l’espérance de la résurrection, et aussi parce qu’il considérait que ceux qui avaient reçu la mort en état de sainteté se voyaient remettre la récompense suprême. C’est donc une idée sainte et salutaire que de prier pour les morts afin qu’ils soient absous de leurs péchés »266. Comme la coutume était chez les anciens de prier pour les morts et que cette coutume semblait juste, puisqu’ils ne pouvaient pas être sauvés tout de suite mais descendaient en enfer dans cette attendant, que dire alors de ceux qui peuvent être sauvés tout de suite !
De même, il y a certains hérétiques qui disent que personne ne peut être sauvé s’il ne fait pénitence, excepté à l’article de la mort, ni qu’il faut prier pour cela. Mais qu’ils entendent ce que dit le Seigneur au larron, qui tout à la fin se repent mais n’est pas en mesure d’expier : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »267.
De même : « Au moment même, quel qu’il soit, où le pécheur se repent, il sera sauvé »268. Mais vous <hérétiques>, vous dites que c’est grâce à vous que le pécheur peut être sauvé sans pénitence et expiation. Voilà pourquoi l’on doit retenir que vous tentez de détruire ainsi la divine pénitence, alors que le Seigneur dit dans les Prophètes : « C’est moi, moi, qui efface les iniquités et les péchés du peuple »269. Mais la faute de ce pécheur, que vous, <hérétiques>, prétendez sauver, Dieu ne la détruit que si ce pécheur s’en repent.
Prenez garde hérétiques ! N’ayez pas l’audace de dire quelque chose d’aussi détestable sur les autres sujets.

CHAPITRE XVIII : Le serment

Nous en arrivons au serment, et nous démontrerons authentique­ment, à partir du trésor des Écritures, qu’il y a un serment licite et un serment illicite. En effet, Moïse déclare dans la Genèse : « Le Seigneur a parlé à Abraham en disant : « Je jure par moi-même, dit le Seigneur, parce que tu as fait cela, etc. »270.
De même, Moïse dit au peuple d’Israël : « Crains le Seigneur ton Dieu ; tu jureras aussi par son nom »271. Voilà, écoutez hérétiques le prophète Moïse qui atteste ce dont Dieu témoigne dans l’Évangile quand il dit : « Ne jurez pas, ni par le ciel, ni par la terre »272. Le Seigneur, celui qui jura par lui-même à Noé et à Abraham, prohibait de jurer par ses créations. C’est pourquoi Moïse dit : « Tu jureras au nom de ton Dieu »273.
De même : « Tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments »274.
Le Seigneur dit également : « Tu ne te parjureras pas en mon nom »275.
Moïse corrobore aussi cette prescription en disant : « Tu ne te parjureras pas au nom du Dieu vivant »276.
De même, Abraham dit à son serviteur : « je te ferai jurer le Dieu du ciel »277. Voilà, Abraham, à qui le Seigneur avait fait serment par lui-même, établit que l’on devait jurer par le Créateur et non par la création. Il comprit qu’un serment devait se faire par Dieu lui-même. Zacharie dit aussi au sujet de ce serment : « la promesse qu’Il fit à notre père Abraham, promesse selon laquelle il se donnerait à nous »278. Habaquq a déclaré : « En te dressant, tu brandiras ton arc : tel est le serment que tu fis aux tribus »279. Dans les Psaumes, David rapporte <cette parole de Dieu> : « Une fois j’ai juré par ma sainteté : Mentir à David, jamais ! Sa semence demeurera éternellement »280. David a déclaré aussi : « Qui jure à ses dépends sans se dédire etc. »281 et a dit : « Le Seigneur l’a juré, il ne s’en repent point »282.
<Nous voyons donc bien que> Dieu a non seulement juré, mais qu’il a aussi juré sans qu’il s’en repente, ce qui prouve que ce serment n’était pas mauvais. En effet, dans la recommandation de l’œuvre est désigné assurément l’œuvre de celui qui l’accomplit.
De même, il est dit dans le livre de l’Ecclésiastique : « C’est pourquoi Dieu lui fit le serment de multiplier sa descendance parmi son peuple »283.
Il appert de même aux Corinthiens : « Pour moi, je prends Dieu à témoin sur mon âme »284. De même : « Je t’adjure devant Dieu »285. Paul dit aussi : « Ne devenez pas nonchalants, mais imitez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. En effet, lorsqu’il fit la promesse à Abraham, Dieu, ne pouvant jurer par un plus grand, jura par lui-même, en disant : « Certes, je te comblerai de bénédictions et je te multiplierai grandement ». C’est ainsi qu’Abraham, ayant persévéré, vit s’accomplir la promesse. C’est pourquoi Dieu, voulant montrer avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immutabilité de sa résolution, intervint par un serment, afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il est impossible que Dieu mente, nous trouvions un puissant encouragement, nous dont le seul refuge a été de saisir l’espérance qui nous était proposée »286.
De même, Pierre dit, dans les Actes des apôtres, au sujet de David : « Mais comme il était prophète et savait que Dieu lui avait juré par serment de faire asseoir sur son trône un descendant de son sang, il a annoncé la résurrection du Christ »287.
Mais vous objectez, hérétiques, ce que le Seigneur déclare dans l’Évangile : « Ne jurez pas du tout, ni par le ciel, ni par la terre »288. <Or, comprenez> qu’il interdit <seulement> ici de jurer par les créations de Dieu, parce qu’elles ne peuvent être admises comme témoin au serment, seul le Créateur peut l’être. Mais si c’était un péché de jurer par le Créateur, comme Dieu, < le Créateur>, a juré <par lui-même>, c’est que Dieu a donc péché !
De même, vous objectez hérétiques : « Que votre parole soit : oui (est289), oui (est) ; non, non »290. Mais voyez, hérétiques la signification de ce verbe « je suis, tu es … ». Il désigne en fait l’essence divine, comme le déclare le Seigneur à Moïse : « Moi, je suis celui qui est »291. Le Seigneur dit de même à Moïse : « S’ils demandent mon nom, réponds-leur : Celui qui est m’a envoyé vers vous »292. Il déclare de même dans l’Apocalypse : « Moi, je suis l’alpha et l’oméga »293. Ainsi, ce verbe « est » désigne l’essence divine qui est l’Être à propre­ment parler et de qui tout être tient son existence. Aussi, celui qui dit « oui » (est), prend Dieu à témoin. Et si ce qu’il profère est faux, en disant « oui » (est), il prend en vain le nom du Seigneur Dieu. Ce que le Seigneur interdit, en disant : « Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dieu en vain »294. Mais, comme le Seigneur a dit : « Que votre parole soit : oui (est), oui (est) ; non, non »295, il enseigne que notre parole soit conforme à la réalité de ce que nous faisons et disons.
De même, vous objectez <hérétiques> : « Mais ce que l’on ajoute vient du Malin (a malo est) »296. Remarquez qu’il est dit en réalité : « vient du mal (a malo est) », il ne dit pas « est mauvais » (malum est) mais « vient du mal » (a malo est), c’est-à-dire « vient de l’incrédulité »297.
Mais écoutez, hérétiques, vous devez aimer votre prochain comme vous-même, comme le Seigneur le dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »298. Jean de même dit : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas »299. Or vous, vous dites aimer seulement vos frères acquis à la même dépravation hérétique que vous. Mais il n’en est pas du tout ainsi, parce que tous les hommes sont vos frères et vos prochains. Et si votre prochain est pour vous un incrédule, vous devriez vous efforcer à l’arracher à son incrédulité, en le convertissant à la foi. Mais c’est ce que vous ne faites pas, vous ne voulez pas le sauver. Vous n’accomplissez pas le mandat divin300.
De même Jean, dans l’Apocalypse, au sujet du serment : « Et l’ange qui tenait son pied droit sur la mer et le pied gauche sur la terre, leva sa main au ciel et jura par Celui qui vit dans les siècles des siècles, qui créa le ciel et tout ce qu’il contient, la terre et tout ce qu’elle contient, la mer et tout ce qu’elle contient »301. Voilà, écoutez hérétiques le témoignage idoine de l’ange, qui jura et témoigna que Dieu a créé toute chose. Contestez-vous, hérétiques, son serment ? Croyez-vous que l’ange a commis là un péché ? Absurde ! En effet, les anges de Dieu ne peuvent pécher, parce qu’ils sont affermis et attachés à tout bien.
Que ces propos concernant le serment vous suffisent, hérétiques, parce que s’il fallait recourir à tous les témoignages, nous en aurions pour longtemps.

CHAPITRE XIX : Le meurtre

Maintenant que nous avons suffisamment démontré avec clarté la question du serment, nous en venons à la question du meurtre. Et comme Dieu ne tue point …

Il manque la suite du manuscrit dans le codex en parchemin, il se peut que ce soit la mort de l’auteur lui-même qui ait interrompu la page commencée ou quelqu’un qui ait arraché les pages suivantes à cet endroit.

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1Par opposition au ciel céleste ou ciel divin, supérieur au ciel visible.

2Jean 1 : 1 – 3.

3Les cathares comprenaient ce passage comme suit : « le rien a été fait sans lui ».

4Nous savons aujourd’hui que Paul n’est pas l’auteur de l’épître aux Hébreux.

5L’expression « les siècles » est un synonyme du mot « monde ».

6Hébreux 11 : 3.

7Hébreux 3 : 3.

8Actes des apôtres 4 : 24.

9Apocalypse 10 : 5 – 6.

10Apocalypse 14 : 7.

11Hébreux 1 : 10.

12Matthieu 11 : 25.

13Jean 1 : 10.

14Actes 14 : 15 – 18.

15Éphésiens 4 : 6.

16Marc 12 : 28 – 32.

17Matthieu 5 : 17. Nous savons aujourd’hui que ce verset est une interpolation.

18Luc 2 : 22 – 24.

19Luc 2 : 39.

20Jean 5 : 45 – 47.

21Luc 10 : 27.

22Luc 10 : 28.

23Luc, 16 : 29.

24L’auteur suit la logique de sa croyance. Si la Loi est diabolique, elle doit mener en enfer. Rappelons qu’il n’existe pas d’enfer pour les cathares et que pour eux, Dieu ne juge ni ne condamne, mais fait grâce. En son temps, l’apôtre Paul disait aux observateurs de la Loi : « Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce » (Galates 5 : 4).

25Luc 4 : 26 – 27.

26Luc 24 : 44.

27Matthieu 5 : 3 – 4.

28Actes de apôtres 17 : 24.

29Actes des apôtres 24 : 14.

30Actes des apôtres 7 : 12.

31Hébreux 1 : 1.

32Nombres 12 : 7.

33Hébreux 3 : 4 – 6.

34Hébreux 3 : 5.

35Hébreux 11 : 24 – 26.

36Matthieu, 19 : 3 – 6.

37Marc 10 : 6.

38Luc 1 : 5 – 6.

39 Luc 1 : 7.

40Luc 1 : 12 – 15.

41Luc 1 : 18.

42Luc 1 : 62.

43Luc 1 : 67.

44I Corinthiens 7 : 2 – 5.

45I Corinthiens 7 : 8 – 11.

46I Corinthiens 7 : 12 – 14.

47I Corinthiens 7 : 28.

48I Corinthiens 7 : 38.

49I Timothée 4 : 1 – 3. Paul n’est pas l’auteur de l’épître à Timothée.

50I Corinthiens 5 : 14.

51C’est-à-dire Pierre.

52Jean : 1 : 42.

53Matthieu 16 : 18. Cette incise sur l’autorité de l’apôtre Pierre, vise à contredire indirectement une autre opinion des cathares qui prêchaient que Pierre n’étaient pas le chef de l’Église : « Pierre n’a jamais été apostolique ou pape à Rome, et que la foi ne venait pas de Rome », Guilhèm Gran, Doat XXV, f° 226.

54I Pierre 3 : 1 – 6.

55I Pierre 11 : 3 – 11.

56I Corinthiens 7 : 39.

57I Timothée 2 :15.

58Titre corrigé, l’original est erroné : « La conception et la naissance de Jean-baptiste furent annoncées par un bon ange ».

59Jean 1 : 6 – 7.

60Jean 1 : 29.

61Jean 1 : 33.

62Jean 3 : 29.

63Matthieu 11 : 11.

64Matthieu 11 : 9 – 10.

65Matthieu 17 : 5.

66Matthieu 21 : 31 – 32.

67Jean 5 : 33 – 35.

68L’auteur s’appuie probablement sur cette notice attribuée à Tertullien : « Cerdon […] introduit deux principes, c’est-à-dire deux dieux ; l’un bon et l’autre cruel : le bon est le dieu supérieur ; le cruel, c’est le nôtre, c’est le Créateur du monde. Cerdon rejette la loi et les Prophètes ; il renonce à Dieu le Créateur. Il admet que Jésus-Christ fils du Dieu supérieur est venu ; mais il ne veut pas qu’il se soit montré dans une chair réelle ; il n’exista qu’à l’état de fantôme ; par conséquent il ne souffrit pas véritablement, mais il eut l’air de souffrir. Il ne naquit pas d’une vierge ; ou, pour mieux dire, il ne naquit en aucune manière. Il n’admet que la résurrection de l’âme ; il nie celle du corps. Il ne reconnaît que l’Évangile de Luc ; encore ne le reçoit-il pas dans son intégrité. Il ne prend ni toutes les lettres de l’apôtre Paul, ni dans leur totalité celles qu’il reçoit. Il rejette comme faux les Actes des Apôtres et l’Apocalypse ». Ce pseudo-Tertullien indique aussi que « Marcion […] travailla de toutes ses forces à propager l’hérésie de Cerdon et à accréditer la doctrine qu’avait imaginée son devancier ». Traduction M. de Genoude, 1852.

69Matthieu 2 : 1 – 11.

70Matthieu 2 : 13.

71Luc 2 : 1 – 7.

72Luc 2 : 10 – 12.

73Luc 2 : 21.

74Luc 2 : 52.

75Galates 4 : 4 – 5.

76Jean 18 : 37.

77Jean 1 : 1 – 14.

78Jean 19 : 35.

79I Jean 4 : 2 – 3.

80Citation non conforme au texte reçu aujourd’hui. Il correspond toutefois à Jean 5 : 20.

81II Jean 9 – 11.

82Romains 1 : 2 – 4.

83I Pierre 4 : 1.

84Matthieu 27 : 27 – 30.

85Matthieu 27 : 33.

86Jean 19 : 34.

87Matthieu 27 : 50.

88Actes 2 : 22 – 24.

89I Pierre 2 : 21 – 24.

90Romains 5 : 8 – 9.

91Romains 14 : 9.

92Matthieu 28 : 5 – 6 .

93Marc 16 : 6 et Luc 24 : 6.

94Jean 2 : 19 – 22.

95Luc 24 : 39 – 40.

96Jean 20 : 26 – 27.

97Matthieu 11 : 18 – 19.

98Luc 7 : 36.

99Ibid..

100Luc 14 : 1.

101Jean 4 : 31.

102Jean 4 : 32.

103Matthieu 26 : 17.

104Matthieu 26 : 23.

105Marc 14 : 20, mais Luc ne rapporte pas le fait.

106Luc 24 : 41 – 43.

107Actes 1 : 4.

108Philippiens 2 : 5 – 8.

109Citation non retrouvée dans le texte aujourd’hui reçu. Voir Exode 26 : 30. Il doit s’agir d’une variante autre que celle de la Vulgate.

110Matthieu 21 : 12 – 13.

111Marc 2 : 16.

112Jean 2 : 14 – 17.

113Matthieu 21 : 14.

114Matthieu 9 : 35.

115Matthieu 26 : 55

116Jean 18 : 20.

117Actes 2 46.

118Actes 3 : 1.

119Actes 5 : 17 – 20.

120Actes 14 : 23.

121L’auteur conteste ici indirectement la hiérarchie cathare qui situe les diacres entre l’Ancien et l’Évêque.

122I Corinthiens 11 : 22.

123I Corinthiens 14 : 34 – 35.

124III Jean : 10.

125I Timothée 3 : 15.

126C’est-à-dire, le Christ.

127Matthieu 5 : 23 – 24.

128I Corinthiens 9 : 13. L’auteur justifie ici le fait que les prêtres ont le droit de percevoir un salaire pour leur office.

129Actes 21 : 26.

130Cf. Apocalypse 8 : 3.

131Éphésiens 5 : 19 – 20.

132Colossiens 3 : 16.

133Apocalypse 5 : 8 – 9.

134Apocalypse 14 : 2.

135Apocalypse 15.  : 3.

136Apocalypse 19 : 1 – 2.

137Matthieu 26 : 26 – 29.

138Marc 14 : 22 – 24.

139Luc 22 : 19 – 20.

140Matthieu 26 : 26.

141Matthieu 26 : 28.

142Luc 22 : 19.

143Luc 22 : 19.

144Jean 6 : 51 – 54.

145Jean 10 : 9.

146Jean 10 : 11.

147Jean 6 : 51.

148Jean 15 : 5.

149Jean 14 : 6.

150Psaumes 148 : 5.

151Jean 6 : 53 – 54.

152Jean 6 : 55.

153Jean 6 : 55.

154Jean 6 : 55.

155Jean 6 : 56.

156Jean 6 : 57.

157Jean 15 : 5.

158I Corinthiens 11 : 23 – 24.

159I Corinthiens 11 : 25 – 27.

160I Corinthiens 11 : 28.

161I Corinthiens 11 : 29.

162I Corinthiens 10 : 16 – 17.

163I Corinthiens 11 : 20 – 21.

164I Corinthiens 11 : 22.

165Jean 3 : 27.

166Jean 1 : 33.

167Jean 3 : 3 – 6.

168Jean 3 : 5.

169Jean 4 : 1 – 3.

170Matthieu 28 : 19.

171Matthieu 28 : 19.

172Marc 16 : 16.

173Le propos est une critique du rite baptismal catholique. Le parrain demandait le baptême en lieu et place de l’enfant que l’on baptisait. Pour les chrétiens cathares, personne ne peut demander le baptême à la place d’un autre. Pour les cathares, le baptême, c’est-à-dire le baptême spirituel de l’imposition des mains – la consolation – n’était valable que si la personne elle-même le demandait en pleine conscience. C’est pourquoi, les chrétiens cathares ne délivraient la Consolation qu’aux personnes conscientes ou ayant atteint l’âge de raison. Il existait une seule exception à cette règle. Elle concernait les malades ou les mourants tombés dans le coma qui avaient fait leur « convenenza », c’est-à-dire conclu un accord ou une convention avec l’Église cathare, pour recevoir la Consolation même en état d’inconscience. Concrètement, il s’agissait de prendre à l’avance tous les engagements liés à la Consolation.

174Marc 16 : 15.

175I Corinthiens 7 : 12 – 14.

176Cf. Marc 2 : 3 – 5.

177Cf. Matthieu 12 : 22.

178Matthieu 8 : 13.

179Cf. Matthieu 9 : 18 ss..

180Cf. Luc 7 : 11 ss..

181I Corinthiens 3 : 6 – 7.

182Actes 2 : 18.

183I Jean I : 8.

184Actes 8 : 38. La dernière partie de la citation concernant la descente de l’Esprit Saint sur le baptisé n’existe pas dans le texte de la Vulgate.

185Marc 10 : 14.

186I Corinthiens 15 : 29 – 30.

187Matthieu 3 : 2.

188Matthieu 4 : 17.

189Actes 2 : 38.

190Actes 3 : 19.

191Joël 2 : 17.

192Psaume 51 : 19.

193Matthieu 26 : 75.

194Matthieu 10 : 32.

195Psaume 106 : 1.

196Psaume 89 : 1.

197Psaume 101 : 1.

198Psaumes 119 : 156.

199Psaumes 32 : 5.

200Psaumes 18 : 17.

201Jacques 5: 16.

202Romains 10 : 10.

203Luc 5 : 14.

204Jacques 5 : 14.

205Luc 3 : 3.

206Nahum 1 : 9.

207I Pierre 4 : 17.

208Jean 20 : 23.

209Jean 11 : 44.

210Isaïe 43 : 25.

211Psaumes 72 : 18.

212Luc 18 : 19.

213Ézéchiel 33 : 12.

214Autrement dit le péché mortel.

215Isaïe 1 : 16.

216Luc 15 : 7.

217Proverbes 2 : 14.

218C’est-à-dire, Jean 1 : 1 – 17.

219Cf. Matthieu 19, Marc 6 et Luc 13.

220Actes 8 : 21 -22.

221Cf. Actes 14 : 23. Le texte emploie le mot presbyteros, qui veut dire ancien, et nullement sacerdotos qui veut dire prêtre. Mais c’était la lecture biaisée de la tradition catholique et nous l’avons traduit ainsi.

222Actes 20 : 28.

223Jacques 2 : 10.

224I Corinthiens 5 : 6.

225Matthieu 28 : 19.

226II Timothée 4 : 3 – 4.

227Luc 6 : 37.

228Luc 6 : 37.

229I Corinthiens 5 : 5.

230II Timothée 2 : 19.

231Luc 10 : 8.

232Matthieu 15 : 11 – 19.

233Luc 22 : 7 – 16.

234I Corinthiens 10 : 25 – 29.

235I Timothée 4 : 4 – 5 .

236Romains 14 : 1 – 15 : 1.

237Luc 6 : 37.

238I Corinthiens 4 : 5.

239Romains 14 : 21.

240Colossiens 2 : 16.

241Tite 1 : 15.

242Marc 7 :15.

243Matthieu 22 : 30 – 31.

244Matthieu 27 : 52 – 53.

245Jean 5 : 28 – 29.

246Matthieu 25 : 31 – 32.

247I Corinthiens 15 :12 – 14.

248I Corinthiens 15 : 50.

249I Corinthiens 15 : 50.

250I Corinthiens 15 : 42 – 44.

251I Thessaloniciens 4 : 13 – 16.

252Philippiens 3 : 20 – 21.

253Matthieu 8 : 11 – 12.

254Luc 16 : 27 – 28.

255Apocalypse 8 : 2 – 4.

256Genèse 4 : 10.

257Hébreux 11 : 4.

258Luc 10 : 20.

259Luc 23 : 43.

260Apocalypse 2 : 11.

261La punition « dans l’attente de la réception du salut » se situe pour l’auteur en enfer. Il ignore encore le concept du purgatoire qui apparaît en 1133 chez Hildebert de Lavardin. Le purgatoire ne devient une doctrine reconnue qu’en 1274.

262I Jean 5 : 13 – 16.

263Jude 1 : 13.

264Actes 9 : 40 – 41.

265Jean 11 : 21.

266II Macchabées 12 : 43 – 46.

267Luc 23 : 43.

268Ézéchiel 33 : 12.

269Isaïe 43 : 25.

270Genèse 22 : 15

271Deutéronome 6 : 13.

272Matthieu 5 : 34.

273Deutéronome 10 : 20.

274Matthieu 5 : 33.

275Lévitique 19 : 12.

276Citation non retrouvée.

277Genèse 24 : 3.

278Luc 1 : 73 -74.

279Habaquq 3 : 9.

280Psaume 89 (ex 88) : 36.

281Psaume 15 (ex 14) : 4.

282Psaume 110 (ex 109) : 4.

283Ecclésiastique 44 : 21.

284II Corinthiens 1 : 23.

285II Timothée 4 : 1.

286Hébreux 6 : 12 – 18.

287Actes des apôtres 2 : 30 – 31.

288Matthieu 5 : 34.

289En latin le mot « oui » à proprement parler n’existe pas, il a recours à sic ou à ita (ainsi = oui ), ou encore à hoc est (c’est çà = oui) ou tout simplement est (c’est = oui), ce qui est le cas ici. Ce est d’affirmation est un latinisme que le grec ignore. Or les évangiles ont été écrits en grec. L’argument de l’auteur est un argument spécieux.

290Matthieu 5 : 37.

291Exode 3 : 14.

292Exode 3 : 14.

293Apocalypse 22 : 13.

294Exode 20 : 7.

295Matthieu 5 : 37.

296Matthieu 5 : 37.

297L’auteur assimile le manque de foi à la mauvaise disposition d’esprit de celui qui ajoute quelque chose à son « oui » ou à son « non ». En ce qui concerne « a malo est », le latin autorise plusieurs sens de lecture : vient du mal ou du mauvais ou encore du Malin (diable). En revanche, les différentes occurrences de ce mot dans les évangiles ne laissent aucun doute sur son sens. Les cathares avaient raison. Il ne peut s’agir que du Malin.

298Matthieu 19 : 19.

299I Jean 4 : 20.

300L’auteur reproche aux chrétiens cathares de ne pas faire de prosélytisme. Les cathares ne catéchisaient que leurs croyants, c’est-à-dire ceux qui, précisément, demandaient à recevoir la formation nécessaire pour devenir un jour, à leur tour, un bon chrétien. De même, ils ne catéchisaient que les adultes et non les enfants. Ils attendaient qu’ils aient atteint au moins l’âge de raison. Autrement dit, les chrétiens cathares s’interdisaient toute forme de prosélytisme et d’endoctrinement, contrairement aux catholiques qui n’hésitaient pas à convertir de force, à violer les consciences et à endoctriner dès le plus jeune âge.

301Apocalypse 10 : 5 – 6.

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