TEXTE. Traduction de Ruben de Labastide.

<ERREURS DES HÉRÉTIQUES CATHARES>

Voici les erreurs des hérétiques cathares : En premier, ils disent qu’il y a deux principes, l’un bon et l’autre mauvais, et que les sept cieux et tout ce qui est supracéleste ont été créés par le bon principe ou bon Dieu, mais que tout ce qui se trouve sous ces cieux, c’est-à-dire tout ce qui est visible et une partie de ce qui est invisible, ont été créés par le mauvais principe ou le mauvais dieu.

De même, ils disent que Satan est ce dragon qui monta au ciel avec toute sa suite, pour poser son trône sur l’Aquilon et pour être semblable au Très-Haut. L’archange Michel s’opposa à lui, lui fit la guerre et l’expulsa du ciel avec toute sa suite. Mais avec sa queue, ce dragon tira à lui le tiers des étoiles qui sont les bons anges, et c’est à cause de ces anges, qui doivent être ramenés au ciel, que le Christ, le fils du Dieu vivant, est venu en ce monde. Ces anges sont les esprits qui sont dans les corps humains, ils sont ce que les catholiques appellent âmes, et quand les hommes meurent, ces esprits, s’ils ont fait pénitence dans le nom du Christ, remontent au ciel au jour du jugement mais pas avant. Mais les anges, qui n’ont pas fait pénitence dans le nom du Christ, descendront en enfer au jour du jugement et pas avant. Cette pénitence, les Patarins l’appellent Consolation et ils la donnent en imposant les mains. Ils disent que personne ne peut être sauvé sans cette imposition des mains et croient que cette imposition des mains entraîne l’entière rémission de tous les péchés et annule le châtiment et la culpabilité. Ces esprits ou ces âmes sont les <seules> choses invisibles se trouvant sous le ciel qui n’ont pas été créés par le dieu mauvais.

De même, ils disent que le diable inséra ces esprits dans le corps des hommes et qu’avant ils étaient en son pouvoir, mais aucun de ces esprits n’ont été sauvé avant la venue du Christ.

De même, ils disent que la chair et l’âme de la vierge Marie et la chair et l’âme de Jésus-Christ ne furent pas créées sous le ciel mais dans le ciel. Elles étaient très saintes et nulle corruption n’était en elles. La vierge Marie et Jésus-Christ n’ont pas mangé ni bu de la nourriture ou de la boisson matérielle.

De même, ils disent qu’il y a deux Églises, c’est-à-dire l’Église des justes et l’Église des mauvais, et les Patarins disent que l’Église des justes ce sont eux parce qu’ils accomplissent la pénitence conformément à la doctrine du Christ et des apôtres, et parce qu’ils sont sauvés par l’imposition des mains, comme il a été dit. Ils disent aussi que l’Église des mauvais est composée de tous ceux qui n’ont pas reçu la susdite imposition des mains.

De même, ils disent que le baptême d’eau ne peut pas sauver ni qu’elle est nécessaire au salut. C’est pourquoi les enfants ne peuvent pas être sauvés avant qu’ils aient atteint l’âge de raison qui leur permet de demander l’absolution de leurs péchés et recevoir l’imposition des mains.

De même, il disent que le sacrement de la confirmation n’est rien ou ne vaut en rien.

De même, ils disent au sujet du sacrement du corps du Christ qu’il était seulement la mémoire du Christ et non vrai corps ni vrai esprit mais pain et vin. Il n’est aussi ni plus saint ni plus meilleur ni plus utile qu’un autre pain ou vin.

De même, ils disent au sujet du sacrement de la pénitence, que la contrition, la confession et l’expiation ne participent en rien au salut, et qu’aucune pénitence n’est utile si ce n’est celle des Patarins dont il a été question, à savoir l’imposition des mains faite par eux.

De même, ils disent que le sacrement d’extrême onction ne vaut rien.

De même, ils disent que ni le pape romain, ni l’archevêque, ni l’évêque ne peuvent ordonner les ministres de l’Église, à savoir les prêtres mineurs et les ministres, et ceux qui sont ordonnés par eux ne possèdent aucune autorité.

De même, ils disent que le mariage charnel n’a pas été institué par Dieu et que celui qui demeure dans l’état du mariage charnel n’est pas dans le salut.

De même, ils disent que les corps humains ne ressuscitent pas et qu’ils n’auront ni gloire, ni châtiment.

De même, ils disent que toujours avant de prendre leur repas, le plus ancien des Patarins, un ordonné ou un chrétien, prend le pain dans ses mains et le bénit sans le signer mais en disant l’oraison dominicale, puis le partage et en distribue à chacun.

De même, les Patarins ne vénèrent aucune croix, pas même le bois de la vraie croix. Au contraire, ils tiennent la croix en horreur.

De même, ils <pensent qu’ils> ne peuvent vénérer les croix et les images sans commettre un péché. Ils accusent en fait d’idolâtrie ceux qui vénèrent les croix et les images. Ils ne se signent pas du signe de croix ni n’accordent un quelconque crédit au signe de croix.

De même, ils disent qu’il n’est pas permis de se défendre au point de blesser l’agresseur.

De même, nul pouvoir terrestre ne peut recourir au glaive matériel pour punir les malfaiteurs.

De même, ils disent que tuer une quelconque bête ou oiseau est un péché, excepté les poissons, les morpions, les poux et les autres parasites, et quiconque tuerait un agneau ou un volatile, ou un animal du même genre, pécherait mortellement.

De même, les Patarins consolés ne peuvent manger ni de la viande ni de l’œuf et ni du fromage, mais dans le cas où ils ne trouveraient rien d’autre à manger, ils se permettraient, avant de mourir, de manger ces denrées ou l’une de ces denrées.

De même, ils disent que nul serment ne peut être fait sans commettre un péché quelle que soit la raison.

De même, ils disent que quel que soit le péché commis, un larcin ou une rapine, ou autre moyen illicite d’avoir des biens ou de léser quelqu’un, la personne n’est pas tenue de s’en confesser ni de l’expier parce que tout lui est remis par l’imposition des mains des Patarins, et si cette personne confesse son péché, elle n’est pas tenue de spécifier ni de nommer ce péché.

De même, ils disent que l’usure n’est pas un péché, excepté s’il y a fraude. Ce n’est que si une fraude est commise qu’il y a péché.

De même, ils disent que cette imposition des mains, ou absolution des péchés, selon le rite des Patarins, peut être donné par les évêques, les fils majeurs, les fils mineurs et les diacres, de leur propre autorité, mais les autres Patarins, qui sont appelés chrétiens, que sur l’ordre et l’accord des personnes susnommées ou l’une d’entre elles.

De même, ils disent que le diacre est l’officier des prélats et que sa fonction est autant spirituelle que temporelle. Les diacres sont élus par les chrétiens et ordonnés par l’Évêque, et quand un diacre est ordonné, l’Évangile est lu et l’oraison dominicale est dite avec l’imposition des mains.

De même, ils disent qu’il y a un seul fils mineur par Église et qu’il est en-dessous du fils majeur. Quant au fils majeur, il est immédiatement en-dessous de l’évêque, et c’est lui qui succède à l’évêque sans aucune autre élection.

De même, ils disent qu’en Toscane se trouve l’Église de Florence, et qu’elle s’étend de la cité de Pise jusqu’à Arezzo inclu, et d’Arezzo jusqu’à Montepulciano et Grosseto inclus, et de là à Pise. Tout ce périmètre est le territoire de l’Église de Florence.

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