Traité sur les hérétiques d’Anselme d’Alexandrie

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Traité sur les hérétiques

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1 – QUELS SONT LE PRINCIPE ET L’ORIGINE DE L’HÉRÉSIE :

Il faut noter qu’en Perse vivait un individu qui s’appelait Manès et il se dit tout d’abord en lui-même : « si Dieu existe, d’où proviennent les maux, et si Dieu n’existe pas, d’où proviennent les bienfaits ? ». À partir de cette interrogation, il posa deux principes. Il enseigna dans les pays de Dragovitsie, de Bulgarie et de Philadelphie. L’hérésie s’y multiplia tant que trois évêques furent mis en place : l’un en Dragovitsie, l’autre en Bulgarie et le dernier à Philadelphie. Après quoi, les Grecs de Constantinople qui se trouvaient à trois jours de marche des confins de la Bulgarie s’y rendirent pour commercer, et comme ils se multiplièrent après être revenus sur leur terre, ils mirent en place un évêque qui est appelé évêque des Grecs. Ensuite, les Francigènes1 vinrent à Constantinople pour soumettre le pays et ils découvrirent cette secte ; après s’être multipliés, ils mirent en place un évêque qui est appelé évêque des Latins. Ensuite des Slaves, à savoir de la terre qui s’appelle Bosnie, se rendirent à Constantinople pour commercer ; ils prêchèrent après être revenus sur leur terre et, s’étant multipliés, ils mirent en place un évêque qui est appelé évêque de Slavonie ou de Bosnie. Ensuite les Francigènes, qui s’étaient rendus à Constantinople, rentrèrent chez eux, prêchèrent et, s’étant multipliés, mirent en place l’évêque de France. Et c’est parce que les Français furent séduits en premier par les Bulgares à Constan­tinople, qu’ils sont appelés « hérétiques bulgares2 » à travers toute la France.

De même, les provinces, qui sont aux confins de la France, furent séduites par ces hérétiques de France en écoutant leur prédication, et ils se multiplièrent tant qu’ils mirent en place quatre évêques, à savoir les évêques de Carcassonne, Albi, Toulouse et Agen. Bien longtemps après, un notaire de France vint en Lombardie, à savoir dans le comté de Milan, dans le pays de Concorezzo ; il rencontra un homme qui s’appelait Marco, qui était de Cologno-Monzeze, une localité voisine de Milan, et il le séduisit. Ce Marco discuta avec deux de ses amis, à savoir Giovanni Giudeo et Giuseppe. Notez que Marco était fossoyeur, Giovanni tisserand et Giuseppe forgeron. L’un d’entre eux se rendit à Milan, à la porte orientale ou Concorezza3, il rencontra un ami à lui qui s’appelait Alderico di Bando, et il le séduisit. Toutes ces personnes séduites se renseignèrent auprès dudit notaire et ce dernier les dirigea à Roccavione, une localité proche de Cuneo, où demeuraient des cathares qui étaient venus de France pour s’établir là. Mais l’évêque des hérétiques n’était pas là. Il était à Naples. Ils se rendirent alors là-bas et le trouvèrent. Ils restèrent là une année. Après avoir reçu l’imposition des mains, Marco fut fait diacre, et le susdit évêque le missionna sur sa terre à Concorezzo. Il se mit ainsi à prêcher et c’est par ses prêches qu’ils se multiplièrent considérablement en Lombardie, puis dans la Marche <de Trévise> et ensuite en Toscane. Après, une personne qui s’appelait pappas4 Nicétas, qui était évêque de ceux de Constantinople, déclara : « Vous êtes si nombreux maintenant qu’il est nécessaire que vous ayez un évêque ». C’est ainsi qu’ils élurent le susdit Marco à l’épiscopat et tous les susdits Lombards, Toscans et ceux de la Marche <de Trévise> lui obéissaient. Ce pappas Nicétas le confirma. Quelques temps après, Marco apprit que pappas Nicétas avait mal fini sa vie, c’est pourquoi il voulut se rendre en outre-mer pour recevoir l’ordination épiscopale de l’évêque de Bulgarie. Quand il fut en Calabre, il rencontra un diacre des cathares qui s’appelait Illario, et celui-ci lui dit qu’il ne pouvait en aucune manière se rendre en outre-mer. Il prit alors le chemin du retour. Mais quand il arriva sur la terre d’Argenta, il fut capturé et incarcéré. Malade au point de mourir, il dépêcha Giovanni Giudeo et d’autres cathares en Lombardie afin d’élire un nouvel évêque, parce que ce malade était mourant. Tous les cathares de Lombardie élurent Giovanni Giudeo, de Concorezzo. Ce Giovanni Giudeo se rendit à Argenta et il se fit confirmer évêque par ledit Marco. Giovanni Giudeo revint en Lombardie. Quelques jours après, Marco fut libéré de prison, mais il mourut sur le chemin qui le ramenait en Lombardie avant qu’il n’arrive auprès de Giovanni Giudeo. Alors, tous les cathares de Lombardie, tant Giovanni Giudeo que les autres, doutèrent parce que pappas Nicétas avait fait une mauvaise fin et que c’était de lui que descendait l’évêque Marco qui avait confirmé Giovani. Un certain Nicola della Marchia eut vent de cette affaire et comme il voulait aussi être lui-même évêque, il s’efforça de mettre la zizanie en disant aux cathares : « Que pensez-vous du seigneur Marco ? Croyez-vous qu’il fit une bonne fin ou pas ? ». Tous disaient : « Nous croyons qu’il fit une bonne fin » et il répondait : « Giovanni Giudeo dit que le seigneur Marco fit une mauvaise fin, et que c’est pour cette raison qu’il veut aller en outre-mer pour se faire reconsoler ». Il s’ensuivit que les hérétiques se divisèrent en cinq factions, selon cinq secteurs géographiques : ceux de Concorezzo eurent Giovanni Giudeo pour évêque ; ceux de Desenzano, qui est une localité du diocèse de Brescia, firent évêque un certain Filippo, qui, peu de temps après, connut5 deux femmes cathares. C’est pourquoi il délaissa les cathares et retourna au siècle avec ces deux femmes. On dit que ce Filippo avait cette opinion que ni les hommes, ni les femmes ne pouvaient pécher en dessous de la ceinture et que se serait la raison pour laquelle il eut beaucoup d’adeptes6. Ceux de Mantoue élurent une personne qui s’appelait Colojano, mais comme il mourut peu de temps après son élection, ils élurent Ottono di Bagnolo, c’est la raison pour laquelle ils sont dits Bagnolistes. Ceux de la Marche <de Trévise> élurent le susdit Nicola, celui qui avait semé la discorde parmi eux. Enfin, ceux de Florence élurent un certain Pietro di Firenze qui fut l’évêque de Florence et de toute la Toscane.

2 – NOTES SUR LES QUATRE ÉVÊQUES DES CATHARES EN LOMBARDIE :

Il faut noter que les cathares ont quatre évêques en Lombardie :

Ceux de Concorezzo ont le seigneur Mandenno, mais leur premier évêque particulier7 fut Giovanni Giudeo, après lui Garatto8, c’est à cause de lui qu’ils sont dits Garatistes. Après ce dernier ils eurent Nazario pendant bien quarante ans, après lui Girardo di Galbiate et après Mandenno, celui qu’ils ont maintenant.

Les Albanistes9 eurent en premier Filippo10, ensuite Belesmanza pendant bien quarante ans, ensuite Giovanni di Lugio et après lui Bonavantura di Verona, celui qu’ils ont maintenant.

Ceux de Bagnolo eurent en premier Colojano, c’est à cause de lui qu’ils sont appelés Colojanistes, ensuite Ottono di Bagnolo, c’est à cause de lui qu’ils sont dits Bagnolistes, ensuite Andrea et ensuite l’actuel Amanzio di Casaloldo, celui qu’ils ont maintenant.

Ceux qui sont dits de France ont, à ce que je crois, Bibent à Vérone.

3 – COMMENT CEUX DE CONCOREZZO SONT DIVISÉS :

Il faut savoir que ceux de Concorezzo sont divisés entre anciens et nouveaux. Certains en effet tiennent les anciennes opinions que tenait Nazario, leur ancien évêque. Mais certains tiennent les nouvelles opinions que tenait Desiderio, jadis le Fils majeur de cette secte. Ainsi, leur évêque et leur Fils majeur étaient en désac­cord. En effet, Nazario (et ses adeptes) ne croyait pas que le Christ mangea véritablement de la nourriture matérielle, ni qu’il mourut et ressuscita véritablement. Il croyait aussi que le Christ ne fit aucun miracle matériel dans le corps des hommes. Mais Desiderio (et ses adeptes) croyait que le Christ fit de vrais miracles matériels. En revanche, tous les cathares s’accordent sur le fait que le Christ ne descendit pas en enfer.

Ensuite, la croyance de Nazario (et de ses adeptes) est que l’esprit qui était en Jean-Baptiste était le même que celui qui était dans Élie, et il croyait que cet esprit était malin et démoniaque.

Ensuite, Nazario avait un écrit qu’il appelait Le Secret11 mais Desiderio (et ses adeptes) n’avait pas ce Secret, il le considérait mauvais.

Ensuite, Nazario disait que le Christ n’eut point d’âme mais une nature divine à la place de l’âme, mais Desiderio et très peu de ceux qui partagent ses idées croient que le Christ eut une âme. Ensuite, Nazario croyait que le Christ n’était pas Dieu ni qu’il était identique au Père en essence.

Ensuite, Nazario disait que le Christ descendit du ciel avec son corps, entra dans la vierge par l’oreille, ressortit par cette oreille et remonta au ciel avec ce même corps. Mais Desiderio disait que le Christ eut un vrai corps, issu de la masse d’Adam, et que la bienheureuse Vierge eut aussi un vrai corps, issu de la masse d’Adam. Elle était <pour lui> une vraie femme. Désiderio disait aussi que le Christ mourut véritablement dans ce corps et qu’il ressuscita véritablement, mais que lorsqu’il monta au ciel il déposa ce corps dans le paradis terrestre où se trouve la bienheureuse Vierge, qui jamais ne fut morte selon lui. Desiderio croyait aussi que Jean, l’évangéliste, est vivant en ce même lieu. Il croyait en effet que c’est là que se trouvent toutes les âmes des justes décédés. Il l’affirmait à l’appui de ce passage : « où que soit le corps <là se rassembleront les aigles> » (Mt. 24 : 28). Il disait aussi que ces âmes resteront là jusqu’au jour du jugement et que le jour de ce jugement, le Christ revêtira <de nouveau> son corps. Ce sera alors dans ce corps qu’il jugera tous les hommes, les bons et les mauvais. Ensuite, il se dévêtira de ce corps et le rendra à la matière primitive, comme c’est le cas pour le corps des bêtes.

Ensuite, tous ceux de Concorezzo croient que les prophètes ont parlé parfois sous leur propre inspiration, parfois sous celle de l’Esprit Saint, parfois sous celle de l’Esprit malin. Tous disent que les seize prophètes étaient bons, mais que quelle que soit l’inspiration qui guidait leur parole, c’était toujours le diable qui leur soufflait ce qu’ils disaient. Mais, d’après l’affirmation selon laquelle ils parlaient parfois sous l’inspiration de l’Esprit divin, ils disent que Dieu détenait en leurs personnes une capacité intrinsèque qui leur permettait de parler parfois dans l’intérêt de Dieu, comme celle-ci : « Voici que la Vierge <enfantera un fils> » (Es. 7 : 14) mais il en est de même pour toutes les autres prophéties dont il est question dans le Nouveau-Testament. En revanche, le prince de ce monde, c’est à dire le diable, l’ignorait.

Ensuite, il faut savoir que tous ceux de Concorezzo condamnent David et rejettent ce qui est dit de lui, excepté ce qui en est dit dans le Nouveau Testament.

Ensuite, tous ceux de Concorezzo croient que les seize prophètes et tous les autres personnages de l’Ancien Testament qui furent sauvés ont ressuscités à la mort du Christ. Ce serait à leur sujet qu’il est écrit : « de nombreux corps des saints ressuscitèrent etc. » (Mt. 27 : 52) et d’après ce qu’ils disent, ces personnes reçurent l’imposition des mains par le Christ.

Ensuite, notez que Nazario croyait que le diable fit le soleil avec une partie de la couronne d’Adam et la lune avec l’autre partie. Il croyait aussi que le diable fit la lune, les étoiles et cinq autres étoiles, qui ne sont pas dans le firmament, avec une partie de la couronne d’Ève, et avec l’autre partie le trône sur lequel Sathanas siège dans le ciel étoilé. C’est de là qu’il domine tout le monde inférieur, exceptées les âmes du <Dieu> bon. Nazario croyait également que le diable fit toutes les autres étoiles à partir de pierres précieuses. Mais Desiderio ne croyait rien de tout cela.

Ensuite, Nazario disait que le soleil et la lune sont des astres ani­més et qu’ils forniquent tous les mois. Il disait aussi que la rosée et le miel sont les fruits de la luxure du soleil et de la lune, et que c’était la raison pour laquelle il ne voulait pas manger de miel.

Ensuite, notez que Nazario et ses adeptes, ceux de Bagnolo et les Albanistes comprennent spirituellement toutes les autorités <scripturaires> sur le mariage. Ils croient qu’elles s’adressent seulement à ceux qui sont dans l’Église12. Mais Desiderio et ses adeptes comprennent que les autorités sur le mariage charnel s’adressent à ceux qui sont dans l’Église par la foi seulement, c’est-à-dire les croyants, mais pas aux profès13.

Ensuite, notez qu’un docteur des Albanistes, à savoir Lanfrancino di Vauro, dit, et c’est l’opinion des Albanistes, que les brebis ou les âmes qui descendirent ou chutèrent du ciel ne sont pas toutes insérées dans des corps. Certaines expient dans nôtre ciel ténébreux sans un quelconque corps, et elles endurent une peine plus grande que celles qui sont dans les corps mais elles sont sauvées plus vite. C’est d’elles dont il serait question dans ce passage l’évangile : « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas <de ce troupeaux> » (Jn. 10 : 16).

Il demande aussi à tous ceux de Concorezzo : « Est ce que Dieu a formé le corps d’Adam et formé Ève à partir de sa côte ? » ou bien « est-ce qu’il a formé vos mains ou corps par lui-même et sans intermédiaire, concrètement et directement ? ». S’ils répondent oui, il leur demande alors :  « est ce que c’est Dieu, le Père, qui le fit par son propre verbe ou bien est-ce que c’est le diable qui le fit au moyen d’une quelconque puissance ou quelconque mandat qu’il reçut un jour de Dieu ? » Ce cathare ne peut pas consentir à leur erreur.

Notez que le cathare de Concorezzo qui veut soutenir son erreur répond que c’est Dieu qui fît Ève à partir de la côte <d’Adam>, et que c’est lui qui modela et forma ses propres mains. Mais il pense que c’est en puissance seulement parce que c’est le diable qui le fit. Soit parce que le diable possédait naturellement la puissance de Dieu de par sa condition première, soit quand le diable, selon eux, dit à Dieu « Prends patience envers moi » (Mt. 18 : 29), alors Dieu donna au diable la puissance de former toutes choses.

4 – L’OPINION DES BAGNOLISTES :

L’opinion des Bagnolistes est triple. En effet, certains ont les mêmes opinions que ceux de Concorezzo, certains les mêmes que ceux des Albanistes, et certains tiennent une opinion médiane. Ces derniers croient en un seul principe. Ils disent en ce qui concerne la création et la formation <du monde> comme ceux de Concorezzo. Mais en ce qui concerne les anges qui péchèrent au ciel, ils disent que certains péchèrent sciemment selon la volonté du dragon, et que ceux-là ne retourneront jamais <au ciel>, ni ne seront sauvés un jour. Il n’existe pas d’autres démons qu’eux. Les autres furent enlevés violemment par le dragon – et ce sont ces esprits seulement qui sauveront les autres pour compenser et réparer la perte des esprits mauvais qui péchèrent volontairement – et ils furent insérés dans des corps par le diable. Ces esprits sont Adam et Ève. C’est par transmission de ceux-là que l’esprit naît de l’esprit de la même manière que dans la nature le corps naît du corps et la plante de la plante, bien que ce soit ici le diable qui opère.

Ensuite, ces Bagnolistes croient, comme ceux de Concorezzo, que toutes les peines sont égales de même que les récompenses des bons. Ceux-là ne croient pas que le Christ fut un vrai homme, ni qu’il eut un vrai corps, mais ils croient qu’il apporta ce corps du ciel. Ils ne croient pas non plus qu’il ait subit véritablement la passion, ni qu’il soit mort véritablement, ni qu’il ait ressenti de la douleur, ni qu’il ait ressuscité. Ils disent qu’on l’a vu ainsi.

Ensuite, ils croient que le Christ est inférieur au Père et que le diable fait pleuvoir et neiger, de même pour le tonnerre, les orages et les tempêtes. C’est aussi l’avis habituel et commun à tous les cathares.

Enfin, nul cathare ne jeûne la veille <de la fête> d’un quelconque Saint, ni d’un quelconque Apôtre, ni <celle> de la bienheureuse Vierge. Les cathares disent au contraire que « la prostituée »14, <c’est-à-dire> l’Église romaine, institua les veilles et ceci à cause du lucre. Ils ne célèbrent pas non plus une quelconque fête de Saint ni le jour du seigneur. Ils ne chôment pas ces jours-là, sauf exceptionnellement par crainte du scandale.

5 – L’IMPOSITION DES MAINS DES CATHARES :

Il faut noter que l’imposition des mains de tous les cathares, qu’ils appellent baptême ou Consolation, est toujours faite par plusieurs personnes, mais en cas d’absolu nécessité il peut très bien être fait par un seul cathare, et même par une seule femme cathare. Ceux de Concorezzo disent que si on ne touche pas la personne au moment de l’imposition des mains, sur la tête ou sur les épaules ou n’importe où ailleurs, la Consolation ne peut être efficiente. C’est pourquoi il disent aussi que si un cathare étendait son bras et sa main par une ouverture dans l’intention de faire la Consolation à un malade alité qui ne peut se mouvoir de son lit, même si ce cathare mettait sa main aussi près du malade que la distance qui sépare le nez de la bouche, ils croiraient que la Consolation n’est pas efficiente du fait que le cathare n’a pas touché le malade. En revanche, les Albanistes font la Consolation aussi bien sans contact s’ils ne peuvent pas toucher celui auquel ils doivent le faire, même s’ils sont éloignés de lui, mais à condition que celui-ci puisse entendre. C’est pourquoi, ils pourraient faire la Consolation quand bien même un mur ou une rivière passerait au milieu. C’est pourquoi il faut être très vigilant quand nous détenons des suspects15 afin que les cathares ne puissent s’approcher des malades ou même des bâtiments dans lesquels ils sont détenus.

<LE RITE> : Celui qui doit recevoir l’imposition des mains fait tout d’abord trois génuflexions devant le prélat en disant : « Bénissez, bénissez, bénissez. Bons chrétiens priez Dieu qu’Il me conduise à bonne fin et qu’Il me garde de la male mort. J’implore la miséricorde de Dieu afin que vous me fassiez ce bien que le Seigneur vous fit ». Le prélat répond trois fois : « Que le Seigneur te bénisse » et il ajoute : « Nous te ferons volontiers ce bien que le Seigneur nous fit selon la grâce que le Seigneur nous donna ». Ensuite, il lui expose les devoirs qu’il devra observer. S’il dit qu’il est disposé à tout observer, le prélat lui tend le Livre, c’est-à-dire le Nouveau Testament ou l’Évangile. Il prend alors le Livre et le tient au milieu de la poitrine, à savoir fermé. Le prélat dit alors : « Maintenant, tu reçois le testament où est écrite la loi divine qui ne doit à tout jamais être séparée de ton cœur ». Il répond alors : « Priez Dieu qu’il me donne la grâce de le servir parce que j’ai la volonté de le servir pour toujours ». Après quoi, il lui rend le

<Nouveau> Testament et fait trois génuflexions en disant : « Adorons le Père, le Fils et le Saint Esprit. Devant l’Église et devant les bons chrétiens, je vous confesse tous mes péchés que j’ai commis depuis le début, priez aussi le Seigneur qu’Il me pardonne, et faites-le vous aussi comme le Seigneur et la Sainte Église vous en a donné la puissance », et il se relève. Le prélat dit ensuite : « Celui qui a la puissance dans le ciel et sur la terre te pardonne tous tes péchés et nous le faisons aussi selon la puissance que Dieu et la Sainte Église nous a donnée ». Alors le prélat pose le Nouveau Testament sur la tête et met ses mains sur les épaules, de même que tous les cathares profès, et dit : « Seigneur Dieu, pardonne ton serviteur de tous ses péchés et reçois-le en ta justice ». Ensuite, le prélat dit sept fois le Notre Père à haute voix, ainsi que les autres <cathares profès> et celui qui a reçu l’im­position des mains. Ensuite, le prélat dit trois fois : « Adorons le Père, le Fils et le Saint Esprit » et les autres répondent : « C’est juste et digne ». Ensuite, le prélat dit un autre Notre Père, ainsi que les autres, comme précédemment. Ensuite, le prélat dit encore : « Adorons le Père, le Fils et le Saint Esprit » et les autres répondent comme précédemment : « C’est juste et digne ». Le prélat énonce ensuite à haute voix l’évangile <de Jean> : « Dans le principe était le verbe, etc. »16, ou bien l’évangile de Matthieu : « Chargez-vous de mon joug, etc. »17. Quand <cette citation de> l’Évangile est terminée, le prélat dit : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit toujours avec nous tous », et les autres répondent : « Amen ». Le prélat dit ensuite : « Bénissez-nous, pardonnez-nous » et tous répondent : « Que le Père, le Fils et l’Esprit Saint nous pardonne tous nos péchés ». Ils disent ensuite au prélat : « Bénissez-nous, pardonnez-nous », comme précédemment. Le prélat retire alors le Nouveau Testament de la tête de la personne et celle-ci est dès-lors comptée au nombre des cathares. Tous lui disent alors : « Dès maintenant tu es parmi nous et tu es totalement en ce monde comme la brebis au milieu des loups », et aussitôt ils font double18.

6 – LA RÉGLEMENTATION DE LA PÉNITENCE DES CATHARES :

Il existe quatre types de pénitence chez tous les cathares. En effet, pour le péché mortel et manifeste, leur prélat donne trois jours continus à « sauter19 » – c’est leur terme –, c’est-à-dire que celui qui a péché ne mange ni ne boit absolument rien pendant ces trois jours. Ensuite le prélat lui enjoint trois carêmes au pain et à l’eau. Notez aussi que tous les cathares font trois carêmes, mais celui à qui est enjoint ladite pénitence pour péché mortel doit faire en sorte que ces carêmes ne se confondent pas avec les carêmes que les autres cathares font communément. Il perd pour toujours toute son ancienneté et ne pourra plus jamais faire l’imposition des mains, sauf en cas d’absolue nécessité20.

Le second type : Si quelqu’un pèche mortellement de manière ca­chée, il est reconsolé et on lui donne vingt-sept jours à « sauter », c’est-à-dire sans manger ni boire, mais pas en continu. Il ne perd pas son ancienneté mais bien sa prélature21, et il ne fera plus ja­mais l’imposition des mains à quelqu’un, sauf en cas de nécessité.

Le troisième type : Si quelqu’un désire et veut absolument faire quelque chose qui, selon eux, est un péché mortel, mais ne l’a pas fait. Il lui est enjoint sept jours à « sauter » mais pas en continu. Il lui est laissé le choix de se faire reconsoler ou pas. En revanche, il perdra sûrement sa prélature mais pas l’ancienneté.

Le quatrième type : Pour les péchés quotidiens, dont ils se confessent, un pour tous, une fois par mois, comme il est dit dans la Somme de frère Rainier, il est donné trois jours au pain et à l’eau. Ceux-ci sont dits « jours de service ».

7 – L’ABSTINENCE DES CATHARES :

L’ascèse est commune chez eux parce que n’importe quel cathare de n’importe quelle secte jeûne trois jours dans la semaine, à savoir lundi, mercredi et vendredi. Ils disent à tous qu’ils jeûnent au pain et à l’eau, mais ce n’est pas vrai parce qu’ils s’abstiennent seulement de vin, d’huile, de poisson et de crustacé, et parce qu’ils mangent tous les autres aliments qu’ils ont l’habitude de consommer les autres jours.

Ensuite, tous les cathares font communément trois carêmes. Le premier commence quand nous commençons le nôtre22 et dure jusqu’à Pâques. Le second commence le premier lundi après Pentecôte et dure jusqu’à la Saint-Pierre23. Le troisième commence le premier lundi après la fête de Saint-Martin24 et dure jusqu’à la Nativité du Seigneur25. Pendant le premier ils font deux semaines qu’ils appellent strictes, à savoir la première et la dernière. Et la raison pour laquelle ils les disent strictes c’est parce qu’ils ne doivent pas boire de vin, ni manger de légume et d’huile. Il faut savoir encore qu’ils ne mangent pas de poisson ni de crustacé pendant ces trois carêmes, excepté en cas de maladie grave. Pendant les deux autres ils ne font qu’une semaine de jeûne strict pour chacun, à savoir la première.

8 – COMMENT ILS SE METTENT À TABLE :

A) <LA PRIÈRE> : Quand le cuisinier a préparé le repas, il s’approche de l’Ancien et dit : « Comprenez, s’il plaît à Dieu et à vous ». L’Ancien répond : « Que le Seigneur te comprenne s’il Lui plaît ». Le cuisinier dit alors « Bénissez » en fléchissant les genoux profondément et l’Ancien répond : « Que le Seigneur te bénisse ». Le cuisinier le refait une seconde fois en disant de même et l’Ancien répond : « Que le Seigneur te bénisse ». Le cuisinier dit, à la troisième fois, en fléchissant les genoux : « Bénissez-nous, pardonnez-nous » s’il est hérétique de profession, mais s’il est croyant seulement, il dit : « Bénissez bons chrétiens, priez le Seigneur qu’il me conduise à bonne fin et qu’il me délivre de la male mort ». Enfin, il ajoute : « Le repas est prêt : s’il plaît à Dieu et à vous, vous pouvez aller manger » et l’Ancien lui répond : « Dieu vous en rende bon merci ». Aussitôt l’Ancien appelle les cathares et dit : « Faisons autre chose » et aussitôt il commence à prier en disant : « Bénissez-nous, pardonnez-nous » et tous les autres répondent : « Que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint nous pardonnent et nous délivrent de tous nos péchés ». Après, l’Ancien dit trois fois : « Adorons le Père, le Fils et le Saint Esprit », le premier à haute voix, le second silencieusement, et le troisième à haute voix, et tous les cathares répondent : « C’est digne et juste ». Alors tous disent treize Notre Père, et quand le quatorzième Notre Père est fini, l’Ancien dit : « Adorons, le Père, le Fils et le Saint Esprit » de la même manière que précédemment, et tous les autres répondent : « C’est digne et juste ». Ensuite tous disent un Notre Père et quand il est terminé l’Ancien dit encore trois Notre Père et trois « Adorons le Père, le Fils et le Saint Esprit ». Les autres répondent comme précédemment. Ensuite, l’Ancien dit : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit toujours avec nous tous » et tous répondent : « Amen ». Ensuite, l’Ancien dit : « Bénissez-nous, pardonnez-nous » etc. et les autres lui répondent : « Que le Père, le Fils et le Saint Esprit » etc. comme précédemment. C’est ainsi qu’ils prient quinze fois entre le jour et la nuit.

B) DE QUELLE MANIÈRE ILS SE METTENT À TABLE : Quand tous sont déjà assis à table et que le pain et le vin, ou l’eau selon l’époque26, ont été apportés sur la table, tous se relèvent. L’Ancien prend un pain, le découpe sans le diviser, et dit : « Bénissez, pardonnez-nous », et tous répondent comme précédemment27. Ensuite, ils disent tous le Notre Père. Quand c’est fini, l’Ancien dit : « Adorons le Père, le Fils et l’Esprit-Saint » et ils répondent comme précédemment. L’Ancien dit ensuite : « Que la grâce de notre seigneur » etc. comme précédemment, et les autres répondent : « Amen ». Après, l’Ancien dit : « Bénissez, pardonnez-nous » etc. comme précédemment28. Ensuite, il donne de ce pain à tous, aux croyants et aux autres. Et s’il reste du pain ce n’est pas agir purement que de le donner aux porcs.

9 – COMMENT ILS SE COMPORTENT EN ENTRANT DANS UNE MAISON DE CATHARES QU’ILS NE CONNAISSENT PAS :

Quand un cathare d’une secte quelconque ou un croyant entre dans une maison de cathares qu’il ne connaît pas, et surtout quand il ignore quels sont les cathares parmi ceux qu’il trouve là, il dit : « Bessea trona ! Pouvons-nous faire de notre Amelioration ? » ou bien il dit : « Voilà un bois tordu ! ». Alors, s’il y a là quelqu’un qui ne soit pas de leur croyance et qu’ils craignent, l’Ancien répond « Asseyez-vous ». Par ces mots, celui qui vient comprend qu’il y a là quelqu’un dont ils se méfient. Mais s’il n’y a là personne dont ils se méfient, l’Ancien répond : « Faites ce que vous voulez ». Alors celui qui vient dit : « Comprenez, s’il plaît à Dieu et à vous » et l’Ancien répond : « Que Dieu nous comprenne s’il Lui plaît ». Alors celui qui vient s’incline, fait une prosternation profonde et dit : « Bénissez ». Il s’incline une seconde fois et dit « Bénissez-nous, pardonnez-nous », si c’est un cathare profès, mais si c’est un croyant seulement, il dit : « Bénissez-nous, pardonnez-nous, bons chrétiens priez Dieu afin qu’Il me conduise à bonne fin et qu’Il me libère de male mort ». L’Ancien répond : « Que Dieu nous bénisse et qu’Il nous garde à Son service » si c’est un « parfait »29, mais si c’est un croyant il répond : « Que le Seigneur te conduise à bonne fin et qu’Il te fasse échapper à male mort ». Alors, il se relève et lui fait le « caron »30 en posant la tête une fois à droite et une fois à gauche. Ils appellent cela « Caron ».

13 – LE SECRET DE CONCOREZZO :

« Moi, Jean, votre frère et participant dans la tribulation »31, etc. Je possède un autre exemplaire de ce Secret et c’est la raison pour laquelle cela suffit. Il s’agit du Secret des hérétiques de Concorezzo apporté de Bulgarie, plein d’erreurs et de fautes de latins.

Ceux-là apportèrent l’hérésie en Lombardie depuis Naples : Marco, Giovanni Giudeo, Giuseppe et Alderico, à l’époque qui se situait autour de 1174.

14 – L’EXAMINATION DES HÉRÉTIQUES :

En l’an 1266, de telle indiction, tel jour du sixième de tel mois, en tel lieu, en présence de telles personnes etc. En présence de tel frère, inquisiteur des hérétiques, etc. Pietro de tel lieu et les autres interrogés par ledit frère s’ils croient qu’il existe deux dieux ou seigneurs, éternels et sans fin. Ils répondent : « oui, nous le croyons ».
De même, ledit Pierre interrogé s’il croit que l’un de ces deux dieux est bon et éternel et que l’autre est mauvais. Il répond qu’il le croit ainsi.
De même, interrogé si l’un et l’autre des deux dieux susdits possèdent éternellement, sans commencement ni fin, leur monde ou règne. Il répond qu’il le croit ainsi.
Interrogé si ce ciel visible, la lune et les étoiles qui s’y trouvent, et cette terre également avec tout ce qui s’y trouve, c’est-à-dire le blé, le vin et les autres choses comestibles, les corps humains et les animaux que nous voyons par nos yeux charnels sont du règne du Dieu tout-puissant, créés et faits par ce Dieu bon. Il répond que toutes les choses visibles sont du règne du diable et que toutes ces choses ont été faites par le diable.
Interrogé comment le monde serait éternel selon lui, alors qu’il dit qu’il est fait par le diable, il répond : « je ne sais pas expliquer cette contradiction » etc..

19 – LES MINISTRES ALBANISTES ET CEUX DE CONCOREZZO :

– L’évêque de la secte des Albanistes : Bonaventura di Verona. Celui-là est mort.
– Le Fils majeur : Bertoli di Verona. Celui-là est converti maintenant.
– Le Fils mineur : Enrico di Arosio. Il est évêque maintenant.
– Le diacre de Bergame : Lanfranco di Brescia.
– Le diacre de Seprio : Ventura di Bergamo.
– Le diacre de Pavie :
– Le diacre de Brescia : Pietro di Pavia. Celui-là a été brûlé à Crémone.
– Le diacre d’Alexandrie : Octo Balestriere
– Le diacre de Crémone : Giovani Vulnero.
– Le diacre de Plaisance : Lotario.
– Le diacre de Vérone : Alberto di Reggio.
– L’évêque de la secte de ceux de Concorezzo : Uberto Mandenno.
– Le Fils majeur : Pietro di Limadi.
– Le Fils mineur : Lanfranco di Brescia.
– Le diacre de Lodi : Odono di Piacenza.
– Le diacre de Plaisance : Girardo di Cremona.
– Le diacre d’Alexandrie : Pietro Pastore di Alessandria.
– Le diacre de Brescia : Lorenzo di Gradi.

ANNEXE

La charte de Niquinta a été publiée par Guillaume Besse en 1660 dans son Histoire des ducs de Narbonne. Le document original a été perdu depuis. Il ne nous reste que les trois copies que Guillaume Besse avait faites pour son édition. C’était le prébendier de l’Église Saint Étienne de Toulouse, un certain Caseneuve, qui le lui avait communiqué en 1652. Nous avons ici repris l’édition critique établie par David Zbiral.

LA CHARTE DE NIIQUINTA

En l’an 1167 de l’Incarnation du Seigneur au mois de mai. En ces jours-là l’Église de Toulouse amena le pape Nicétas dans le castrum de Saint-Félix et une grande multitude d’hommes et de femmes de l’Église de Toulouse et des autres Églises voisines se rassemblèrent là afin de recevoir la Consolation. Le seigneur pape Nicétas commença à Consoler. Puis Robert d’Épernon, évêque de l’Église des Francigènes, vint avec son conseil. Marco de Lombardie vint de même avec son conseil. Sicart Cellarier, évêque de l’Église d’Albi, vint avec son conseil. Bernat Catala vint avec le conseil de l’Église de Carcassonne. Le conseil de l’Église du Val d’Aran était là également. Tous ainsi rassemblés de manière innombrable, les hommes de l’Église de Toulouse voulurent avoir un évêque et ils élurent Bernat Raimon. De même, Bernat Catala, requis et mandaté par l’Église de Toulouse, et le conseil de l’Église de Carcassonne élurent Guiral Mercier avec l’accord, la volonté et l’aval du seigneur Sicart Cellarier. Les hommes du Val d’Aran élurent aussi Raimon de Casals. Puis Robert d’Épernon reçut la Consolation et l’ordination d’évêque par le seigneur pape Nicétas afin d’être évêque de l’Église des Francigènes. De même, Sicart Cellarier reçut la Consolation et l’ordination d’évêque afin d’être évêque de l’Église d’Albi. De même, Marco reçut la Consolation et l’ordination d’évêque afin d’être évêque de l’Église de Lombardie. De même, Bernat Raimon reçut la Consolation et l’ordination d’évêque afin d’être évêque de l’Église de Toulouse. De même, Guiral Mercier reçut la Consolation et l’ordination d’évêque afin d’être évêque de l’Église de Carcassonne. De même, Raimon de Casals reçut la Consolation et l’ordination d’évêque afin d’être évêque de l’Église du Val d’Aran. Après cela, le pape Nicétas dit à l’Église de Toulouse : « Vous m’avez demandé de vous dire si les coutumes des Églises primitives étaient légères ou rigoureuses. Je vous dirai que les sept Églises d’Asie ont été séparées et délimitées entre elles, et aucune d’entre elles ne faisait quoi que ce soit à l’encontre des autres. C’est pourquoi les Églises de Romanie, de Dragovitsie, de Melenguie, de Bulgarie et de Dalmatie sont séparées et délimitées, et aucune ne fait quoi que ce soit à l’encontre des autres. Elles ont ainsi la Paix entre elles : faites de même ». L’Église de Toulouse élut Bernat Raimon, Guilhèm de Bauniac, Guilhabert de Bonvilar, Bernat Contor, Bernat Guilhèm de Bonneville et Bertran d’Avignon afin de délimiter les églises. L’Église de Carcassonne élut Guiral Mercier, Bernat Catala, Gregòri et Pèire Caldemas, Raimon Pons, Bertran de Mouly, Marti de la Salle et Raimon Guibert afin de délimiter les Églises. Ceux-ci se sont réunis et après avoir bien délibéré, ils dirent que l’Église de Toulouse et l’Église de Carcassonne soient délimitées en fonc­tion des évêchés. Comme l’évêché de Toulouse est délimité sur deux côtés par l’archevêché de Narbonne et par l’évêché de Carcassonne, la délimitation passe à partir de Saint Pons par la montagne, entre le castrum de Cabaret et le castrum d’Hautpoul, puis par le castrum de Saissac et de Verdun, entre Montréal et Fangeaux, et enfin par la limite entre les autres évêchés de la sortie du Razès jusqu’à l’Hers qui passe par Toulouse. Ainsi, l’Église de Toulouse a en son pouvoir et sous sa gouverne ce territoire. De même, l’Église de Carcassonne, ainsi délimitée et divisée, a en son pouvoir et sous sa gouverne tout l’évêché de Carcassonne et l’archevêché de Narbonne et la portion de territoire qui a été délimitée comme il a été dit depuis l’Hers jusqu’à la mer. Les Églises sont ainsi délimités comme il a été dit afin qu’elles aient la paix et la concorde entre elles et qu’aucune ne fasse quoi que ce soit à l’encontre du droit des autres.

Ceux-ci en furent les témoins et les acteurs : Bernat Raimon, Guilhèm Garsias, Armengal de Forest, Raimon de Bauniac, Guilhabert de Bonneville, Bertran Catala, Gregòri et Pèire Caldemas, Raimon Pons, Bertran de Mouly, Marti de la Salle et Raimon Guibert. Toutes ces personnes demandèrent et dirent à Armengal de Forest de rédiger et faire l’acte de l’Église de Toulouse. De même, ils demandèrent et dirent à Pèire Bernat de rédiger et de faire l’acte de l’Église de Carcassonne. Ainsi fut fait et exécuté.

Le seigneur Pèire Isarn fit faire cette copie d’une vieille charte faite du pouvoir de ceux qui délimitèrent les Églises comme il est écrit plus haut, le lundi d’août 14eme jour depuis le début du mois en l’an 1223 de l’Incarnation du Seigneur. Pèire Polhan fit copier tout cela sur sa demande et son ordre.

ANALYSE ET COMMENTAIRE

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1 Littéralement ceux qui sont de gènes francs. L’auteur désigne ici les descendants des francs qui s’étaient établis en Gaule. La France actuelle n’existait pas encore.
2 C’est-à-dire bougres.
3 La Porte Orientale est aujourd’hui appelée Porta Venezia ou Porta Renza. Elle se trouve toujours sur la route qui mène à Concorezzo.
4 Le mot pappas en grec désigne un religieux. Il a donné le mot pope.
5 Connaître ici au sens biblique, c’est-à-dire avoir des relations sexuelles.
6 Les adeptes de Filipo ce sont les croyants évidement, et l’opinion de Filippo concernait de même uniquement les croyants.
7 C’est-à-dire le premier évêque de l’Église de Concorezzo après la division des cathares italiens.
8 Le De heresi catharorum in Lombardia dit que c’est un certain Giuseppe qui succéda à Giovanni Giudeo et qu’ensuite ce fut Garatto. Ce Giuseppe dut mourir peu après sa nomination d’évêque. Il n’a visiblement pas laissé un grand souvenir.
9 Contrairement aux apparences cette appellation n’est pas en lien avec l’Albanie mais plutôt avec un docteur cathare nommé Albanus que mentionne Salvo Burci dans son Liber supra stella – Livre au-dessus de l’étoile. Ce dernier nous indique en effet que cet Albano professait que le bien et le mal étaient sans principe. Autrement dit c’était un théologien des deux principes. C’est cette théologie que Giovanni di Lugio « Albaniste » défendit dans son Liber de duobus principiis – Livre des deux principes.
10 Dans le De heresi catharorum in Lombardia antérieur d’au moins une soixantaine d’années au Tractatus, ce n’est pas Filipo qui fut le premier évêque de cette Église mais Giovanni Bello.
11 Il s’agit de l’Interrogatio JohannisLa question de Jean.
12 C’est-à-dire les chrétiens cathares.
13 Ut supra.
14 Apocalypse 19 : 2.
15 C’est-a-dire des croyants cathares.
16 Jean 1 : 1-ss.
17 Matthieu 11 : 29-ss
18 Faire double consiste à réciter deux fois la série de sept Notre Père.
19 Le mot trapassandum dans le texte a été construit à partir de trans et de passus qui signifient franchir le pas. Autrement dit ici sauter.
20 L’auteur a manifestement oublié de dire qu’il fallait recevoir de nouveau la consolation puisque c’est ce qui est dit dans le cas suivant.
21 C’est-à-dire le ministère de chrétien ordonné, d’Ancien, de diacre, de Fils (mineur ou majeur) ou d’évêque.
22 C’est-à-dire le jour des Cendres.
23 29 juin. La durée de ce carême était variable d’une année à l’autre puisqu’elle dépendait de la date de la Pentecôte qui était elle même déterminée par la fête de Pâques. Or celle-ci n’était pas fixe. Elle oscillait suivant les années entre mars et avril.
24 11 novembre.
25 25 décembre.
26 Les jours de jeûne ou de carême.
27« Que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint nous pardonnent et nous délivrent de tous nos péchés »
28 Ut supra.
29 L’Inquisition appelait les chrétiens cathares perfectus hereticus – parfait hérétique – dans le sens d’hérétique parachevé ou accompli.
30 Il s’agit probablement d’un italianisme tiré de caritas qui signifie à la fois charité, amour, fraternité et paix. Il s’agit indéniablement du baiser de Paix propre aux cathares.
31 Il s’agit de la première phrase de l’Interrogation Johannis. Elle permettait sans doute d’identifier le livre en question.

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