TEXTE. Traduction de Ruben de Labastide.

L’hérésie des cathares en Lombardie.

Au début, quand l’hérésie des cathares commença à se multiplier en Lombardie, ils eurent en premier un évêque qui s’appelait Marco, et tous les Lombards, les Toscans et les Marquisants1 étaient régis par son autorité. Ce Marco détenait son Ordre2 de Bulgarie. Mais quand un certain Père3 Nicèta, de Constantinople, arriva en Lombardie, il commença à mettre en cause l’Ordre de Bulgarie4 que Marco détenait. Il s’ensuivit que l’évêque Marco se mit à douter avec ses condisciples. Il abandonna alors l’Ordre de Bulgarie et se rallia à l’Ordre de Dragovitsa de ce Nicèta. Il demeura quelques temps dans cet Ordre avec tous ses complices.

Par la suite, bien après, un certain Petracius vint d’outre-mer5 avec ses compagnons. Il rapporta des informations sur un certain Simon, évêque de Dragovitsa, qui avait ordonné Nicèta. Ce Pétracius avançait que ce Simon avait été trouvé enfermé avec une femme dans une chambre, et que par ailleurs il s’était mal comporté. Mais quand ce Pétracius arriva, Marco était déjà mort, et un autre, qui s’appelait Giovanni Giudeo, lui avait succédé en tant qu’évêque. Il avait été ordonné évêque par ce Marco. Alors, à cause des propos de ce Petracius, certains doutèrent que l’ordination de ce Simon était valide mais d’autres n’en doutèrent pas. C’est pour cette raison qu’une querelle s’éleva parmi eux et qu’ils se divisèrent en deux factions. Finalement, ils en arrivèrent au point qu’une faction continuait d’obéir à Giovanni Giudeo tandis que l’autre faction élut évêque Pietro di Firenze. C’est ainsi que l’une et l’autre faction restèrent dans cette situation pendant quelques années. Mais certains de leurs sages, qui déploraient cette division, voulurent faire revenir à l’unité ces deux factions. Pour y parvenir, ils firent élire des délégués dans les deux factions et ils les envoyèrent tous ensemble à un évêque ultramontain6 avec cet accord qu’ils lui obéiraient sans condition, quelque soit la décision que cet évêque prendrait en ce qui concerne leur division. Après que cet évêque eut entendu les explications des deux factions et qu’il les eut examinées attentivement, il décida que les deux évêques de Lombardie et leurs partisans devaient se rassembler en un lieu afin d’élire par tirage au sort l’un des deux évêques, c’est-à-dire Giovanni Giudeo et Pietro di Firenze. Ainsi, celui qui était désigné par le sort devait hériter de l’épiscopat et l’autre devait se soumettre à lui, et tous les membres des deux factions devaient passer, réunifiés, sous son autorité. Ensuite, cet évêque élu par le sort devait se rendre en Bulgarie pour recevoir son ordination d’évêque, et à son retour, après qu’il ait reçu cette ordination, tout le monde devait être reconsolé par son imposition des mains.

Après avoir accepté cette décision, les délégués revinrent en Lombardie et en rendirent compte, mais quand ils expliquèrent les modalités d’exécutions de cette élection par tirage au sort, Pietro di Firenze, évêque d’une des factions, refusa d’obtempérer et de procéder au tirage au sort. Alors, cet évêque fut destitué de sa fonction par les membres de sa faction et, conformément à la décision prise, le ministère épiscopal en entier revint de droit à Giovanni Giudeo qui avait bien voulu obtempérer <à ce tirage au sort>. Mais certains de la faction adverse lui restaient hostiles et ils ne voulaient pas, par acrimonie, le reconnaître évêque. Alors, de sages personnes approchèrent Giovanni Giudeo. Ils le sollicitèrent et le prièrent de renoncer en toute humilité à son ministère épiscopal parce que le plus grand nombre le tenait quasiment en haine. Ils lui assurèrent que sa démission pouvait ramener tout le monde à la paix et à la concorde. Ils ajoutèrent qu’ils éliraient alors à sa place une personne de sa faction, et que l’autre faction éliraient une autre personne à la place de ce Pietro di Firenze, qui avait refusé d’obtempérer et de procéder au tirage au sort entre eux deux comme cela avait été décidé. De sorte que celui qui sera désigné par le sort héritera de la fonction épiscopale sur toute la communauté, sans exception et sans condition. Ébranlé par ces prières, Giovanni, qui désirait faire revenir tout le monde à l’unité, approuva leur conseil et se dessaisit de l’autorité qu’il détenait en voyant qu’il pouvait faire revenir ainsi sa communauté dans la paix et la concorde. Finalement, conformément à la date qu’ils avaient préalablement fixée, ils se rassemblèrent dans une localité qui s’appelle Mosio7, mais là, ils décidèrent qu’une faction élirait une personne de l’autre faction, n’importe laquelle, celle qu’elle voulait, et inversement. Il en résultat qu’un certain Garatto, de la faction de Giovanni Giudeo, fut élu par l’autre faction, tandis que dans la faction de Pietro di Firenze ce fut Giovanni di Giustizia qui fut élut. Il fut également décidé que tout le monde obéirait sans rechigner à celui que le sort désignera évêque, et c’est Garatto qui fut désigné par le sort. Alors, tous firent immédiatement la paix. Ils fixèrent ensuite une date à laquelle ils devaient accorder une escorte et des subsides à ce Garatto pour qu’il fasse le voyage jusqu’en Bulgarie, afin de recevoir la consolation et l’ordination épiscopale. Après son retour, tout le monde devait être reconsolé <par lui>, conformément à ce qui avait été prescrit par l’évêque ultramontain. Cela ayant été réglé, tout le monde rentra chez soi. Mais avant cette date, Garatto passa, sur la foi de deux témoins directs, d’avoir eu un comportement répréhensible avec une femme. En foi de quoi la plupart considérèrent que ce Garatto était indigne de sa fonction et qu’ils n’étaient plus tenus par la promesse d’obéissance qu’ils lui avaient faite. Il s’ensuivit que la communauté qui était auparavant divisée en deux factions se divisa alors en six factions.

Comme il a été dit, avant la date à laquelle ils avaient promis de donner à ce Garatto l’escorte et les subsides pour aller en Bulgarie, certains de Desenzano élurent pour eux, après s’être rassemblés, un évêque du nom de Giovanni Bello, et ils l’envoyèrent en outremer, dans la région de Dragovitsa, afin qu’il y soit ordonné évêque. Cette région est une partie seulement du territoire des Amazones8.

De même, certains de Mantoue et leurs partisans élurent pour eux un évêque du nom de Coloiano. Il fut envoyé en Slavonie et, après qu’il eut reçu son ordination, il exerça sur eux sa fonction d’évêque.

Ce fut également le cas d’un certain Nicola. Élus par la communauté de Vicence, il fut envoyé en Slavonie pour recevoir son ordination, et à son retour, ils le considérèrent comme leur évêque. Ce fut pareil en Toscane, deux évêques furent ordonnés. Alors, bien que tous aient été tenus d’obéir à ce Garatto, en raison de leur promesse, ils l’abandonnèrent malgré qu’il leur eut enjoint de ne pas usurper son autorité sur la communauté. Mais au mépris de son ordre, ils ne renoncèrent pas à leur entreprise.

Après que tous ces évêques aient été ordonnés, comme nous l’avons dit, des Milanais ne consentirent pas à leurs résolutions et à leurs actes. Alors, conformément à ce qu’ils avaient promis, ils voulurent avoir Garatto pour évêque. Mais ce Garatto, voyant qu’il était délaissé par la plus grande partie, ne le voulut pas en disant que Giovanni Giudeo était plus digne d’occuper cette fonction, parce qu’il s’en était dessaisi par humilité, afin de ramener leur division à l’unité. Mais comme Giovanni Giudeo refusa cette proposition, ce groupe envoya de nouveau des délégués outre-mont afin de recevoir l’avis de l’évêque sur cette affaire. Celui-ci, après avoir entendu comment l’affaire s’était passé, désapprouva complètement ce qui avait été fait. Il ordonna à Giovani Giudeo de venir en Bulgarie pour qu’il accomplisse ce qui avait été décidé, afin qu’il soit évêque sur tous ceux qui le soutenait. Ce qui fut fait. Mais après son décès, un certain Giuseppe lui succéda, et quand celui-ci mourut à son tour, Garatto le remplaça. Ce Garatto et ses partisans allèguent que tous les évêques susdits, ainsi que leurs partisans, sont tenus par la promesse qu’ils lui avaient faite auparavant s’ils n’en avaient pas été relevés. Il juge que ces évêques ont reçu l’ordination épiscopale en dépit de Dieu et de la raison. C’est pour cette raison qu’il refuse d’admettre aucun des autres évêques dans la communion de ses prières et dans les marques de respect, excepté Coloaianno, qu’il pardonna récemment et fit la paix avec lui.

Voilà pourquoi, conformément à ce nous avons rapporté, tous les cathares9 – qui sont au contraire hérétiques, pervers et adultères de la doctrine du Christ –, autrefois tous uni, se sont divisés en deux puis en six.

Ce qui suit est une partie de la croyance des hérétiques :

Marquisio de Soiano, évêque de ceux de Desenzano et Amezo, son fils majeur10, prélats d’une des factions des cathares qui relèvent de l’Ordre de Dragovitsa, croient et prêchent deux dieux ou deux seigneurs sans principe et sans fin. Un bon et l’autre entièrement mauvais. Ils disent aussi que chacun créa ses anges, le bon les bons et le mauvais les mauvais, et que le bon Dieu est tout puissant dans sa patrie céleste tandis que le mauvais <dieu> domine sur toute la création de ce monde. Ils disent aussi que Lucifer est le fils du dieu des ténèbres, et que c’est lui qui est cité dans l’évangile de Jean : « vous avez pour père le diable »11, et plus loin : « parce que le diable est menteur et père du menteur »12. Il faut savoir aussi que d’après ce qu’ils expliquent ce menteur est Lucifer. Ils disent aussi que Lucifer, depuis son royaume qui est nôtre monde, monta très haut dans le ciel – c’est à son sujet que le prophète Isaïe dit : « je monterai au ciel etc. »13 et alors il se transfigura en ange de lumière. Mais les anges, admirant sa beauté et intercédant le Seigneur pour lui, il fut admis dans le ciel et là il fut établi intendant des anges. C’est pourquoi il est écrit dans l’évangile de Luc : « il y avait un homme riche qui avait un intendant »14. C’est en exerçant cette fonction qu’il séduisit les anges. Ils disent qu’il y a eu alors une grande bataille dans le ciel et que « le dragon fut précipité, l’ancien serpent, »15 avec les anges séduits, conformément à ce qui est dit dans l’apocalypse : « et sa queue précipita la tierce partie des étoiles du ciel »16.

Ces anges étaient composés de trois parties : d’un corps, d’une âme et d’un esprit. Ils disent aussi que le corps de ces anges séduits reposent en paix dans le ciel et qu’ils sont « les os desséchés »17 dont parle Ézéchiel. Leurs esprits restèrent également au ciel mais leurs âmes furent emportés par Lucifer et elles furent incorporées18 dans ce monde-ci. C’est pourquoi, le Christ, le fils de Dieu, est venu pour sauver ces âmes seulement, conformément à ce qui est écrit : « le fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes mais pour les sauver »19. De même, dans l’évangile de Matthieu : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël »20, et plus loin : « le fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu et il a ramené la centième brebis qui errait »21.

En ce qui concerne la susdite bataille, ils citent fréquemment ce psaume : « Dieu, les païens sont venus »22. Ils disent aussi que les vêtements et les couronnes sont là-bas, dans le ciel, ainsi que les trônes que les anges séduits perdirent, et ces anges doivent à nouveau recevoir ces trônes. C’est à ce sujet que l’apôtre dit : « désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là »23. Ils disent aussi que la sentence du jugement a déjà été rendue parce qu’il est écrit : « le prince de ce monde est déjà jugé »24.

Ils disent aussi que les corps humain reçurent la vie en partie avec les esprits malins que le diable créa et en partie avec l’âme de ces esprits qui tombèrent25. Les âmes doivent faire pénitences dans ces corps. Mais si l’âme ne se sauve pas dans ce corps, elle entre dans un autre corps et fait pénitence. La pénitence accomplie, elles recevront les corps et les esprits qui demeurèrent au ciel, conformément à ce que dit l’apôtre : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ »26.

Ce qui suit est l’opinion ou la croyance de l’autre partie des hérétiques :

Coloianno, évêque d’une partie de ces hérétiques qui relèvent de l’Ordre de Slavonie, et Garatto, évêque de l’autre partie de ces adultères de la doctrine du Christ, qui relèvent de l’Ordre de Bulgarie, croient et prêchent seulement un Dieu bon, tout puissant et sans commencement, qui créa les anges et les quatre éléments. Ils disent aussi que Lucifer et ses complices péchèrent au ciel. Mais certains d’entre eux hésitent sur l’origine de ce péché. En fait, certains disent, mais en aparté, qu’il existait un mauvais esprit qui avait quatre faces : une d’homme, l’autre d’oiseau, la troisième de poisson et la quatrième animale, et qu’il était sans commencement, qu’il demeurait dans le chaos et qu’il n’avait pas le pouvoir de créer.

Ils disent aussi que Lucifer, encore bon, descendit <dans le chaos> et qu’il fut fasciné en voyant l’aspect de cet esprit du mal. Il fut alors séduit par les propos et par les suggestions de cet esprit du mal. Il retourna au ciel et là il séduisit les autres. C’est alors qu’ils furent chassés du ciel mais ils ne perdirent pas les dons naturels dont ils étaient dotés.

Ils disent aussi que Lucifer et les autres esprits voulaient diviser les éléments mais qu’ils ne le pouvaient pas. Cependant, ils obtinrent de Dieu l’aide d’un bon ange et ils divisèrent les éléments avec l’accord de Dieu et avec l’aide de la puissance et de la sagesse de ce bon ange. Ils disent aussi que Lucifer est ce Dieu qui créa le ciel et la terre, et qu’il fit cet ouvrage en six jours comme cela est écrit dans la Genèse. Ils disent aussi que Lucifer forma l’enveloppe d’Adam à partir du limon de la terre et qu’il étrangla violemment ce bon ange dans cette enveloppe conformément à ce qui est écrit dans l’évangile : « il le serrait à l’étrangler, en lui disant : Rends tout ce que tu dois »27. Ensuite, il lui fit Ève afin qu’il commette le péché à travers elle. Ils disent aussi que la fornication fut la consommation du fruit de l’arbre défendu, et selon quelques-uns, afin que de chair en chair l’esprit se propage de cette manière, conformément à ce qui est écrit dans cet évangile : « ce qui est né de la chair est chair, et ce qui né de l’esprit est esprit »28. Ce point est en effet un sujet de désaccord entre eux. Certains d’entre eux, qui désapprouvent ce point de vue, disent que tous les esprits, qui doivent être sauvés, ont été créés en même temps et qu’ils sont introduits dans des corps humains par la volonté de Dieu, au fur et à mesure. Par contre, ceux qui disent que l’esprit se propage par l’esprit croient que tout notre monde est constitué de ces esprits malins, à savoir les esprits qui doivent être damnés et ceux qui doivent être sauvés. Mais ceux qui disent que tous les esprits destinés au salut ont été créés en même temps affirment que ces esprits qui chutèrent sont incorporés s’ils ne sont pas sauvés, et qu’ils progressent en passant d’un corps à un autre. Il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps et au jour du jugement ils seront aux nombres des bons ou des mauvais de leur propre fait. Les bons retrouveront leur place tandis que les méchants auront la damnation éternelle. Mais sur ce point les hérétiques sont quelque peu divisés puisque certains d’entre eux soutiennent que les sauvés seront ceux qui chutèrent sans avoir péché de leur propre volonté, parce qu’ils ont été poussés à le faire, tandis que les damnés seront ceux qui chutèrent en péchant délibérément. Ils disent aussi que d’autres esprits, créés par le Dieu tout puissant, prendront la place de ceux qui ne seront pas sauvés.

L’opinion commune à tous les cathares est que tout ce qui a été dit dans la Genèse – à savoir le déluge, la préservation de Noé, la discussion de Dieu avec Abraham et la destruction de Sodome et de Gomorrhe – a été fait par le diable qui y est appelé Dieu. Pareillement, c’est ce Dieu qui fit sortir le peuple d’Égypte, qui lui donna la Loi dans le désert, qui le conduisit à la terre promise et qui lui envoya les prophètes et c’est par leurs prophéties qu’il se faisait offrir le sang des animaux afin qu’il soit honoré en tant que Dieu. Mais si ces prophètes ont parfois prédit des événements concernant le Christ, c’était par la puissance de l’Esprit Saint qu’ils prophétisaient, à leur insu et forcé à le faire.

Ils confessent aussi que le Dieu tout-puissant fit toutes ces choses, non lui-même <directement> mais par <l’intermédiaire du> diable, à savoir en qualité d’assistant. En fait, ils disent que le diable fit tout cela avec la sagesse et la puissance que Dieu lui donna dans la création, et avec la permission de Dieu dans l’intention29 que son pouvoir30 s’étende sans fin sur le monde, alors que Dieu lui donnait cette permission dans une autre intention, à savoir que il tire de ce monde, par la pénitence, le fruit de ceux qui sont destinés au salut.

Les slaves croient que le Fils de Dieu, à savoir Jésus-Christ, Jean l’évangéliste et Marie étaient trois anges et qu’ils ne furent incarnés qu’en apparence au temps de la grâce. Ils disent que le Christ ne reçut pas une chair véritable, ni qu’il mangea, ni qu’il but, ni qu’il fut crucifié, ni qu’il fut mort, ni qu’il fut enterré, et que toutes ces choses qu’il fit selon l’humanité n’étaient pas réelles mais apparentes parce qu’il a été vu comme cela. Mais certains hérétiques de Bulgarie croient que Marie étaient une vraie femme, que le Fils de Dieu pris d’elle une vraie chair, qu’il mangea véritablement et qu’il fut crucifié dans la chair, cependant il ne monta pas <au ciel> avec sa chair mais la déposa dans son ascension.

Sur Jean-Baptiste ils disent qu’il fut envoyé par le diable, avec le baptême, pour entraver la prédication du Christ. Mais quand il montrait du doigt le Christ ou prédisait quelque chose à son sujet, il parlait en ignorant ce qu’il était poussé à dire, car cette parole ne venait pas de lui mais de l’Esprit Saint qui l’utilisait comme un instrument. De la même façon Caïphe prophétisa sans le savoir. Peu de cathares divergent sur cette opinion, les bulgares le croient aussi. Tous condamnent le mariage et nient la résurrection de leurs corps visibles. Tous disent que le baptême d’eau en aucune circonstance confère le salut, même le baptême que les apôtres donnèrent dans l’eau.

<Nota Bene> :

Garatto ordonné évêque en Bulgarie demeura à Concorezo. Son fils majeur est Nazario et son fils mineur est Giraldo di Brescia.
Coloianno, évêque de Mantoue reçu l’ordination de Slavonie. Son fils majeur : Otto de Bagnolo (mais celui-ci est actuellement évêque) et son fils mineur : Alderico di Gilinguelis, de Milan.
Marquisio de Soiano, évêque, <reçu l’ordination> de Dragovitsa. Son fils majeur est Amizo.
Nicola de Vicence, évêque, <reçu l’ordination> de Slavonie. Son fils majeur est Pietro Gallo et son fils mineur s’appelle Prando.

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1 Il s’agit des habitants de la Marche de Trévise.
2 Ce terme désigne l’autorité épiscopale. Ici cela indique que Marco relevait de l’autorité de l’évêque de Bulgarie. C’est de lui qu’il tenait son ordination d’évêque.
3 Le copiste a lié deux mots distincts : papas et nicheta. Si Nicheta est un prénom grec, que nous traduisons par Nicèta, Pappas est un terme grec qui désigne dans le cristianisme oriental un religieux ou ecclésiastique quelconque. Nous l’avons donc traduit par Père et non par pape. Faire également le parallèle avec la mention d’un anathème qui désigne Bogomil comme papas : Jean Duvernoy, L’histoire des cathares, t. 2, Éditions Privat, Toulouse, 1979, p. 14. Les latins ont visiblement confondu ce papas grec avec le papa latin, c’est-à-dire un pape au lieu d’un pope. En ce qui concerne le personnage nommé ici, il faut faire le rapprochement avec Papa Niquinta nommé dans un acte de bornage de l’Église cathare du Carcassès : Guillaume Besse, Histoire des ducs, marquis et comtes de Narbonne, Paris, 1660, pp. 483-486. Il est possible toutefois que les cathares aient eu une sorte de pape, c’est-à-dire un évêque suprême qui n’avait pas d’autre fonction et autorité que celle d’ordonner d’autres évêques.
4 Hélas, il n’est pas précisé les raisons pour laquelle l’Ordre de Bulgarie fut remit en cause. S’agissait-il de différences théologiques ? D’une remise en cause de la dignité de l’évêque bulgare ? Rien ne peut nous l’indiquer ici.
5 Ce terme désigne les pays de l’orient ou du moyen-orient, c’est-à-dire les contrées qui se trouvent à l’est. Le panel de la provenance de Petracius est donc très étendue, mais il ne peut s’agir que des pays où les églises cathares étaient implantées : Turquie, Macédoine, Bulgarie, Bosnie ou Croatie.
6 C’est-à-dire, littéralement, de l’autre côté des montagnes. Le terme est vague, mais la suite du récit nous indique qu’il s’agit de la Bulgarie.
7 Localité entre Crémone et Mantoue.
8 On situait le pays des Amazones du côté de la Thrace, c’est-à-dire approximativement la Bulgarie. Or, c’est effectivement en Bulgarie, autour de Philippopolis, que se situait la région de Dragovitsa, aujourd’hui Plovdiv.
9 L’auteur emploie visiblement ici le mot cathare au sens noble, c’est-à-dire au sens grec qui signifie purs en grec (catharos). Cet emploie ruine l’hypothèse que le mot cathare serait d’origine injurieuse, dérivé du latin catus (chat), parce que selon Alain de Lille les cathares baissaient « le postérieur d’un chat en qui leur apparaît Lucifer », ou du grec katarros qui signifie écoulement d’humeurs, signifiant par là que les cathares suintaient le vice. Étymologie fantasque de polémistes catholiques qui ironisaient en jouant sur les mots. Eckbert, abbé de Schönau, rapporte en 1163 que les cathares ont « eux-mêmes assumé cette appellation de purs ».
10 Il s’agit d’un titre épiscopal spécifiquement cathare. Les évêchés cathares avaient un évêque et deux coadjuteurs nommés fils majeur et fils mineur. Quand l’évêque mourrait, le fils majeur devenait évêque, le fils mineur devenait fils majeur, et un nouveau fils mineur était élu par l’ensemble des chrétiens et des chrétiennes qui constituaient l’Église en question.
11 Jean 8 : 44.
12 Ibid. Le texte Latin est ambigu, littéralement il dit : « le Diable est menteur et père de lui ». La traduction traditionnelle est : « le Diable est menteur et père du mensonge ».
13 Isaïe 14 : 13.
14 Luc 16 : 1.
15 Apocalypse 12 : 9.
16 Apocalypse 12 : 4.
17 Ézéchiel 37 : 4.
18 C’est-à-dire, mises dans des corps.
19 Luc 9 : 56.
20 Matthieu 15 : 24.
21 Citation abrégée de Matthieu 18 : 11-14.
22 Psaume 78 : 1.
23 II Timothée 4 : 8.
24 Jean 16 : 11.
25 C’est-à-dire les anges séduits.
26 I Thessaloniciens 5 : 23.
27 Matthieu 18 : 28.
28 Jean 3 : 6.
29 Il s’agit ici de l’intention du diable et non de Dieu.
30 Celui du diable.

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