LA PARABOLE DITE DES MINES

Luc 19 : 11-27

Les travaux d’André SAUGE1 ont démontré que le texte premier qui a donné naissance aux évangiles synoptiques2 était le dossier de défense de l’apôtre Paul, quand celui-ci dû comparaître devant la justice de l’Empereur, à Rome, pour échapper au lynchage qui lui était promis à Jérusalem. Ce dossier avait été rédigé par Silas, un compagnon de l’apôtre, et il avait pour but de relater tous les événements, depuis Jésus, qui avait finalement conduit Paul à se retrouver devant la justice de l’Empereur. Ce dossier visait à faire comprendre aux autorités romaines la nature du christianisme. Paul, qui avait l’avantage d’avoir la citoyenneté romaine, voulait profiter de son procès pour faire reconnaître la voie chrétienne comme une nouvelle religion. Une religion distincte du judaïsme afin de libérer les chrétiens de leur rattachement à ce judaïsme et à sa loi qui les condamnait comme elle avait condamné Jésus. Les premiers chrétiens étaient en effet des juifs apostats. Ils blasphémaient contre Adonaï3 et contrevenaient sciemment à la Loi mosaïque4. Ce n’est qu’un siècle après que ce dossier a été profondément remanié par un courant pour inverser complètement le sens qu’indiquait le dossier de Silas. Or, la parabole dite des mines démontre de manière parfaite cette inversion et les manipulations qui ont été faites. Il suffit de comparer le texte de cette parabole dans l’évangile de Luc avec celui de Matthieu5. L’évangile de Luc est en effet l’héritier du dossier rédigé par Silas parce qu’il en a conservé des pans entiers, tandis que l’évangile de Matthieu a été rédigé pour biaiser et finalement inverser le sens de ce dossier de Silas que contient encore partiellement l’évangile de Luc. Les évangiles sont des textes tronqués et trompeurs que l’on a paradoxalement érigés en vérité. Les évangiles sont en grande partie mensongers bien qu’ils contiennent malgré tout des passages authentiques et digne de foi. Ces passages sont essentiellement ceux qui étaient contenus dans le dossier de Silas et que l’on retrouve quasiment intacts, pour partie, dans l’évangile de Luc.

Voyons maintenant cette parabole contenue dans l’évangile de Luc et son contexte. Le texte dit que Jésus raconte cette parabole parce que la foule « pensait que le royaume de Dieu allait apparaître à l’instant-même » (Luc 19 : 11). Jésus se dirigeait effectivement vers Jérusalem et le peuple le voyait comme le messie attendu, c’est-à-dire un homme qui avait reçu l’onction royale d’Adonaï lui-même afin de restaurer le royaume d’Israël à l’instar de celui du roi David. Pour se convaincre de cette espérance messianique que le peuple projetait sur Jésus, il suffit de se reporter au passage suivant qui relate l’accueil royal fait à Jésus lors de son entrée à Jérusalem, et fait en ces termes : « Béni soi celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! » (Luc 5 : 38). En clair, la foule croit que Jésus est le messie, c’est-à-dire le nouveau roi que Dieu – Adonaï – va mettre en place. Le « royaume de Dieu », c’est-à-dire ici la restauration de la royauté davidique, que le foule croit voir se réaliser en voyant Jésus se diriger vers Jérusalem, est le contexte dans lequel la parabole est dite. Cette parabole est en lien direct avec cette espérance messianique. 

Maintenant que nous avons dégagé le contexte de la parabole, qui en éclaire le sens, passons à la parabole elle-même. « Un homme de haute naissance » doit se rendre « dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale ». Avant de partir, ce dernier fait venir dix de ses serviteurs et remet à chacun dix mines6 avec consigne de les faire fructifier pendant son absence. À son retour, il convoque ces serviteurs et leur demande les profits qu’ils ont réalisés avec la somme qu’il leur a confiée. À l’un qui à doublé la mise en gagnant dix mines, il donne l’administration de dix villes, à l’autre qui à gagné cinq mines avec ces dix mines, cinq villes. Mais l’un de ces dix serviteurs se démarque de tous les autres en déclarant au nouveau roi : « Voici ta mine que j’ai gardé déposée dans un linge. Car j’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonnes ce que tu n’as pas semé » (Luc 19 : 20). Le roi lui retire alors ce qu’il lui avait remis et le donne au plus méritant. Il ne lui confie bien entendu l’administration d’aucune ville.

La logique de la parabole est claire, ce personnage de haute naissance qui va chercher son investiture royale aura besoin à son retour d’administrateurs compétents. C’est pourquoi il met à profit son absence pour voir si les personnes qui sont attachées à son service peuvent être des administrateurs de son futur royaume. Sa réflexion est perspicace. Si ses serviteurs savent tirer parti de la somme qu’il leur a confié, c’est qu’ils sont aptes à l’administration de son royaume. Un roi à besoin non seulement d’administrateurs compétents mais aussi de personnes de confiance, fidèles et dévouées à sa personne. Quoi de mieux alors que de promouvoir des serviteurs qui lui devront tout ? Le personnage fait preuve d’une intelligence consommé du pouvoir. C’est un fin politique. Il possède les vertus que Machiavel énonce dans Le prince, et en premier lieu la vertu de l’anticipation. Pour Machiavel un bon prince doit savoir prévenir les événements et non les subir.

Le roi récompense donc ses serviteurs méritants en leur confiant, à hauteur de leur compétence, un certain nombres de ses villes. La pointe de la parabole se situe sur le serviteur qui refuse de collaborer aux œuvres de son maître. Il ne veut pas consentir aux méfaits du roi qu’il ose lui jeter en pleine figure. Il lui dit que c’est un homme dur et injuste parce qu’il prend le fruit de la peine des autres. Sa mine, il n’a même pas voulu y toucher en prenant soin de l’envelopper dans un linge tant cet argent était impur à ses yeux. Le roi est étonné. Il ne comprend pas l’attitude de son serviteur qu’il assimile à de l’incompétence, à un manque criant d’initiative. Il lui reproche de n’avoir même pas penser à confier sa somme à un banquier. Ce qui lui aurait permis d’avoir des intérêts en toute sécurité. Certes, le profit aurait minime mais ç’aurait été mieux que rien. Ce serviteur est décidément un incompétent aux yeux du roi. Il ne lui rapportera rien. Aussi fâché que déçu de son serviteur, qu’il avait pourtant pressenti, le roi lui retire les dix mines qu’il lui avait confiées. Il les remet au plus compétent de ses serviteurs. Fin de l’explication ? Pas tout fait. Jésus développe dans sa parabole un autre aspect pour compléter le tableau de ce qu’il veut dire. Il raconte au début de son récit que ce personnage de haute naissance, à qui va échoir le pouvoir royal, a des opposants. Ces derniers ont dépêchés une ambassade auprès de la même autorité pour empêcher précisément cette investiture. Mais leur ambassade a échoué, et dès son retour, le nouveau roi fait éliminer ses adversaires : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence » (Luc 19 : 27).

En quelque mot, Jésus brosse le portrait de l’exercice du pouvoir de son époque à peu près tel que Machiavel le développa bien plus tard dans son livre Le prince. La parabole de Jésus anticipe en quelques lignes toute l’œuvre de Machiavel. Autrement dit, par cette parabole, Jésus dénonçait le pouvoir que des enthousiastes voulaient qu’il exerce. Il cherchait à faire comprendre à ceux qui le voulaient roi, dans l’espoir de voir rétablir l’ordre et la justice divine, que leur espérance ne collait pas à la réalité de l’exercice du pouvoir. Les pleins pouvoirs d’une personne sur les autres ne peut établir une justice sociale. Jésus avaient parfaitement conscience que l’exercice du pouvoir à des rouages propres qui ne sont pas compatible avec l’idée de son royaume des cieux. Jésus dénonçait précisément cette espérance en un homme providentiel, en l’occurrence ici le messie, qui remettrait enfin le pouvoir dans le droit chemin. L’ordre social ne peut s’établir que d’autorité, par le biais d’une loi, et les lois sont toujours violentes. Elles condamnent et punissent. De même, le pouvoir, pour se maintenir et se réaliser, passe toujours par la violence. En outre, les luttes de pouvoirs sont intrinsèques au pouvoir lui-même, et nul homme ne peut y rechaper. Les luttes sont à mort. Les exemples ne manquent pas. Et arriver au pouvoir à l’époque c’était mettre en coupe réglé le territoire et la population pour son propre profit. Le peuple était le citron à presser ou le mouton à tondre. Jésus mettait en garde solennellement ses auditeurs à ce sujet : « Je vous le dit : à tout homme qui a, l’on donnera, mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré ». On n’imagine plus combien la société d’alors était injuste et inégalitaire, mais a-t-elle bien changé depuis ? Les puissants, politiques, économiques ou religieux, accumulaient des fortunes considérables sur le dos d’une population aussi laborieuse que misérable. À Rome, pour être sénateur par exemple, il fallait faire preuve à minima d’une rente annuelle de 250 000 deniers alors qu’un ouvrier ne gagnait qu’un denier par jour travaillé, du levé au couché du soleil ! Rien que l’achat de sa ration quotidienne de pain (225 g) consommait un quart de son revenu, si on prend en référence les prix pratiqués à Pompéi. La plus grande partie de la population que côtoyait Jésus vivait plus que chichement. On comprend aussi le désir de cette population a voir en Jésus la promesse d’un pouvoir plus juste, mais Jésus savait précisément que l’exercice du pouvoir était incompatible avec ses idéaux du royaume des cieux qu’il appelait de ses vœux sur terre. Jésus le proclamait : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18 : 36). Les royaumes de ce monde, c’est ce qu’il s’efforçait de faire comprendre avec cette parabole dites des mines. Elle était une allusion évidente au pouvoir exercé par Hérode. Il était l’exemple éclatant de ce que Jésus dénonçait. C’était un personnage de haute lignée qui avait reçu de Rome son investiture de roi des juifs. C’était lui qui avait pressuré ses compatriotes et coreligionnaires pour s’assurer un train de vie inouïe qui scandalisait même les Romains par sa démesure. Les ruines des palais qu’il s’est fait construire en font foi encore de nos jours. Il n’hésita pas à araser une montagne pour y bâtir un palais forteresse formidable pour sa propre sécurité. Il fit bâtir également un palais somptueux sur un plateau escarpé au beau milieu d’un désert pour son propre agrément. C’était lui aussi qui n’hésitait pas à mettre à mort ses rivaux, y compris sa propre épouse et plusieurs de ses enfants. En ce sens, Jésus ne racontait pas d’histoire. Ce qu’il dénonçait était vrai.

Curieusement, l’abomination de l’exercice de ce pouvoir royal que Jésus dénonçait est attribué à Dieu par la tradition judéo-chrétienne – catholique, protestante et orthodoxe – qui interprète cette parabole ! Pour elle, le roi de la parabole c’est Dieu, et le serviteur qui refuse d’être complice de ce régime, c’est un serviteur paresseux qui ne veux pas faire fructifier les dons que Dieu lui a confiés. Mais où est-il question de dons et de paresse dans cette parabole ? Leur lecture est une aberration. Elle n’a ni queue ni tête, mais elle à le mérite de correspondre à l’idée que cette tradition se fait de Dieu, c’est-à-dire du dieu de l’Ancien Testament – Adonaï. D’ailleurs, ça n’offusque nullement les tenants de cette tradition de le voir égorger ses ennemis puisque c’est ce que ne cesse de faire Adonaï dans les récits bibliques. Adonaï met à mort ses ennemis. Là encore, quel point de comparaison entre ce dieu et celui dont se réclame Jésus qui dit « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Luc 6 : 27) ? Leur lecture de cette parabole inverse complètement les propos de Jésus. Entendre ce que Jésus dit dans cette parabole reviendrait pour eux à tout remettre en cause. À commencer par le fait que Jésus n’est pas le Christ. La preuve est pourtant flagrante. Jésus n’a nullement restauré la royauté davidique, ce que le messie était précisément sensé accomplir. Il est mort au contraire sur une croix comme le dernier des brigands. Jésus ne voulait pas être associé à cette espérance messianique. Sa parabole récuse l’idée qu’il était le messie espéré. En d’autres termes, Jésus, contrairement à ce qu’affirme la tradition, n’est pas le Christ, c’est-à-dire le messie en grec. En outre, Jésus cherchait à faire entendre avec cette parabole, mais en vain hélas, que le pouvoir royal, messie ou pas, ne pouvait instaurer une quelconque justice. Les rois de droit divin, de même que la Loi divine, ne peuvent instaurer une quelconque véritable justice. La véritable justice découle du cœur de tout homme qui voit en l’autre un autre lui-même. Les cathares, qui étaient les héritiers fidèles de Jésus, disaient fort à propos que le pouvoir temporel n’était pas d’onction divine, il était d’essence diabolique, et que la Loi contenue dans l’Ancien Testament avait été énoncée par le diable pour tenter de mettre de l’ordre dans le chaos qu’il avait lui-même créé en façonnant le monde.

L’inversion de lecture de la parabole des mines est induite par celle dite des talents contenue dans l’évangile de Matthieu7. Le rédacteur de cet évangile a repris cette parabole que Silas avait rédigée, et que l’on retrouve intacte dans Luc, mais en la modifiant pour l’adapter à son interprétation. Tout ce que ce piètre exégète à compris de cette parabole, c’est que le roi en question représentait Dieu et que Dieu confiait à chaque homme des dons que chacun devait faire valoir. Il n’a rien compris au récit de la parabole ni le contexte dans laquelle elle a été dite. C’est pourquoi, il l’a retirée de son contexte initial pour la placer anonymement à la suite d’une série d’autres paraboles. Ça ne faisait pas sens pour lui. Comme il n’avait rien compris, il a également corrigé ce qui lui semblait inopportun dans la parabole, au point de complètement la défigurer. Puisque pour lui le personnage de haute naissance c’est Dieu lui-même, il a éliminé l’investiture royale que le personnage devait aller chercher dans un pays éloigné. Pourquoi en effet Dieu aurait eu besoin d’aller chercher une quelconque investiture ? Il le remplace donc par un simple voyage qui laisse entendre que Dieu se retire pour laisser ses serviteurs agir. Exit également la nécessité pour le personnage de la parabole d’avoir des administrateurs compétents dès son retour. Le correcteur ne conserve que la distribution de l’argent puisque c’est là le cœur de son interprétation : les talents remis sont la représentation des dons que Dieu donne à chacun en fonction de ses qualités. Il a modifié par conséquent la logique contenue dans Luc en l’inversant. Les dix mines distribués à tous pour apprécier les qualités de chacun, le correcteur les remplace par des sommes différentes distribuées en fonction des qualités de chacun des serviteurs. Conformément à sa foi, il pense que Dieu rétribue en fonction des mérites de chacun. À celui qui en possède beaucoup, il donne beaucoup et à celui qui en a moins, moins et à celui qui n’en a pas, il lui retirera même ce qu’il lui avait donné ! Le correcteur attribue au personnage qui représente Dieu ce que Jésus dénonçait chez Luc : « à tout homme qui a, l’on donnera, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré » (Mt. 25 : 29). Remarquons également qu’il à modifié aussi la valeur des sommes versées. Les modestes mines faisaient passer Dieu pour un pingre, il les a donc remplacé par les talents. Un talent valait en effet soixante fois plus qu’une mine. Le talent était l’unité monétaire la plus élevée. Enfin, il termine sa parabole en substituant l’égorgement des ennemis par la condamnation aux enfers du serviteur qui n’a pas fait fructifier l’argent confié. Là encore complète distorsion de la parabole qui se trouve chez Luc. Chez ce dernier, le courageux et probe serviteur qui a osé dénoncer le caractère impitoyable de son maître et sa politique funeste n’est point maltraité. Il est tout simplement ignoré. Ce n’est pas une menace pour son maître, c’est juste un incompétent. Le correcteur en revanche fait passer le héros de la parabole de Luc pour un fainéant, un propre à rien qui mérite la mort. Inversion encore.

Pour sauver Matthieu de sa mauvaise foi, certains seraient peut-être tentés de dissocier la parabole de Matthieu de celle de Luc, ou bien encore d’inverser le raisonnement en faisant de Luc le correcteur de Matthieu. Mais hélas pour eux, nul échappatoire, Matthieu s’est trahi. Il a conservé le chiffre dix de la parabole de Luc au verset 28 : « enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dits talents ». Or, il n’est nullement question d’un serviteur possédant dix talents dans le récit de Matthieu. C’est bien Matthieu le copieur et falsificateur. L’auteur de l’évangile dit de Matthieu était aussi mauvais exégète que piètre falsificateur. Il n’empêche que c’est pourtant à l’aune de cette falsification évidente que l’on interprète la parabole authentique de Jésus conservé dans l’évangile de Luc ! La comparaison des deux récits est éclairant sur les glissements de sens. Ils témoignent du processus qui ont présidé à la construction des évangiles canoniques. Ils inversent le sens par petit et multiple glissements. Par exemple, de Jésus qui récusait être le messie, ces évangiles en font le Christ – le messie ! Mais c’était là une opération qui était déjà à l’œuvre au temps de l’apôtre Paul puisqu’il le dénonce : « il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l’Évangile du Christ » (Galates 1 : 7). Mais bon, comme nous le constatons avec l’emploie du terme Christ, l’apôtre Paul n’est pas indemne de toute responsabilité dans la confusion et l’inversion de sens à cause de sa tactique dialectique. Il pensait que le plus sûr moyen d’amener les juifs à l’Évangile était de partir de leur espérance messianique. Si les juifs auxquels ils s’adressaient acceptaient l’idée que Jésus était le messie qu’ils attendaient, il espérait que cela reviendrait in fine à ce qu’ils acceptent l’Évangile, ensuite le temps ferait son œuvre de discernement. Mais ce n’est pas hélas ce qui s’est produit. Les arguments de Paul ont été compris sans grand discernement au pied de la lettre. Cette confusion que Paul à répandu à son corps défendant a été par contre du pain bénit pour ceux qui voyait en Jésus le messie attendu. Le récit évangélique, dans laquelle s’insère notre parabole, en fait foi. Un grand nombre des partisans de Jésus, ceux qui se pressaient à ses côtés et à son écoute, le voyait et l’espérait en tant que messie parce qu’il voyait en lui un saint homme qui viendrait enfin restaurer la justice divine que promettait la Torah – la loi de Dieu. La souffrance et la misère du peuple étaient grandes et il est normal que leur espoir de justice se soit accroché à celui qui faisait preuve de la plus grande humanité. Ils n’ont pas vu, ni compris, justement, que Jésus dénonçait la prétention de la Loi et du pouvoir d’un seul d’instaurer une justice sociale. C’était au contraire eux les responsables de toute injustice. Jésus appelait à construire une communauté humaine sur d’autres bases que celles-ci. C’est le défi encore aujourd’hui du christianisme et de tous chrétiens car le monde ne change pas. Il est toujours fidèle à lui-même. Ce n’est pas la dilection qui régit le monde, c’est la prédation. L’Évangile n’appelle pas à ordonner le monde et à le changer, il appelle chacun à se changer soi. Il appelle à se convertir, à opter pour une nouveauté de vie par renouvellement de sa conscience, c’est-à-dire de son esprit indissociable avec l’Esprit Saint de Dieu lui-même qui est dilection.

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1 Voir ses trois ouvrages édités chez Publibook : Jésus de Nazareth contre Jésus-Christ, tome I et tome II/III, et Actes et paroles authentiques de Jésus de Nazareth.

2 C’est-à-dire Matthieu, Luc et Marc.

3 Terme qui désigne Dieu dans la langue juive.

4 Le procès du diacre Étienne le démontre : « nous l’avons entendu prononcer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu » (Actes 7 : 11).

5 Matthieu 25 : 14-30.

6 Une mine était une mesure monétaire équivalant à 75 deniers à l’époque qui nous intéresse. Dix mines représentent donc 750 deniers. Le salaire d’un ouvrier était alors d’un denier par jour. La somme de la parabole est donc théoriquement équivalente, à peu près, à deux ans de salaires d’un ouvrier. La somme donnée aux serviteurs est modeste quand on la compare à la fortune supposée du personnage dit de haute lignée. À titre de comparaison, pour être sénateur romain il fallait avoir une rente annuelle de 250 000 deniers à minima, soit l’équivalent de 694 années de travail pour un ouvrier.

7 Voir Matthieu 25 : 14-30.

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