TRADUCTION DE LA DÉPOSITION DE JACOPO BECH

LA DÉPOSITION DE JACOPO BECH

Au nom du Christ, amen. En l’an de la nativité 1388, indiction 11, le jeudi 23 du mois de juillet, en le palais épiscopal de Turin, en présence de Monseigneur Giovanni <Orsini>, archiprêtre de Turin, et de Monseigneur Simone di Massis, chanoine turinois, témoins.

Voici le procès en inquisition et ce en quoi il consiste, procès qui est fait et doit être mené à bien par notre révérend père en Jésus-Christ et seigneur des seigneurs, évêque de Turin par la grâce de Dieu et du siège apostolique, ainsi que par la vénérable personne, Frère Antonio di Settimo, de Savigliano, de l’ordre des Prêcheurs, inquisiteur de la dépravation hérétique en Haute Lombardie et en la Marche de Gênes, contre et à l’encontre de Jacopo Bech, de Chieri, et de toutes autres personnes qu’ils auront trouvés coupables.
Jacopo Bech, de Chieri, placé en présence desdits Messeigneurs évêque et inquisiteur, a juré à leur demande, sur les saints évangiles de Dieu, de dire la vérité sur lui-même et sur les autres, tel qu’il la connaît ou conformément aux questions qui lui seront posées en ce qui concerne l’inquisition qui doit être menée sur la dépravation hérétique et sur la foi catholique avec tout ce qui s’y rattache.

De même, ils ont recommandé expressément ledit Jacopo de dire toute la vérité sous peine d’un châtiment qui sera déterminé selon leur jugement.

On lui demande tout d’abord s’il appartient à un quelconque habit ou ordre <religieux>. Il répond que non mais qu’il est séculier et marié.

De même, on lui demande s’il croit ou pense quoi que ce soit à l’encontre de la foi catholique ou des articles de la foi, ou s’il sait quelque chose d’hérétique. Il répond que non.

On lui demande s’il connaît ou a connu un hérétique suspect ou réputé <entaché> de la dépravation hérétique, et s’il a conversé avec cette personne. Il répond que non, du moins que lui-même ait su cette personne coupable d’hérésie, mais il est vrai qu’il a conversé avec Martino del Prete, de Viú, et avec quelques autres personnes de la vallée de Lanzo, tous du diocèse de Turin, qu’il apprit par la suite, par la vénérable personne Frère Tommaso <di> Casasco, alors inquisiteur de la dépravation hérétique, être gravement coupable d’hérésie. Il dit aussi que dès ce moment-là, il n’a plus voulu converser avec eux.

On lui demande le nombre d’années écoulées depuis qu’il apprit cela par ledit Monseigneur, Frère Tommaso, inquisiteur. Il répond que c’était il y a huit ans passés environ27.

On lui demande s’il a connu Frère Antonio Provana et Pietro Garigli qui ont été déclarés entachés d’hérésie. Il répond qu’il n’a jamais parlé avec eux ou l’un des deux.

On lui demande s’il est allé un jour à Rome. Il répond que oui, quatre fois. La première fois c’était il y a 29 ans environ, avec trois Frères mineurs28, et la seconde, la troisième et la quatrième fois, avec des personnes dont il ignore le nom.

On lui demande s’il est allé à Rome avec Jacopo Borelli, tisserand de Viú, Pietro Garigli, de Avigliana, et Martino di Montenici. Il répond que non. (Il se parjure).

On lui demande s’il a entendu, quand il conversait avec Martino del Prete, quelque chose qui aille à l’encontre de la foi catholique. Il répond que non.

On lui demande combien de temps il est resté dans ladite localité de Viù, à la maison dudit Martino. Il répond de 8 à 15 jours environ, et il dormait dans la maison dudit Martino. C’était il y a 16 ans environ.

On lui demande s’il a eu un entretien avec ledit Martino sur le projet de construction d’une chapelle, pour que ce dernier et les autres amis dudit Martino puisent s’y réunir. Il répond que non.

On lui demande s’il a reçu un émissaire dudit Martino, il y a moins de dix ans. Il répond que non.

On lui demande s’il était allé rendre visite au susdit Martino, dans la localité de Viú, après avoir entendu Frère Tommaso di Casasco dire que c’était un grand hérésiarque. Il répond que oui. C’était il y a deux ans, et il mangea avec lui dans sa maison.

On lui demande s’il a enseigné quelque chose à Isabella, épouse de Uberto Cappelle, de Pessinetto ou a conversé avec elle. Il répond que non, à ce qu’il sache, mais il a conversé avec plusieurs femmes, dont il ignore les noms, dans ladite localité de Pessinetto et aussi en d’autres localités.

On lui demande s’il a connu Fina di Lanzo. Il répond que oui, et il a mangé une fois avec elle dans sa maison, il y a moins de deux ans environ, et avant <ce repas> il parlait souvent avec elle.

On lui demande s’il a vu Frère Angelo della Marca dans la maison dudit Martino. Il répond que oui. c’était il y a moins de trois ans. Ils mangèrent dans la maison dudit Martino et passèrent la nuit ensemble en dormant dans le même lit.

On lui demande le nombre de fois où il est allé avec Frère Angelo à la maison dudit Martino, dans ladite localité de Viú. Il répond une fois seulement, et <il n’a revu ce Frère Angelo aussi longuement> pas plus <qu’une fois> à Chieri29. Il ne parlait pas souvent avec lui.

On lui demande combien de temps ledit Frère Angelo n’est plus venu à Chieri. Il répond que cela fait déjà six mois ou plus qu’il n’y est plus venu. En fait, ce Frère Angelo est venu dans ladite localité de Chieri, comme l’affirme le déposant, vers la fête de la Saint-Michel passée30, et il but et mangea dans la maison du déposant.

On lui demande s’il a offert un présent audit Martino del Prete. Il répond que non, mais il a reçu de lui un fromage quand il était allé chez lui l’année mentionnée précédemment31.

On lui demande s’il a connu Giovanni Bergezio, de Carmagnola. Il répond que oui, c’était l’an dernier, à peu près, qu’il le vit à Chieri et parla avec lui.

On lui demande s’il est allé une fois dans la vallée de Susa ou de Perosa <Argentina> ou dans Coazze. Il répond que non, excepté quand il est passé par la vallée de Susa pour se rendre à Avignon.

On lui demande s’il a fait l’éloge de Martino del Prete à une personne en disant que sa sa façon de vivre et d’être étaient bonnes, ainsi que celle du susdit Frère Angelo <della Marca>. Il répond que oui, et il croit et dit encore maintenant que ces personnes sont bonnes.

On lui demande s’il a demeuré une fois en Dauphiné. Il répond que oui, en l’église Sainte-Lucie, au-dessus de Buis-les-Baronnies. C’était il y a neuf ans passés environ, du temps du pape Urbain32, et il est resté là pendant deux ans.

On lui demande s’il a été une fois examiné sur la foi catholique en présence d’un inquisiteur. Il répond que oui, à Chieri, par Frère Tommaso de Casasco, l’année où le pape Urbain V décéda dans sa chambre33.

On lui demande si c’est le susdit Monseigneur inquisiteur qui siégeait ou qui était présent pendant qu’on l’examinait. Il répond que c’était lui qui siégeait.

On lui demande s’il y avait là un notaire qui écrivait les questions et les réponses. Il répond que oui, un Frère de l’ordre des Prêcheurs, du couvent de Chieri.

On lui demande les <noms des> personnes qui étaient présentes durant ledit examen. Il répond Frère Matteo Gambella, frère Pietro di Moncucco et deux ou trois autres Frères dudit couvent dont il ignore les noms.

On lui demande les sujets sur lesquels il fut examiné. Il répond <qu’on lui demanda> s’il connaissait les hérétiques Pietro Garigli, Antonio Provana et Martino del Prete ou s’il avait conversé avec eux.

On lui demande ce qu’il répondit. Il répond qu’il <déclara> les avoir effectivement vus.

<On lui demande de même, si> on lui demanda s’il connaissait des hérétiques dans Chieri ou ailleurs. <Il répond> qu’il répondit non, excepté les susdits Pietro <Garigli>, Antonio <Provana et Martino del Prete>.

On lui demande si ledit Monseigneur inquisiteur lui a imposé le sacrement de dire la vérité. Il répond que oui, sur un livre34.

On lui demande s’il a juré alors de dire la vérité à toutes les questions qui lui seront posées. Il répond que oui.

On lui demande les autres sujets sur lesquels il fut examiné. Il répond sur les douze articles de la foi, distinctement et en détail sur chacun d’eux et s’il les croyait, et il répondit que oui.

<On lui demande de même, si> on l’interrogea sur les sept sacrements de l’Église et les dix commandements. Il répond que oui.

<On lui demande de même si> on lui demanda s’il croyait que le pape Urbain V, les cardinaux, les archevêques, les évêques, les moines et les prêtres étaient l’Église catholique, ou la constituaient ; s’il croyait à l’existence du purgatoire ; s’il croyait que le prêtre, en état de péché mortel, pouvait absoudre les péchés qui lui sont confessés ; s’il croyait que le prêtre, en état de péché mortel, pouvait consacré le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ, en disant les paroles de la consécration qu’il a dites le jeudi saint ; s’il croyait que l’usure était un péché mortel ; s’il croyait que la croix était adorable, ainsi que la vénération des Saints et des Saintes, et si c’était bien agir que de déposer des cierges devant leurs images. Il répond affirmativement que ce fut bien ainsi.

<On lui demande de même si> on lui demanda d’avoir confessé une fois ses péchés à d’autres personnes que les prêtres de l’Église romaine. Il répond que non.

<On lui demande de même si> on lui demanda d’avoir donné la Consolation à une personne. Il répond que non.

<On lui demande de même si> on lui demanda si une assemblée vaudoise ou synagogue vaudoise s’était tenue dans une quelconque localité de ce pays. Il répond que non.

On demande au-dit Jacopo si, après le susdit examen, ledit Monseigneur inquisiteur lui fit abjurer toute hérésie, ou le requis d’abjurer toute foi des hérétiques et leurs croyances, entre les mains du susdit Monseigneur inquisiteur, et jura de demeurer sous le mandat de la sacro-sainte Église romaine, de croire et de tenir la foi de Jésus-Christ en son for intérieur, et de ne jamais donner conseil, aide ou faveur aux hérétiques ou à leurs croyants, fauteurs ou receleurs, mais dénoncer toutes ces personnes susdites aux inquisiteurs ou à leurs remplaçants. Il répond que oui.

Ledit déposant ajoute aussi qu’il a juré de demeurer sous le mandat de cet inquisiteur et de ses successeurs dans le susdit office de l’inquisition, et de comparaître chaque fois qu’il en sera requis par lui ou par n’importe quel autre de ses successeurs, et de ne jamais se cacher ou fuir.

On lui demande si <le susdit inquisiteur> lui imposa une peine ou s’il <lui> donna une caution comme garantie de ses engagements. Il répond que non.

On lui demande ce que le susdit Monseigneur inquisiteur lui a dit à la fin du susdit examen. Il répond qu’il lui disait et lui demandait d’être bon chrétien et de ne pas converser avec un quelconque infidèle ou suspect en ce qui concerne la foi. Et il promit qu’il agirait ainsi et qu’il y veillerait.

On demande au-dit Jacopo s’il croit en chacun des points énoncés dans les douze articles de la foi ainsi que les sept sacrements de l’Église et tous les autres points sur lesquels il fut examiné par ledit Monseigneur inquisiteur. Il répond que oui.

On lui demande s’il a participé un jour à une assemblée vaudoise à Scalenghe ou à Castagnole, ou n’importe quelle autre localité du Piémont où se tiennent des assemblées ou des synagogues, quelles qu’elles soient. Il répond que non.

On lui demande s’il a donné la Consolation à une personne à l’article de la mort. Il répond que non.

On lui demande s’il a vécu dans la localité de Villastellone, de Chieri. Il répond que oui, et il est resté là deux mois environ. Il vendait là du vin avec Enrico Pometto, de Chieri. C’était l’année dernière.

La même année, le 21ème jour du mois d’août. Placé en présence des susdits Messeigneurs évêque et inquisiteur, ledit Jacopo Bech, revenant de cœur, demande miséricorde aux susdits Messeigneurs pour ce qu’il avait fait à l’encontre de la foi de l’Église romaine et pour tout ce dont il s’accuse, spontanément, sans torture et hors de la salle de torture.

Tout d’abord, il avoue qu’il s’est parjuré dans ce qu’il a dit, en celant la vérité, tant sur soi que sur les autres, vivants et morts, sur ce dont il était requis par les susdits Messeigneurs évêque et inquisiteur.

Ensuite, il dit qu’il y a environ une trentaine d’années, que lui-même, Jacopo, reçut l’habit de ceux que l’on appelle apôtres ou <gens> de la pauvre vie, dans la localité qui s’appelle Pontolino dans le comté de Florence, par Giovanni di Pornassio, de Costa Genovese, et il demeura dans ladite localité avec le susdit maître et quatre autres Frères pendant un an.

De même, il dit que, tous les matins et soir, ils se donnaient l’un l’autre le baiser de Paix et ils faisaient la confession collective selon leur usage. Quand il entraient ou sortaient de leur oratoire ou habitation, ils se donnaient aussi ce baiser de Paix.

De même, il dit qu’il se sépara d’eux la deuxième année parce qu’ils se disputaient et se traitaient de voleurs. Il alla vivre dans la cité de Perouse avec Giacomino Cagnetta, de Chieri, Francesco Fresi, de Chieri, Bartolomeo di Mondino et Michele di Moncucco qui suivaient la même vie, comme susdit, et lui-même observa avec eux leur règle ou leurs usages pendant un an.

Ensuite, il alla à Rome et demeura là avec Michele Aynardi, de Chieri, pendant deux mois. Ensuite il vint à Chieri avec Tommaso Tana et il demeura dans cette localité quinze ans en continu. Ensuite, il retourna à Saint-François-d’Assise, ensuite à Rome, avec trois Frères mineurs35. Ensuite il retourna à Chieri et en chemin, à savoir dans la localité de Perosa <Argentina>, il rencontra Pietro Garigli avec dix compagnons. Ce Pierre lui raconta qu’il était fils de Dieu et que les dix autres qui étaient avec lui étaient ses apôtres, et que s’il voulait faire partie de leur groupe, il aurait le nombre complet. Jacopo lui répondit qu’il ne voulait pas être son apôtre. Il reprit sa route vers Chieri et il y demeura jusqu’à maintenant.

De même, il dit que dans l’année 1378 ou environ, il fut sollicité par Giocerino di Palata, Pietro Patrizi, de Chieri, et une autre personne de Slavonie dont il ignore le nom, s’il voulait être de leur secte et de leur croyance pour obtenir le salut de son âme, et que s’il ne le faisait pas et ne croyait pas à ce qu’eux-mêmes croyaient et enseignaient, jamais il ne pourrait obtenir le salut de son âme. Il leur répondit qu’il voulait écouter leur doctrine, et que si elle lui semblait meilleure que celle de l’Église romaine, il ferait et croirait tout ce qu’ils voudraient. Ils répondirent qu’ils lui diraient la partie essentielle de leur doctrine, et que quand il leur promettra d’être de leur croyance et de leur secte, et jurera de les tenir en secret, ils lui diraient tout le reste. Ainsi fut fait, et il jura comme il a été dit.

On lui demande ce qu’ils lui enseignèrent. Il répondit ce qui suit : Premièrement, qu’il devait croire que Dieu n’a pas créé ou fait quoi que ce soit de visible, au contraire, ce monde et toutes les choses visibles ont été créés et faites par le diable qui chuta du ciel, et que le diable était le seigneur de toutes les choses visibles et faisait pénitence en ce monde, et que de là il devait revenir à sa gloire dans le ciel.

De même, que tout homme ou femme n’est pas constitué d’une âme rationnelle et d’un corps, mais d’un des démons36 qui péchèrent uni à un corps qu’il anime, et ceux qui seront sauvés répareront le vide laissé par les anges qui chutèrent du ciel37.

De même, que le pape romain n’est pas le vrai pape et il n’a aucune autorité. L’Église romaine non plus n’est pas la véritable Église. En réalité, le vrai pape c’est le plus ancien d’entre eux.

De même, qu’il ne faut pas croire les douze articles de la foi, ni en les sept sacrements de l’Église.

De même, que la croix ne doit pas être adorée.

De même, qu’il ne faut pas croire que Dieu soit dans le sacrement de l’autel38.

De même, que travailler pendant les fêtes et le dimanche n’est pas un péché.

De même, que nul ne peut absoudre les péchés s’il n’est pas de leur secte.

De même, que le purgatoire n’existe pas ni l’enfer, excepté en ce monde.

De même, qu’il n’y a pas d’autre diable que les hommes et les femmes qui sont dans ce monde.

De même, que quand une femme est enceinte, elle a un diable dans le corps, et qu’elle ne peut être sauvée en aucune manière jusqu’à ce qu’elle soit reçue par leur secte. Les femmes ne doivent être reçues qu’à l’âge de 24 ans et pas avant. Avant cet âge-ci, elles sont sous la domination du diable. Enfin, le baptême ne peut leur être utile si elles meurent avant ou lors de l’accouchement.

De même, que si une personne de leur secte ne recevait pas la Consolation à l’article de la mort, parce qu’il n’a pas pu l’avoir, son esprit entre de nouveau dans le premier corps trouvé, celui d’un homme ou d’une bête, jusqu’à ce qu’il reçoive à l’article de la mort la bénédiction du salut par leur père spirituel.

De même, que ce père spirituel bénit le pain que tous les croyants gardent et ils mangent au moins un morceau de ce pain tous les jours.

De même coucher avec sa mère, sa sœur ou sa fille n’est nullement un péché.

De même, que le prêt avec usure n’est pas un péché.

De même, que se parjurer entre les mains d’un évêque ou d’un inquisiteur n’est pas un péché.

De même, que les dénoncer eux et leurs maîtres est un péché irrémissible. Et que si une personne le faisait, elle ne pourrait jamais plus être sauvée.

De même, que les pèlerinages, les aumônes et les indulgences sont inutiles pour l’âme des défunts.

De même, que le diable fit Adam et Ève, et que les prophètes, les patriarches ainsi que le bienheureux Jean-baptiste, que l’Église romaine tient pour saints et vénérables, sont damnés.

De même, que Moïse fut le plus grand des pécheurs qui n’ait jamais existé, et qu’il obtint la Loi par le diable.

De même, qu’il ne devait pas croire à la résurrection future des corps, ni à la justice qui viendra en esprit.

On lui demande s’il crut que la susdite doctrine était vraie et meilleure que la doctrine et la croyance de l’Église romaine, et s’il avait promis ou juré entre les mains des personnes susdites, c’est-à-dire Giocerino di Palata, de Balbi, de Chieri, Pietro Patrizi et ledit slavon, d’être de leur secte et de leurs croyances. Il répond que oui, sur un grand livre qu’ils appelaient Livre de la cité de Dieu, dans lequel ils inscrivaient tous ceux qui avaient fait la même promesse.

On lui demande combien d’années il demeura et resta dans ladite croyance. Il répond pendant une durée d’un peu plus de deux ans.

On lui demande dans quelle localité ils se trouvaient quand il fit ladite promesse et adhéra aux susdits hérétiques. Il répond dans le castrum de San-Felice, à la limite de Chieri, qui appartenait au susdit Monseigneur Giocerino et il demeura là.

On lui demande s’il entendit la susdite doctrine, ou quelque chose de similaire, par d’autres hérétiques. Il répond que oui, par Martino del Prete, de la localité de Viù, par Giorgio Ranetta, de Chieri, et par Oddone Narro, jadis de Chieri qui demeuraient toujours dans leurs maisons.

On lui demande s’il leur promit aussi d’être de leur secte et de leur croyance. Il répond que oui, et il demeura et resta dans ladite croyance jusqu’à aujourd’hui.

De même, il dit qu’il confessa ses péchés avec toutes les autres personnes susdites, et il absolva lui aussi, croyant véritablement être absous et absoudre sacramentellement les péchés, selon leur usage.

De même, on lui demande s’il confessa cela à Frère Tommaso di Casasco, alors inquisiteur, quand il l’examinait alors sur l’hérésie, comme il a été dit. Il répond que non, parce qu’il n’osa rien dire sur lui, mais il dénonça bien les susdits hérétiques Giocerino <di Palata> et Pietro Patrizi en tant qu’hérétiques.

Interrogé combien d’années il était resté dans ladite croyance avant ledit examen. Il répondit cinq ans environ.

On lui demande si après il promit et jura, entre les mains du susdit Monseigneur inquisiteur, n’avoir jamais cru en les actes et les paroles des hérétiques, ou n’avoir jamais eu une conversation avec eux, ou ne les avoir jamais rencontrer ou accompagner, alors qu’il pratiquait, croyait et enseignait ladite doctrine des susdits Giocerino <di Palata>, Pietro <Patrizi>, Martino <del Prete>, Giorgio <Ranetta> et Oddone <Narro>. Il répond que oui, et il resta dans ladite croyance des hérétiques jusqu’à maintenant, comme il a été dit.

De même, ledit déposant, Jacopo, dit qu’il y a maintenant dix ans environ qu’il fut envoyé par le susdit Pietro Patrizi en Slavonie pour parachever sa formation dans la doctrine susdite, par des maîtres demeurant dans cette partie du pays appelée Bosnie, qui dépend d’un seigneur qui s’appelle Alban de Bosnie, qui dépend lui-même du roi de Raška39. Ledit Pietro lui donna dix florins <pour faire ce voyage>. Or, par chance, quand il arriva aux abords de Fano, il ne put faire la traversée à cause du mauvais temps qui agitait la mer, et il retourna à Chieri.

On lui demande s’il connaît des personnes de Chieri qui allèrent audit lieu pour apprendre ladite doctrine. Il répondit que oui <et qu’il s’agit> des personnes suivantes : Moretto Rabellato, jadis de Balbi, de Chieri, cela fait plus de quarante ans, environ, qu’il y est allé ; Giovanni Narro et Granone Bensi y allèrent vers 1360 ; Pietro Patrizi y alla vers 1377 ; Jacopino, son frère, y alla vers 1382 et Berardo Rascherio y alla vers 1380.

On lui demande comment et de quelle manière il sait que les personnes susdites allèrent dans le susdit lieu pour apprendre ladite doctrine. Il répond que se sont toutes ces personnes qui le lui dirent, excepté Berardo <Rascherio>, quand ils l’instruisaient avec d’autres personnes de Chieri.

On lui demande s’il a appartenu à une autre secte ou croyance que celle susdite. Il répond que quand il était en Dauphiné, près de la localité de Buis-les-Barronies, dans l’église Sainte-Lucie, il eut une relation et une conversation avec des hérétiques de ce pays qui s’appellent Pauvres de Lyon, et il crut tout ce qu’ils croyaient et enseignaient pendant une durée de deux ans.

De même, il dit que quand les hérétiques de Chieri voyaient ou rencontraient l’un de leurs maîtres, ils s’agenouillaient, s’ils se trouvaient dans un lieu solitaire, en disant « Bénissez, pardonnez-nous bons chrétiens », et le maître répondait « Je vous pardonne ». Mais s’ils se trouvaient en public, ils faisaient une révérence avec la tête et demandaient en silence ladite absolution, et ils les appelaient Messeigneurs.

On lui demande qui étaient présents quand il écouta la doctrine d’Oddone Narro que ce dernier enseignait dans sa maison le soir. Il répondit qu’il vit là toutes les personnes suivantes, et sous serment il dit qu’ils appartiennent à la secte ou à la croyance susdite40, à savoir : Oddone Narro, le susdit maître, Aymone Roero, seigneur de Poirino, Michele Merlo, Tommaso di Griffo, Michele Roero, Benedicto Roero, Bartolomeo Bech, jadis de Costa et Guglielmo di Nasetto. <Et c’était lui, Jacopo, qui > était habituellement le maître après Giovanni Narro, père dudit Oddone, et il enseignait toujours dans la maison susdite, mais après lui c’était le susdit Oddone <Narro>.

De même, ledit déposant dit, sous serment spécialement donné, qu’il vit deux fois le susdit Aymone Roero dans ladite assemblée, et qu’il reçut ledit pain genoux fléchis, comme les autres, deux fois des mains dudit Oddone <Narro>, il demanda et reçut aussi l’absolution par ce maître Oddone <Narro>, comme <l’avaient reçu> les autres personnes, et la sous-dite Esméralda41 lui échoyait.

De même, le susdit Jacopo dépose sous serment que, après l’enseignement et prédication de la susdite doctrine donnée par les personnes susdites, chaque fois que l’un d’entre eux, à tour de rôle, était maître principal, il donnait le pain bénit selon leur usage, à tous ceux qui étaient là présents, et lui-même reçut plusieurs fois la communion genoux fléchis avec les autres personnes susdites.

On lui demande s’il y avait là des femmes qui écoutaient l’enseignement de la susdite doctrine et qui recevaient ledit pain par les personnes susdites. Il répond que oui, il y avait des femmes qui appartenaient à la croyance et la secte des personnes susdites.

On lui demande le nombre d’années écoulées depuis qu’il commença à participer à ces synagogues ou assemblées avec les personnes susdites ou l’un d’entre eux, dans la maison dudit Oddone. Il dit que c’était il y a dix ou douze ans passés environ.

On lui demande la nature de la doctrine qu’enseignait et prêchait ledit Oddone <Narro>, dans ladite synagogue et assemblée. Il répond qu’il enseignait la doctrine que les susdits Giocerino <di Palata>, Pietro Patrizi et le Slavon avaient dit au témoin, celle qu’il avait promit de croire et d’observer, comme il a été dit plus haut.

On lui demande si toutes les personnes susdites, tant les homme que les femmes, présentes dans la dite synagogue ou assemblée juraient dans les mains dudit prédicateur de croire et d’observer ladite foi prêchée, comme il a été dit. Il répond que oui. Ils étaient présents dans ladite synagogue et jurèrent, comme il a été dit plus haut en ce qui concerne les homme, et ce qui suit en ce qui concerne les femmes : Dame Matodina, épouse jadis de Giovanni Narro, Dame Carenza, épouse jadis dudit Oddone <Narro>, Dame Elena, épouse jadis de Oddone Rascherio, Dame Catelina Capastro, épouse jadis de Perinoti Capastro, Dame Bertulina Capastro, l’épouse de Tommaso di Griffo, Esmeralda, la sœur d’Oddone Narro, maintenant veuve, épouse jadis de Giorgio di Bosiglio, la mère de Michele Merlo, et Francesca, servante dudit Oddone <Narro>.

De même, il dit qu’après ladite prédication et réception dudit pain, chacun des hommes susdits recevait une des femmes susdites. Quant au déposant, il héritait toujours de la servante susdite. Il fréquenta la susdite assemblée, dans cette maison, pendant une durée de deux ans, et ils s’assemblait une fois par semaine pour écouter et faire tout ce qui a été dit.

On lui demande ce que faisaient les personnes présentes avec lui dans la maison de Giorgio Ranetta quand il écoutait la doctrine et sur ce qu’ils faisaient après ladite prédication. Il répond qu’ils recevaient le pain des mains dudit Giorgio, de la manière qui a été dite. Ensuite chacun recevait sa partenaire. Les personnes qui étaient présentes et qui faisaient tout ce qui a été dit sont les suivantes : En premier, le susdit Giorgio Ranetta, maître, Malamato Robesto, décédé, Bartolomeo di Petito, décédé, Francone Candelerio, décédé, Corradino Sorba, décédé, le déposant lui-même, et Guglielmo di Villenova, décédé. Les femmes : Agnese, épouse <jadis> dudit Giorgio Ranetta, Antonia épouse jadis de Giovanni Pevengo, Luvena, épouse de Guglielmo di Villanova, décédé, Bergonza di Folena, décédée.

De même, il dit que les personnes susdites juraient de la même manière, tant les hommes que les femmes, entre les mains dudit prédicateur Giorgio, de croire et d’observer ladite foi. Et cette prédication et doctrine étaient la même que celle desdits Giocerino <di Palata> et Pietro <Patrizi> exposée plus haut.

On lui demande l’époque. Il répond que c’était il y a dix ou douze ans environ.

On lui demande qui était le maître et ce qu’il s’y faisait. Il répond qu’ils faisaient comme il a été dit au-dessus en ce qui concerne le prêche, la doctrine, la réception du pain avec révérence et les rapports avec les femmes. Il participa à cela pendant deux mois et demi et ils s’assemblaient tous une fois par semaine. C’était Guglielmo Vignola le maître principal de la dite assemblée, il prêchait et donnait le pain.

On lui demande les autres personnes présentes à ladite assemblée. Il répond que les personnes présentes étaient les suivantes : en premier Guglielmo <Vignola>, maître, le seigneur Guido di Renzis, Peirono Bensi, Giovanni de Moasca, décédé, Berto di Poirino, décédé, Simone Vignola, de Santena, Carloto Vignola, Guglielmo di Bernardo, de Vignola, Martino di Vignola, seigneur de la maison de Gamenatro, Vittorio Maza, de Cambiano, le déposant Jacopo lui-même, et Bartolomeo di Boccati.

On lui demande les femmes présentes : Il répond qu’il y avaient les personnes suivantes : l’épouse <jadis> de Guglielmo Vignola qui s’appelle Audixia, Isolda, épouse de Victo Vignola, l’épouse de Perrini Bensi, dite Nerina, Agnesina, épouse de Bertoni di Poirino, l’épouse de Simomino Vignola, l’épouse de Carlotto Vignola, l’épouse de Guglielmo di Bernardi, l’épouse de celui qui est le seigneur de la maison de Camenatro, l’épouse de Vittorio Maza de Cambiano, Francesca, la servante susdite qui échouait <toujours> à ledit Jacopo, et l’épouse de Bartolomeo di Boccati.

On lui demande le temps écoulé depuis qu’il assista aux susdites assemblées. Il répond dix ans environ.

De même, il dit que toutes les personnes susdites, hommes et femmes, juraient de tendre, d’observer et de croire à toutes les croyances susdites et énoncées une à une, telles qu’elles ont été rapportées plus haut au sujet des autres prédications faites dans les assemblées ou synagogues susdites.

On lui demande si Martino del Prete, de Viù, eût une lettre des personnes de Chieri. Il répond que oui, une lettre du susdit Bartolomeo <di Boccati>.

On lui demande s’il sait ce qui était contenu dans la susdite lettre. Il répond que oui, à savoir que ledit Bartolomeo di Boccati et les susdits Guglielmo Vignola et Vittorio Bensi priaient ledit Martino, d’adopter intégralement leurs croyances et de former une de leurs sectes avec ses fidèles de la vallée de Lanzo, et ils le prièrent à plusieurs reprises. Ce Martino leur répondit à chaque fois qu’il ne voulait aucunement les rallier en quelque manière que ce soit.

De même, il dit et dépose que Catelina Garbella, de Chieri, est une grande hérésiarque42 parce qu’elle s’était enfuie loin de la face de l’inquisition susdite, et il croit qu’elle vit et demeure cachée dans le castrum de Ponticelli.

De même, il dit que Giletta, compagne de la dite Catelina, avait fui également avec elle. Elle appartient aussi à la secte des hérétiques. Il ignore cependant où elle se trouve.

On lui demande si les susdits maîtres ou personnes de leur secte donnent la Consolation à leurs malades, à l’article de la mort. Il répond que oui.

On lui demande ce qu’est <cette> Consolation. Il répond qu’il l’ignore, mais que celui ou celle, qui veut ce genre de Consolation, avant que son maître s’avance pour le lui donner, ce maître fait promettre audit malade d’observer ce qui suit s’il guérit de la maladie en question : Premièrement, de ne jamais dire un mensonge pour une quelconque raison. Deuxièmement, de ne manger aucune autre nourriture que celle de carême. Troisièmement, de ne jamais toucher une femme et une femme jamais un homme, ni une autre personne, quelle qu’elle soit. Quatrièmement, de promettre de se tuer avant d’abjurer leur foi et leur croyance à l’occasion d’une quelconque persécution engagée contre eux par les inquisiteurs. Et ce genre de personnes portent toujours des gants afin qu’ils ne touchent personne ni ne soient touchés par personne.

De même, il dit qu’après avoir reçu ladite Consolation par un des susdits maîtres, le maître en question demande au malade Consolé: « Veux-tu être « martyr » ou « confesseur » ? ». S’il répond qu’il veut être « martyr », ils posent l’oreiller qui se trouve sous le cou, sur la bouche, et ils le maintiennent pendant un long moment sans qu’il y ait arrivé d’air. Si ce malade récupère son souffle, après qu’ils aient fini de dire les paroles qu’ils disent pendant qu’il tiennent l’oreiller sur la bouche, ils disent que ce malade est « martyr », et ceci qu’il en meure ou qu’il en réchappe. Si ce malade en réchappe, il est appelé parmi eux « parfait ». Il observe alors les règles susdites et il a l’autorisation de donner aux autres malades la même Consolation. S’il répond qu’il veut être « confesseur », il reste pendant trois jours sans manger ou boire quoi que ce soit après la réception de ladite Consolation. Il observe alors la susdite règle, à la même autorisation <de donner la Consolation>, et ils le revêtent d’un nouveau habit43. Ce malade, qu’il vive ou qu’il meure, abandonne tous ses biens entre les mains de celui qui donne la Consolation, et ce dernier en fait ce qu’il en veut.

On lui demande comment il sait ce qu’il rapporte. Il répond que le susdit Pietro Patrizi, de Chieri, le lui narra quand il amena le déposant à leur croyance puisqu’il était leur meneur et maître.

On lui demande s’il assista une fois à une telle Consolation, ou la donna, ou l’entendît ou fût présent quand on donnait cette susdite Consolation. Il répond que non et qu’il ne sait rien d’autre, parce qu’elle est extrêmement secrète parmi eux, et elle vaut autant pour eux, à ce qu’ils disent, que le corps du Christ pour les chrétiens44.

De même, il dit que ce genre de maître, qu’ils appellent parmi eux « parfait », ne doit jamais pécher ni toucher quoi que ce soit d’immonde. Pour le manifester ils portent toujours des gants, comme il a été dit. Ils ont aussi des récipients, dans lesquels ils mangent et boivent, apprêtés et lavés pour eux jusqu’à neuf fois.

De même, il dit que si l’inquisiteur veut connaître la vie de ces personnes sans avoir recours à la torture, il doit faire attention à ce que l’hérétique ne lui prête point serment de dire la vérité, s’il appartient aux hérétiques appelés « Gazari »45 par les chrétiens. Parce que s’il l’interroge en disant « es-tu bien l’un de ces Gazari », c’est-à-dire un de ces « parfaits », et qu’il en soit effectivement un, celui-ci lui répondra immédiatement oui, et ensuite il ne dira plus rien d’autre et s’abstiendra de manger. Mais si l’inquisiteur prend soin de lui parler et de le solliciter à raconter sa vie, en le priant de le faire, et à lui détailler le Dieu en lequel il croit, il parlera alors sans nul mensonge, à ce que dit ledit déposant.

De même, il dit sous serment qu’il croit que des assemblées vaudoises, identiques à celles du temps dudit Oddone <Narro> mentionnées plus haut, se tiennent actuellement dans la maison de Dame Matodina Narro, épouse jadis de Giovanni Narro.

On lui demande qui en est le principal et maître en lieu et place dudit Oddone <Narro> Il répond qu’il croit que c’est Simone Vignola et ladite Carenza, épouse jadis dudit Oddone <Narro>.

De même, il dit que les personnes suivantes fréquentaient la maison susdite, et il croit qu’elles se rassemblaient là pour faire ce qui a été dit46 : Le susdit Simone, Avaretto Vignola, Filippo, fils de Martini de la maison de Gamenaro, Michele Roero, Tomasso di Griffo, Guglielmo Vignola, Carlo Vignola, Michele Merlo, Giovanni Veglia et Castellino di Castello.

On lui demande s’il aurait d’autres personnes suspectes d’hérésie. Il répond que non.

De même, lesdits Messeigneurs évêque et inquisiteur lui demandent maintenant tout particulièrement si tout ce qu’il a déclaré plus haut est vrai, sous le péril de son âme, et s’il s’est confessé spontanément et non sous la contrainte de la torture ou toute autre crainte. Il répondit que oui, par son serment prêté maintenant, réitéré et ultime, et, conduit par sa conscience, tout ce qu’il a déposé plus haut est vrai. Ledit déposant Jacopo Bech demande auxdits Messeigneurs grâce et miséricorde, selon ce que leur permet le droit pour ce qu’il a commis, parce que c’est par contrition de cœur et d’une foi non feinte qu’il veut véritablement et spontanément revenir à la vérité de la sainte Église romaine, en disant qu’il ne veut rien ajouter ou retrancher à sa déclaration, parce que tout ce qui a été commis à l’encontre de la foi, tant par lui que par les autres, il l’a confessé fidèlement <à la vérité> et spontanément.

Au nom du Christ amen. En l’an de la nativité 1388, indiction XI, le samedi 22 août. Le susdit Jacopo Bech, non par force ou crainte mais spontanément et en toute connaissance, dit et confessa, en jurant sur les saints évangiles de Dieu, en touchant corporellement les écritures, que tout et chacun des points écrits au-dessus et confessés par lui douze jours avant le début de ce mois sont vrais, dans la mesure où il les toucha, les fit, les entendit et les vit. De même sur les autres personnes susnommées, hommes et femmes, dans la mesure également qu’il le vit et l’entendit. Et cela en présence desdits Messeigneurs évêque et inquisiteur, spontanément comme il a été dit, par serment réitéré. Il se confessa dans la chambre épiscopale du palais de la cité de Turin, en présence de Monseigneur, le Frère Oddoneto di Lanzo, de l’ordre des Prêcheurs, prieur du couvent des frères Prêcheurs de Turin, et de Monseigneur Simone de Mustis, chanoine turinois, témoins appelés et convoqués pour ce procès, et moi Giovanni Gorzano, notaire et greffier du présent document.

La même année, le 29ème jour dudit mois d’août, le susdit Jacopo, mieux avisé, clair et lucide sur soi et sur les autres personnes dénoncées, sans torture et hors du local de torture et de la prison, avoue spontanément ce qui suit, qu’il avait tu par oubli et petite étourderie dans le précédent examen.

Tout d’abord, il dit que l’année dernière, en décembre 1387, il était dans la maison du susdit Oddone Narro, à Chieri, pour écouter la doctrine susdite et pour faire toutes les autres choses qui sont en usage dans les assemblées desdits vaudois ou cathares de Chieri. Et qu’il entendit ladite doctrine par le susnommé Guglielmo Vignola. Il reçut également de lui, avec déférence, le pain et l’absolution des péchés, avec toutes les personnes suivantes, qui se trouvaient avec lui, à ce qu’il dit, dans ladite maison pour écouter et faire ce qui a été dit, et ils faisaient et disaient ce qui a été dit, en jurant croire et observer la doctrine susdite desdits Jocerini <di Palata> et Pietro <Patrizi> : Premièrement ledit Guglielmo Vignola, le maître, Antonio Galieri, de Chieri, le déposant lui-même Jacopo Bech, Bartholomeo di Boccati, Bartolomeo Bertoni, Oddone Raschieri, Simone Vignola, Dame Carenza, Aloisia, sa fille, épouse du fils d’Assaretto Vignola.

De même, Frère Jacopo Bech dit que dans l’examen le concernant, fait par Frère Tommaso di Casasco, il confessa croire auparavant et jusqu’à maintenant la doctrine des hérétiques et appartenir à leur secte. Il lui dit en particulier qu’il croyait et crut ce qui suit : Premièrement que les choses visibles qui apparaissent sous le ciel, en particulier les corps des hommes, n’avaient pas été faits, ou ne détenaient pas leur être, par le Dieu du ciel, ni n’étaient conservés par lui, mais par le diable qui chuta du ciel.

De même, que Dieu ne s’était pas incarné dans la vierge Marie et n’avait pas souffert, et que les autres propos qui sont consécutifs à l’incarnation du fils de Dieu sont faux, de même en ce qui concerne les douze articles de la foi et les sacrements de l’Église, à savoir le baptême, le corps du Christ et tout le reste.

De même, il dit que le susdit Monseigneur inquisiteur, Frère Tommaso <di Casasco>, lui fit grâce des peines qu’il encourrait pour de telles croyances parce qu’il dénonça quelques hérétiques de Chieri de la susdite opinion et secte, et ledit Jacopo jura et promit à ce Monseigneur inquisiteur que désormais il ne croirait jamais plus lesdites erreurs ni ne dogmatiserait, et n’adhérerait pas non plus aux hérétiques, quelle que soit la secte réprouvée par l’Église, sous peines arbitraires dudit inquisiteur, mais au contraire persévérer dans la croyance et l’unité de la foi catholique romaine tout le restant de sa vie. Ledit déposant Jacopo fit cette promesse et abjuration à Monseigneur Tommaso <di Casasco>, inquisiteur de Chieri, dans son office et devant témoins au cours de l’année 1370.

Interrogé s’il récidiva ou s’il crut et enseigna les susdites erreurs et doctrines des hérétiques, et s’il prit part aux assemblées de ces hérétiques où elles sont enseignées, après qu’il eût fait son abjuration entre les mains du susdit inquisiteur. Il répondit que oui, plusieurs fois, comme il a été dit, et il crut jusqu’à aujourd’hui, totalement, non seulement lesdites erreurs pour lesquelles il avait demandé et obtenu la grâce du susdit Monseigneur inquisiteur, mais aussi toute la doctrine des susdits Giocerino <di Palata> et Pietro <Patrizi> de Chieri.

De même, il dit, sous serment, que Martino di Palata qui demeure à Costa de Chieri, frère germain dudit hérétique Giocerini <di Palata>, est de la croyance et de la secte de son frère.

On lui demande comment il le sait. Il répond que c’est la rumeur et la réputation à Costa que le susdit Martino est de la secte des hérétiques et qu’il ne va jamais à l’église.

De même, il dit que Martino Chavenderi loua et approuva plusieurs fois devant ledit déposant la vie et la doctrine, <qu’il disait> saintes et bonnes, dudit Martino de Viù.

De même, il dit que lui-même et Frère Angelo della Marca eurent un entretien avec ledit Martino Chavendieri dans la localité de Sainte-Marie de Porcherano d’Avigliana, en l’an susdit, au mois de mai.

On lui demande sur quoi ils discutèrent. Il répond qu’ils discutèrent sur leur secte et leur doctrine en affirmant qu’elle était bonne, et aussi sur le livre de l’Apocalypse que ledit Martino Chavenderi avait apporté là secrètement. C’est ce dernier qui lisait et expliquait ce qui était contenu dans le livre, mais il ne se souvient plus des propos. Et ils se donnèrent l’un l’autre le baiser de Paix selon leur usage. Martino Chavenderi enjoignit à Jacopo et à Frère Angelo de se rappeler d’aller voir Martino de Viù.

 De même, il dit qu’il croit qu’actuellement les susdits hérétiques de Chieri se réunissent ou se rassemblent pour dire et écouter leur prédication dans les lieux suivants : Dans la maison de la susdits Dame Matodina Narro à Chieri. Dans San-Salvario à la limite de Chieri qui appartient à Bartolomeo Bertoni, de Chieri. Dans Fontaneto à la limite également de Chieri qui appartient à Oddono Raschieri et à ses frères Berardi et Aymone et dans Ponticelli, comme il a été dit, au lieu-dit « Portes-de-l’enfer », qui appartient aux Vignola.

De même, il dit que Bartolomeo di Boccati et Granone Bensi, de Chieri sont les meilleurs informateurs pour tout savoir sur ce qui a été dit avec le moins de bruit.

 De même, ledit déposant dit, sous serment, que les personnes suivantes sont de la foi et opinion ou croyance desdits Jocerini <di Palata>, Pietro <Patrizi> et Giovanni Narro parce qu’ils fréquentent actuellement la maison dudit Oddone Narro et parce qu’ils ont l’habitude de se fréquenter et de converser ensemble : Michele di Percavina, Facio Breveri, son frère, Perino Boccati, Milono Boccati, Michele Moazio, Bardono Alamani, Antonio Freccio dit notaire de Jordani, Petrino de Villa, Francesquino de Villa et Berardo di Mercadillo.

Moi, Frère Oddoneto di Lanzo, prieur du couvent des frères Prêcheurs de Turin, fut présent et entendit tout ce que ledit Jacopo Bech, de Chieri, confessa. Et tout ce qui a été dit plus haut et ci-dessus écrit en détail, consigné dans ce livre cette année, depuis le 21 août dernier, ledit Jacopo de Chieri l’a confessé ce jour même du 21 août. J’en ai signé le témoignage de ma propre main, en présence desdits Messeigneurs évêque et inquisiteur, de Monseigneur Simone di Mustis, chanoine turinois, et de Giovanni Gorzano qui l’a écrite.

Ledit Jacopo, a confessé sous serment, spontanément et librement, tous les faits susdits comme étant véridiques. Ceci a été écrit le 29 août 1389.

EXTRAIT DE LA DÉPOSITION D’ANTONIO GALOSNA

 À Chieri.

On lui demande s’il a participé à une quelconque synagogue dans la localité de Chieri. Il répond que oui, deux fois, à la maison de Berardo Raschieri. La première fois c’était il y a quinze ans, à compter du mois d’avril dernier. La seconde fois c’était il y a environ trois ou quatre ans.

On lui demande ce que l’on y faisait ou quelle était la personne qui prêchait. Il répond le susdit Berardo.

On lui demande ce qu’il disait. Il répond qu’il disait que le pain était au-dessus de tous les sacrements, comme il a été dit à plusieurs reprises précédemment47, et qu’il ne fallait pas croire aux sacrements que donnaient les autres prêtres et les personnes ecclésiastiques.

De même que Dieu n’était pas venu dans la vierge et qu’il n’avait ni souffert ni été enseveli.

Il ajoute qu’il se souvient avoir entendu Matteo Gosla dire que ledit Berardo faisait lesdites synagogues dans sa maison, il y a 16 ans passés.

De même, que les apôtres et les saints ne doivent pas être vénérés et que l’on ne doit pas jeûner la veille de leur fête, et que Christ était né de la bienheureuse Marie et de son mari Joseph, parce qu’il a été conçu charnellement par eux et non par l’Esprit Saint.

De même, ce Berardo disait en prêchant que quand le corps meurt, l’âme meurt. Une fois ces paroles et les autres dites, il prenait le pain et en donnait une tranche à chacune des personnes qui étaient présentes, en disant que ce pain était au-dessus de tous les sacrements, comme précédemment, et les personnes qui étaient présentes le prenaient mains jointes et avec dévotion. Ensuite une femme nommée Agnesina Biancardo, de Chieri, épouse de Biancardo, de Chieri, donnait à boire à chacun.

Ledit Berardo disait aussi que le dragon était plus puissant que Dieu, dans sa prédication susdite, et qu’il pouvait plus que Dieu dans ce monde et vainquait ce que Dieu avait fait dans ce monde. Une fois le pain et le vin pris, ce Berardo disait, « Messieurs et Mesdames, nous tous qui sommes ici présents, nous formons une seule secte et une seule alliance ou foi » et il les faisait tous jurer de rester tous de cette secte et de cette foi, et de garder secret tout ce qu’ils venaient de faire, sur un livre qu’il tenait dans se mains. Ensuite il disait « Vous savez tous pourquoi nous sommes ici. Que celui qui a tienne », et il éteignait la lumière. Ensuite ils restaient le temps d’une heure ou deux à s’unir charnellement.

On lui demande <les noms des personnes> qui étaient présentes dans ladite synagogue, à commencer par les hommes. Il répond : Tout d’abord ledit Berardo et Tommaso Tana, de Chieri.

De même, Bertolo, écuyer du seigneur Amedeo Simeoni, ledit Ruffino di Sena, maintenant chanoine de Chieri. Matteo Gosla qui était un autre maître, le fils de Perroni Gay, de Chieri, fournier, et le Frère Antonio lui-même.

De même, Bertolo, écuyer du seigneur Amedeo Simeoni, ledit Ruffino di Sena, maintenant chanoine de Chieri. Matteo Gosla qui était un autre maître, le fils de Perroni Gay, de Chieri, fournier, et le Frère Antonio lui-même.
Maintenant, les femmes qui étaient présentes dans ladite synagogue : tout d’abord la susdite Agnesina Biancardo, l’épouse de Giovanni Anquetto qui demeure près de l’hôpital San-Cristoforo, une compagne de ce dernier qui était la sœur de Giacomino di Salici, une jeune-fille de Castaneto nommée Margarina, qui demeure avec Giovanni Mosta comme servante, Agnesina Carosso, de Chieri, épouse de Tommaso Carosso. De même, Agnesina, fille de Minetta Triperio, un autre femme nommée Jacopina Pascali, maintenant veuve mais auparavant épouse de Giovanni Pascali.

On lui demande s’il s’est uni alors avec une femme. Il répond que non.

On l’interroge sur la seconde synagogue qu’il fit dans la maison dudit Berado. Il répond qu’elle a été faite par le susdit Berardo, qui prêchait de la manière susdite et qui faisait tout ce qui a été dit précédemment, ladite année au mois de septembre. Cela se faisait dans la pièce près du cellier de la maison dudit Berardo.

On lui demande quelles étaient les personnes qui étaient présentes dans ladite synagogue et qui participèrent. Il répond toutes les personnes susnommées, tant les hommes que les femmes, plus un des fils de Coccenti, le savetier, dont il ignore le nom, et plus le gendre de Rici, tavernier de Chieri.

On lui demande s’il s’est alors uni charnellement avec une femme. Il répond que oui, mais il ne se souvient plus de son nom.

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1   « posuereunt eum supinum. Demum quidam stetit et sedit supra pectus suum, exinde clausit sibi os de rostro sui caputii preiciendo aquam per eius nares, presente dicto inquisitore et multis aliis ». G. Amati, Processus contra Valdenses in Lombardia superiori anno 1387, cod. D. III. 18 della Biblioteca Casanatense di Roma, in Archivio Storico Italiano, S. III (1865) t. II, P. I, p. 33 – 34.

2   « et credit quod ipse frater Jacobus Bech tenet regulam dicti Martini et maxime quia stetit secum in dicto loco Vici per duos annos ». Op. cit. p. 18.

3   « frater Jacobus steterat cum dicto Martino in loco Vici per unam yemen faciendo penitentiam et eundo discalceat super nivem ». Op. cit. p. 4. Cette information n’est pas, hélas, datée.

4   Ibid. p. 4 – 5.

5   Ibid.. « Et dixit idem Martinus in presencia predictorum : ego et frater Jacobus Bech de Chere ordinavimus facere hic unam capellam ad faciendum orationes et disciplinas nostras ».

6   Cet émissaire était Antonio Galosna. Voir sa déposition. Op. cit. p. 4 – 5. « Interrogatus si post hec vidit dictum fratrem Jacobum. Respondit quod sic, in Chere. Et dixit sibi ex parte dicti Martini quod salutabat eum, et quod iret ad ipsum causa faciendi fieri dictam capellam » : « On lui demande si après cela il vit ledit Frère Jacopo. Il répond que oui, à Chieri. Et il lui a dit, de la part dudit Martino, qu’il le saluait et qu’il vienne auprès de lui au sujet de l’édification de ladite chapelle ».

7   « qui portabat habitum de quadam vesta alba suta, et tunicam cum capucio ». Op. cit. 5.

8   « Interrogatus si scit aliam personam suspectam de fide in Cherio. Respondit quod havet suspectum fratrem Jocobus Bech de Cherio, quia ipse introduxit eum ad eumdum ad videndum et visitandum Martinum de Presbitero de Vico et multum laudabat vitam dicti Martini » : « On lui demande s’il connaît une autre personne suspecte en ce qui concerne la foi à Chieri. Il répondit qu’il considérait comme suspect Frère Jacopo Bech, de Chieri, parce qu’il l’avait lui-même transmis d’aller voir et de rendre visite à Martino del Prete, de Viù, et parce qu’il louait beaucoup la vie dudit Martino ». Op. cit. p. 18.

9   « panem benedictum quem vocabant consolamentum » : « pain bénit qu’ils appellent consolation ». Voir G. Amati, Processus contra Valdenses in Lombardia superiori anno 1387, cod. D. III. 18 della Biblioteca Casanatense di Roma, in Archivio Storico Italiano, S. III (1865) t. I, P. II, pp. 22 et 40.

10   Op. cit. p. 37.

11   Voir la description de cette « consolation » vaudoise donnée à une mourante dans la déposition d’Antonio Galosna. Op. cit. p. 15 – 16.

12   Op. cit. p. 16 – 18. Tous ce passage de la déposition d’Antonio Galosna, sous le titre « De Chere » : « De Chieri », contient également des éléments de la prédication de Berardo Rascherio avant son départ pour la Bosnie. Elle nous apprend également que ce dernier tenait des réunions dans sa maison, à Chieri, de 15 à 16 ans en arrière, soit vers 1372 – 73, et trois ou quatre ans en arrière, soit vers 1384 – 85.

13   Ce terme désigne habituellement une simple localité ceinturée d’une muraille, mais il peut désigner également un château-fort proprement dit.

14   « sepe nominabant et laudabant fratrem Jacobum Bech de Chere dicentes quod erat magister eorum ». Op. cit. p. 37.

15   « et credit quod ipse frater Jacobus Bech tenet regulam dicti Martini et maxime quia stetit secum in dicto loco Vici per duos annos ». Op. cit. p. 18.

16   « frater Jacobus steterat cum dicto Martino in loco Vici per unam yemen faciendo penitentiam et eundo discalceat super nivem ». Op. cit. p. 4.

17   Anteposita en latin signifie littéralement « placée avant ». Le mot prieure n’a rien à voir avec le fait de prier. Il tire son origine du latin prior, « le premier ».

18   Op. cit. p. 8 – 9.

19   Déposition d’Antonio Galosna : « Martinus dicebat quod Deus non est in sacremento Eucaristie, sicut dicunt et credunt christiani, sed semper est in celis » Op. cit. p. 8.

20   Voir sa déposition, op. cit. p. 16 – 18.

21   Voir à ce sujet, Jean Duvernoy, La religion des cathares, T. I, éditons Privat, Toulouse, 1976, p. 166, en particulier la note 93.

22   Bernard Gui, Manuel de l’inquisiteur, édité et traduit par G. Mollat, Les belles lettres, Paris, 2007, p. 13.

23   Il doit s’agir de la robe de bure noire caractéristique des Chrétiens et Chrétiennes cathares.

24   « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie […] sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Romains 6 : 4 – 7).

25   Littéralement trois jours à passer. Ces trois jours à passer renvoient probablement aux trois jours en état de mort qui précèdent la résurrection. Dans ce cas, l’état d’abstinence totale pendant ces trois jours marquent symboliquement la mort au monde en vue de la résurrection. Cette résurrection n’était évidement pas celle de la chair, mais de l’Esprit hébété dans le corps de fange par le baptême de l’imposition des mains. L’auteur a manifestement oublié ici de mentionner le renouvellement du Consolement, la suite le laisse penser.

26   Le registre d’inquisition de Jacques Fournier, Bibliothèques des introuvables, volume III, p. 1122.

27   Donc vers 1380, mais en réalité, nous verrons plus tard qu’il fut traduit devant Tommaso di Casasco en 1370. Erreur du notaire ou du copiste qui à oublié une dizaine, ou bien feinte de Jacopo pour tenter d’éviter le délit de relapse ? Ceci dit, il n’est pas impossible que Tommaso di Casasco ait reconvoqué Jacopo Bech pour avoir de lui quelques indications sur des personnes qu’il savait être coupables d’hérésie. Puisque nous savons que Jacopo promit à cet inquisiteur « de comparaître chaque fois qu’il en sera requis ».

28   Selon sa deuxième audition, le voyage à Rome qu’il fit avec trois Frères mineurs était son deuxième, et non son premier. Le notaire c’est certainement embrouillé dans sa rédaction.

29   Dans l’item suivant, Jacopo déclare effectivement que ce frère Angelo mangea et dormit chez lui.

30   C’est-à-dire le 29 septembre 1387.

31   C’est-dire deux ans avant son procès, soit vers 1386.

32   Il ne peut s’agir que du pape Urbain V qui accéda au trône pontifical en 1362 et siégea à Avignon. Il décéda en 1370. Mais il est impossible que l’événement se rapporte à neuf ans en arrière. Cela nous situerait en 1379 !

33   C’est-à-dire en 1370.

34   C’est-à-dire, comme on l’a vu au début de sa déposition, « sur les saints évangiles de Dieu ».

35   Dans sa déposition précédente, il associe ces trois Frères mineurs à son premier départ pour Rome, alors qu’il s’agit ici de son deuxième voyage pour Rome.

36   En réalité il s’agit d’un ange qui pécha. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut dire que cet ange est devenu un démon.

37   Les anges qui chutèrent du ciel devinrent des démons, c’est à dire des anges pécheurs, les anges déchus, et ce sont eux qui furent enfermé dans les corps par le diable. Ils ont été réduits en âme, en animateur des corps, aussi bien des hommes que des bêtes. Quand ils sont sauvés par le consolamentum, ils reprennent la place qu’ils avaient au ciel.

38   C’est-à-dire dans l’hostie consacrée par un prêtre.

39   État serbe au moyen-age.

40   Autrement dit la « secte » et croyance de Giocerino di Palata et Pietro Patrizi.

41   C’est-à-dire la propre sœur d’Oddone Narro. Mais cette accusation de débauche sexuelle est pure affabulation.

42   Dans le sens de « perfecta heretica » parfaite hérétique ou hérétique parachevée du siècle précédent.

43   Il doit s’agir de la robe de bure noire caractéristique des Chrétiens et Chrétiennes cathares.

44   Effectivement, la Consolation, le don de l’Esprit Saint, est le don de Dieu que les Chrétiens cathares pouvait considérer comme le plus précieux. Pour les Catholiques, en revanche, le don le plus précieux, c’est l’Eucharistie. Quand au fait que la Consolation était tenue en très grand secret, c’était un moyen de priver l’Inquisition de témoins pour l’acte le plus compromettant.

45   C’est-à-dire Cathares.

46   C’est-à-dire des assemblées vaudoises.

47   Ceci n’est pas cathare, c’est typiquement vaudois, le greffier ne fait ici qu’insérer un stéréotype répété partout.

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REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier Walter MORIGGI pour son aide précieuse, pour la mise à disposition du document,  pour la traduction des noms propres et  pour l’identification des localités.

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