DÉPOSITION de RAIMON VINHALS

RAIMON VINHALS

En l’an du Seigneur 1285, le jour des ides de février1, Raimon Vinhals, fils naturel, à ce que l’on dit, de Vidal Vinhals, d’Albi, placé en présence du révérend Père, seigneur Bernard, évêque d’Albi par la grâce de Dieu, exerçant en tant que juge ordinaire d’Albi et d’Albigeois, et en tant qu’inquisiteur de la dépravation hérétique dans cette même circonscription, à la place de frère Jean Galand, inquisiteur de l’hérésie par nomination du siège apostolique, de frère Guilhèm de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, de frère Guilhèm de Pierrelatte, lecteur du même couvent, et de moi, Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi dans la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers, interrogé en matière d’hérésie, a juré de dire la vérité sur lui-même et sur les autres, vivants et morts. Il dit et confesse spontanément qu’il y a deux ans environ2, Buissa, fossoyeur, fut malade de l’affection dont il mourut, à Albi, dans sa maison. Alors que lui, témoin qui dépose passait devant la maison du malade, Raimon de Calvairac, le jeune, qui vit toujours, dit au témoin d’entrer avec lui auprès dudit malade. Ce qu’il fit. Ils y trouvèrent deux hérétiques dont il dit ignorer les noms. Ils y trouvèrent aussi un neveu dudit malade, un certain Aussac, forgeron d’Albi, et l’épouse dudit Raimon de Calvairac. Lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des personnes susnommées adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques, et ledit malade adora lesdits hérétiques comme il put. Ensuite, il demanda à être reçu leur foi et secte, espérant et voulant être sauvé par eux. Plaçant ses mains entre les mains d’un de ces hérétiques, ils le reçurent à la manière hérétique et l’hérétiquèrent selon l’usage et rite des hérétiques, après avoir posé un livre sur le malade et énoncé au-dessus de lui des paroles que lui, le témoin, ne comprit pas au prétexte qu’il est laïc. Après cette hérétication, lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des personnes susnommées adorèrent à nouveau lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Laissant là lesdits hérétiques et les autres personnes susnommées, lui, le témoin s’en alla avec ledit Raimon de Calvairac.
Interrogé pour connaître celui qui amena en ce lieu lesdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore. De même sur le lieu, l’année et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Interrogé sur l’heure, il dit à la tombée de la nuit. Interrogé pour connaître celui qui l’informa de la présence des hérétiques, il dit que c’était le susdit Raimon de Calvairac qui l’informa que les hérétiques étaient là.

De même, le témoin dit qu’il y a quatre ans environ3, alors qu’il se promenait en dehors de la ville avec le défunt Pèire de Mazières, qui avait un phlegmon sous la gorge, ce Pèire lui montra deux hérétiques qui entrait dans ladite ville d’Albi, sur la plaine de Saint-Salvi d’Albi, tard le soir. Ce Pèire de Mazières adora alors ces hérétiques le premier, sur place, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Ensuite, lesdits hérétiques se dirigèrent vers la cité tandis que lui, témoin qui dépose, et ledit Pèire de Mazières reprirent leur promenade.
Interrogé pour connaître celui qui accompagnait lesdits héré­tiques quand ils les rencontrèrent, il dit que personne n’était avec eux. Interrogé pour connaître celui qui l’incita à croire que les hérétiques étaient des bons hommes, il dit que le premier c’était Pèire de Mazières et il dit au témoin de l’imiter, ce qu’il fit, à savoir il adora lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques.

De même, le témoin dit que vers la dernière Nativité du Seigneur4, Bartolomieu Cota, fossoyeur, était malade de l’affection dont il mourut. Un soir, au cours de ladite maladie, tandis que lui, témoin qui dépose, et Pèire Borseza, fils de Raimon Borseza, se prome­naient, ledit Pèire Borseza lui dit : « Entrons voir le malade », en parlant de Bartolomieu Cota. Tout en parlant, ils entrèrent là, dans une pièce, quand deux hérétiques arrivèrent avec le fils dudit malade qui les conduisait. Il y avait dans cette maison l’épouse du susdit fils, belle-fille dudit malade, et un pressureur qui faisait de l’huile de noix et qui demeure près du pont de Verdusse, à ce qu’il dit. Tous et chacun, tant le témoin que les <autres> personnes susnommées, adorèrent dans ladite pièce lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Après cette adoration, le témoin et ledit Pèire Borseza s’en allèrent.
Interrogé pour connaître celui qui amena lesdits hérétiques, il dit comme au-dessus. De même sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus.

De même, il dit qu’il y aura un an environ à la Pâques prochaine5, Pèire Aimeric, d’Albi, fut malade, dans son logis, de l’affection dont il se rétablit. Un soir, tard dans la nuit, lui, témoin qui dépose, vint à la maison de Pèire Aimeric en compagnie de Joan de Castanet, de Vidal Vinhals, père du témoin, de maître Raimon Fumet, juriste, et de deux hérétiques. En entrant dans la maison dudit malade, qu’ouvrit Raimon de Brin, ils montèrent à l’étage jusqu-à la chambre où ledit malade était alité. Les susdits Joan de Castanet, Vidal Vinhals, maître Raimon Fumet et lesdits héré­tiques y entrèrent, tandis que lui, le témoin, resta à l’extérieur de la chambre avec Raimon de Brin. Cependant, il put voir <ce qui se passait dans la chambre> – à ce que dit le témoin – par une ouverture que l’on appelle communément « galinièra6 ». Toutes et chacune des personnes susdites, à savoir Vidal Vinhals, Joan de Castanet et maître Raimon Fumet adorèrent les susdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques, et le malade adora lesdits hérétiques comme il put. Ensuite, ledit malade demanda à être reçu dans leur foi et secte, espérant et voulant être sauvé par eux. Plaçant ses mains entre les mains d’un desdits hérétiques, ils le reçurent et l’héréti­quèrent selon le rite et l’usage des hérétiques, après avoir posé un livre sur lui et énoncé au-dessus de ce malade des paroles que lui, le témoin, ne comprit pas. Après cette hérétication, toutes et chacune des personnes susnommées qui entrèrent dans ladite chambre adorèrent de nouveau lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Ensuite ils sortirent de la chambre, alors le témoin et les personnes susnommées s’en allèrent en compagnie desdits hérétiques et de Raimon de Brin. Excepté ledit Raimon de Brin, qui retourna au logis dudit malade, ils entrèrent tous dans la maison de Vidal Vinhals, dont lesdits hérétiques et les personnes susnommées étaient partis pour se rendre à la maison de Pèire Aimeric.
Interrogé pour savoir où demeurèrent lesdits hérétiques cette journée-là, il dit dans la maison de Vidal Vinhals, père du témoin, et <il ajoute> que maître Raimon Fumet était venu les voir ce jour-là et avait rendu visite à ces hérétiques. Interrogé sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. sur le jour, il ne s’en souvient plus.

De même, la même année, le 16 des calendes de mars7, en présence des mêmes personnes, du seigneur Joan Molinièr et de moi, Joan de Rocoles, notaire, Raimon Vinhals dit et confesse spontanément qu’il y a deux ans environ8, Bernat de Castres, jadis père de Joan de Castres, lui remit une lettre, écrite sur du papier, en lui demandant de la remettre à deux hommes qu’il trouverait sous l’auvent de la léproserie du Castelvièl. Il se rendit au lieu dit et la remit à deux hommes qu’il y trouva. De retour, ledit Bernat de Castres lui dit que c’était des hérétiques. Moins de deux mois après, ledit Bernat de Castres invita le témoin à souper ainsi que Bernat Guilhèm, aubergiste, qui demeure près du puits d’En Grezas, une femme qui s’appelle Na Merla, qui était aubergiste et demeurait alors dans la maison où demeure maintenant maître Garnier, avocat, et Guilhèm Querida, forgeron. Tandis qu’ils soupaient tous ensemble, un garçon qui demeurait avec ledit Bernat de Castres, dont il ignore le nom mais il lui a dit qu’il était le fils de Bernat Pinat, jadis messager de la curie du roi d’Albi, vint avec deux hérétiques dans la susdite maison où tous soupaient. Alors, le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susnommées se levèrent et adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Après quoi, lesdits hérétiques mangèrent, ou plus exactement soupèrent, avec toutes les personnes susdites qui soupaient. Après avoir fini de souper, lui, le témoin, refit de nouveau l’adoration, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques, et laissa là lesdits hérétiques en compagnie des personnes susdites.
De même interrogé sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. De même, sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que trois ou quatre mois après, Pons Nicolau, peaussier d’Albi, l’invita à souper, mais comme il refusa de souper avec lui, ce Pons lui demanda qu’il vienne au moins dans sa maison. Il partit alors avec lui. Après être entré dans la maison de ce Pons Nicolau et monté à l’étage, lui, le témoin voulut s’en aller. Alors qu’il descendait l’escalier de la maison, arriva le fils aîné de Pons Nicolau, qui s’appelle Pèire Nicolau – à ce que croit le témoin – et il conduisait deux hérétiques. Comme ledit Pèire Nicolau et les deux susdits hérétiques qu’ils conduisait s’étaient engagés dans l’escalier, il fallu que lui, le témoin, recule pour les laisser monter. Quand ces hérétiques furent à l’étage avec ledit Pèire Nicolau, lui, témoin qui dépose, Pons Nicolau, Pèire Nicolau, son fils susdit, ainsi que Guilhèm Cortada, tisserand, et Raimon Estève, marchand ambulant qui transporte ses marchandises sur des bêtes de somme, qui se trouvaient aussi dans la maison de Pons Nicolau, adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques. Après quoi, lui, témoin qui dépose, s’en alla, tandis que lesdits hérétiques et les autres personnes susnommées restèrent dans ladite maison.
Interrogé sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, le témoin dit qu’il y a quatre ou cinq ans environ9. le défunt Raimon Dalmas, marchand, lui demanda, alors qu’il faisait déjà nuit, de venir se promener avec lui sur le parvis ou porche de Saint-Salvi, Ils déambulèrent tous deux ensemble en cet endroit sans rencontrer personne. À leur retour, le susdit Raimon Dalmas l’invita à souper, de même que Raimonda Rapina, tisserande, et Azemar Camba, tisserand. Tandis qu’ils soupaient, une fille naturelle de ce Raimon Dalmas, – le témoin croit qu’elle s’appelle Raimonda – amena deux hérétiques dans la susdite maison dudit Raimon où toutes les personnes susdites soupaient. Alors, lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des autres personnes susnommées se levèrent de table et adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Après quoi, lesdits hérétiques mangèrent, ou plus exactement soupèrent, avec toutes les personnes qui soupaient. Enfin, quand le souper fut terminé, lui, le témoin s’en alla après avoir refait l’adoration, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques, laissant lesdits hérétiques en compagnie des personnes susnommées.
De même interrogé sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. De même sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que lorsque Raimon Maria était crieur d’Albi, son épouse fut malade de l’affection dont elle mourut, il y a un an et demi environ10. Alors que lui, le témoin, passait devant la maison de ce Raimon Maria où ladite épouse était malade, il entra dans cette maison où la malade était alitée et il y trouva Bernat Barrau, barbier, Pèire Pinlaire, alors sergent de la curie du seigneur roi d’Albi, Uga de Rodez, couturière, une nièce de Raimon Maria, fille de Bernat Barrau, boucher, et deux hérétiques. Toutes ces personnes, tant lui-même, le témoin, que les autres personnes susnommées, adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétique, et la malade adora lesdits hérétiques comme elle put. Ensuite, elle demanda à être reçu dans leur foi et secte, espérant et voulant être sauvée par eux. Absoute ou déliée <des liens du mariage> par ledit Raimon Maria pour se donner aux hérétiques, elle plaça ses mains entre les mains d’un desdits hérétiques, et ils la reçurent à la manière hérétique et l’hérétiquèrent selon le rite et l’usage des hérétiques, après avoir posé un livre sur la malade et énoncé au-dessus d’elle des paroles que lui, témoin qui dépose, ne comprit pas au prétexte qu’il est laïc. Après la susdite hérétication, toutes et chacune des personnes susdites, ainsi que lui, le témoin, adorèrent de nouveau lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques.
De même interrogé si elle légua ou donna quelque chose auxdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore. Interrogé de même sur ce que firent lesdits hérétiques, il dit qu’ils restèrent en ce lieu, en compagnie des personnes susnommées. Interrogé de même sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, la même année, le 14 des calendes d’avril11, le témoin, placé en présence du révérend père, seigneur , évêque d’Albi par la grâce de Dieu, de frère Jean Galand, inquisiteur, à Albi, à l’ancien palais épiscopal, a dit et a reconnu vrai tout ce qu’il a confessé et qui lui a été lu et énoncé en langue vulgaire, en présence des témoins suivants : frère Guilhèm de Montclar, prieur de Prêcheurs d’Albi, frère Guilhèm de Pierrelatte, lecteur du même couvent, frère Jacme Olivier, adjoint dudit inquisiteur, maître Raimon de Malviès, notaire de l’inquisition, et de moi, Joan de Rocoles.

LIRE LA SUITE

_________________________

113 février 1286.

2Vers 1284.

3Vers 1282.

4Vers le 25 décembre 1285.

5Vers le 25 mars 1285.

6Poulailler en occitan.

7C’est-à-dire le 14 février.

8Vers 1284.

9Vers 1281 ou 1282.

10Vers 1284.

11C’est-à-dire le19 mars 1286.

Les commentaires sont fermés