DÉPOSITION DE RAIMON FUMET, D’ALBI

RAIMON FUMET, D’ALBI

En l’an du Seigneur 1286, le 5 des nones de mars1, maître Raimon Fumet, d’Albi, juriste, cité par Joan Carratier, messager de la curie du seigneur évêque d’Albi, sur le mandat de frère Jean Galand, inquisiteur de l’hérésie, devant les susdits, le vénérable père, seigneur, évêque d’Albi par la grâce de Dieu, et le frère Jean Galand, inquisiteur de la dépravation hérétique dans le royaume de France, par nomination de l’autorité apostolique, le susdit maître Raimon, par devant de ces personnes, dans le palais épiscopal, a juré et a été requis de dire la vérité en matière d’hérésie, tant sur lui-même que sur les autres, vivants et morts, comme témoin. Par grâce, il lui ont dit de méditer sur les faits d’hérésie pendant toute la journée et la nuit suivante, et que le matin, il devra confesser tout ce qu’il avait commis en matière d’hérésie dans l’espoir de la grâce promise – à savoir que s’il se confessait pleinement en matière d’hérésie, il ne perdra pas ses biens et ne recevra pas de pénitence ignominieuse, en revanche s’il omettait quelque chose sciemment, il n’aura pas ce qui lui a été promis – et qu’il n’encourrait pas le parjure s’il se confesse le matin puisque le serment qu’il a prêté est suspendu. C’est ainsi qu’il a été retenu <prisonnier>.

Le matin, amené de sa prison dans la salle <d’audience> du seigneur évêque, par devant le seigneur évêque et l’inquisiteur susdit, dit et confesse, après avoir juré, que huit ans environ se sont écoulés2 depuis que Vidal Vinhals, d’Albi, l’incita, lui, le témoin, dans le potager du susdit Vidal, à aimer les hérétiques et à les voir, en lui promettant qu’il en retirerait un grand bien et beaucoup d’argent. Un jour, à cette époque dont il dit ne plus se souvenir, il vit les hérétiques dans la maison dudit Vidal Vinhals, avec ce dernier, et là, tous les deux les adorèrent, en fléchissant trois fois les genoux devant les hérétiques et en disant « Bénis­sez » à chaque fois, à l’arrivée, et trois fois pareillement au départ, et ils écoutèrent alors les enseignements des hérétiques.
Interrogé sur les noms desdits hérétiques, il dit que l’un se prénommait Pèire et l’autre Raimon, mais en ce qui concerne leurs noms, il dit ne plus s’en souvenir à présent.

De même, il dit que quinze jours après environ, ledit Vidal vint chez lui, le témoin, l’amena à sa maison et vit ces mêmes hérétiques dans la maison du susdit Vinhals en compagnie de ce Vidal, de son fils bâtard, et de Pons Nicolau, peaussier. Toutes et chacune de ces personnes écoutèrent les enseignements des hérétiques et les adorèrent, à l’arrivée et au départ, à la manière hérétique, comme il a été dit.
Interrogé sur l’époque, il dit comme au-dessus. Interrogés sur l’heure, il dit vers la tombée de la nuit.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ3, Raimon Fumet, son père, était malade de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals amena les susdits hérétiques à la maison du susdit malade. Ledit malade leur demanda à être reçu dans leur secte, croyant et espé­rant être sauvé par eux. Alors, l’un des susdits hérétiques prit les mains jointes du malade entre les siennes et ils hérétiquèrent et reçurent ce malade dans leur secte, en posant un livre sur la tête dudit malade, en disant des paroles au-dessus de lui, dont il ne se souvient plus à présent, et en faisant leurs génuflexions. Ceux qui y assistèrent sont : le témoin, Vidal Vinhals et Joan de Castanet. Toutes et chacune de ces personnes adorèrent lesdits hérétiques, à l’arrivée et au départ, à la manière hérétique, comme il a été dit, et le malade adora comme il put. Ledit malade ordonna à Vidal Vinhals de remettre auxdits hérétiques 50 sols tournois.
Interrogé sur l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Interrogé sur l’heure, il dit que c’était de nuit. Sur le jour, il dit se qu’il ne s’en souvient plus.
Le susdit Vidal Vinhals ramena lesdits hérétiques à sa maison, à ce qu’il croit, c’est-à-dire concernant leur reconduite.

De même, il dit qu’il y aura environ trois ans vers la prochaine fête de Pâques4, Pèire Aimeric, d’Albi, fut malade de l’affection dont il se rétablit, dans la maison de ce Pèire. Alors, Vidal Vinhals lui dit, au témoin, que ledit Pèire Aimeric devait être hérétiqué. Il amena le témoin à la maison de ce Pèire et entrèrent chez le malade. Les susdits hérétiques hérétiquérent et reçurent dans leur secte le malade, qui le demandait et le voulait, à la manière hérétique, comme il a été dit dans la déposition du témoin concernant le père du témoin. Ceux qui furent présents sont : lui, le témoin, et Vidal Vinhals, qui amenèrent et ramenèrent lesdits hérétiques, Joan de Castanet, Pons Nicolau, deux autres personnes dont il ne se souvient plus à présent et frère Raimon Cogorla qui vint avec eux jusqu’à la porte de ladite maison, mais il ne se souvient plus très bien s’il assista à l’hérétication. Toutes et chacune de ces personnes, excepté Raimon Cogorla du fait qu’il ne s’en souvient plus, adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux et en disant « Bénissez », à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ, et le malade adora lesdits hérétiques comme il put.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il dit qu’il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a quatre ans environ5, il rendit visite une fois auxdits hérétiques dans la maison de Pons Nicolau. Ceux qui y furent présents sont : le témoin, Pons Nicolau et Vidal Vinhals, qui amenèrent lui, le témoin, et Joan de Castanet. Ils écoutèrent les enseignements des hérétiques et tous adorèrent lesdits hérétiques, ainsi que le témoin, en fléchissant trois fois les genoux à la manière hérétique, comme il a été dit, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il dit ne plus s’en souvenir. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que la même année6, quelques jours après ce qui a été dit, lui, le témoin, Pons Nicolau, Vidal Vinhals et Joan de Castanet se réunirent dans la maison de ce Joan de Castanet avec les susdits hérétiques, et ils burent là ensemble. Après avoir entendu les enseignements des hérétiques, le témoin ainsi que toutes et chacune des autres personnes adorèrent lesdits hérétiques, à la manière hérétique, comme il a été dit, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus, et sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que quatre ans se sont écoulés7 depuis qu’une nuit, Vidal Vinhals lui dit de venir à la maison de son père, celle du témoin, et de venir avec les hérétiques. Il se rendit alors à la maison de son père en amenant lesdits hérétiques. Ceux qui y furent présents sont : lui, le témoin, le père du témoin, Vidal Vinhals et Joan de Castanet. Toutes ces personnes soupèrent ensemble avec lesdits hérétiques, mangeant du pain bénit par eux. Toutes et chacune de ces personnes adorèrent lesdits hérétiques, comme il a été dit, à l’arrivée.
Interrogé si lesdits hérétiques dormirent en ce lieu cette nuit-là, il dit que oui. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit comme au-dessus.

De même, il dit qu’une nuit, dont il dit ne plus se souvenir, il y a moins de cinq ans environ8, le témoin vit les susdits hérétiques dans la maison de Vidal Vinhals qui l’amena pour cela. Ceux qui y furent présents sont : Joan de Castanet, Pèire Aimeric, Raimon Durant, peaussier, Raimon Borseza, marchand d’Albi, et Raimon, fils naturel de Vidal Vinhals qui était là avec eux. Là, ces per­sonnes écoutèrent les paroles et enseignements des hérétiques. Lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des autres personnes adorèrent là lesdits hérétiques, à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ, comme il a été dit. Les hérétiques restèrent dans la maison dudit Vidal Vinhals.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a moins de cinq ans9, se réunirent dans la maison de Pons Nicolau, lui, le témoin, Joan de Castanet, Pèire Aimeric, Vidal Vinhals, Raimon, son fils, Raimon Durant, peaussier, Raimon Borseza, marchand, ce Pons Nicolau qui était souffrant. Lesdits hérétiques arriverent et ce Pons fut hérétiqué par ces hérétiques, selon le rite qui a été rapporté au-dessus dans la déposition concernant l’hérétication du père du témoin. Ceux qui y assistèrent sont : lui, le témoin , ainsi que toutes et chacune des autres personnes susnommées. Ils adorèrent lesdits héré­tiques, selon l’usage qui a été dit au-dessus, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a bien six ans environ10, Vidal Vinhals dit au témoin : « Allons à la maison de Joan de Castanet, nous y trouverons les bons hommes », sous-entendant les hérétiques. Ils s’y rendirent tous deux et alors Pèire Aimeric et son neveu, un jeune, brun, qui demeurait alors avec lui11, vinrent aussi. Ils y trouvèrent Joan de Castanet. Ledit Joan de Castanet et Vidal Vinhals allèrent chercher les hérétiques à la maison de Pons Nicolau. Ils les y trouvèrent mais les hérétiques ne voulurent point venir, à ce qu’ils dirent au témoin. Mais toutes les personnes susdites attendirent <quand même> ces hérétiques parce qu’ils voulaient les voir.
Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que les susdits hérétiques vinrent à la maison de frère Raimon Cogorla, en compagnie de Vidal Vinhals, Raimon, son fils <naturel, et le témoin>. Ces derniers écoutèrent leurs enseignements et prédications. Toutes et chacune des personnes susdites, ainsi que lui, le témoin, les adorèrent selon le rite des hérétiques, comme il a été dit, à leur arrivé et départ.
Interrogé sur l’époque, il dit que c’était il y a six ans environ12, à ce qu’il lui semble. Sur le lieu, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a moins de six ans13, Bec Fumet adora lesdits hérétiques dans sa cave ou cellier, à savoir dans celui de ce Bec, près d’une grande jarre. Il y avaient seulement le témoin et Vidal Vinhals. C’est ce Vidal qui amena, depuis sa maison, les héré­tiques à la maison de ce Bec.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’une autre fois, trois ou quatre mois après, ce Bec Fumet adora lesdits hérétiques, à la manière hérétique, dans la maison de Vidal Vinhals en sa présence , celle du témoin.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que plus de huit ans environ se sont écoulés14 depuis que Mauri Guinho, d’Albi, fut malade dans la maison du défunt Pèire Colom, dans le bourg neuf d’Albi, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals, à la requête dudit malade, amena les susdits hérétiques chez le malade, et à la demande de ce malade, les hérétiques le reçurent dans leur secte, à la manière hérétique, comme il a été dit dans la déposition concernant l’hérétication du père du témoin. Ceux qui furent présents sont : lui, le témoin, Joan de Castanet, un bouvier, dont il dit ignorer le nom, qui demeurait alors avec ledit Mauri, une autre personne qui s’appelle Bartolomieu Paul, Arnal Delport et Vidal Vinhals qui, l’hérétication finie, ramena lesdits hérétiques. Là, tant le témoin que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent les susdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux, à l’arrivée et au départ des hérétiques, et le malade adora lesdits hérétiques comme il put.
Interrogé si ledit malade légua quelques chose auxdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit qu’il faisait nuit.

De même, il dit que plus de huit ans se sont écoulés15 depuis que Combelas, qui était hôtelier et demeurait devant le logis d’Aimeric de Foissens, fut malade de l’affection dont il mourut et il fut hérétiqué par lesdits hérétiques. Joan de Castanet y assista, d’après ce qu’il entendit dire par Vidal Vinhals.

De même, la même année, le 3 des nones de mars16, le témoin amené depuis sa prison à la salle <d’audience> du susdit seigneur évêque, dit et confesse spontanément, devant les susdits seigneur évêque et inquisiteur, qu’il entendit Vidal Vinhals dire, dans l’atelier de ce Vidal, que Pèire Dionis et Guilhèm Peirrier, étaient les amis desdits hérétiques.

De même, il dit qu’il y a moins de quatre ans environ17, Pèirona Viguièr, jadis épouse de Raimon Viguièr, fut malade de l’affection dont elle mourut. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques à la maison où ladite malade était alitée. Les susdits hérétiques hérétiquérent la susdite malade, à sa demande et volonté, et la reçurent dans leur secte à la manière hérétique, comme il a été dit dans la déposition concernant l’hérétication de son père, celui du témoin. Ceux qui y assistèrent sont : lui-même, le témoin, Pèire Viguièr, fils de ladite hérétiquée, Bernat Blanc, de Sainte-Croix, laboureur, et le susdit Vidal Vinhals qui amena les hérétiques. Lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ des hérétiques.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a huit ans environ18, Bernat Tabusta fut malade, dans sa maison à Albi, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals y amena lesdits hérétiques qui hérétiquérent ce malade, à sa demande et volonté, et le reçurent dans leur secte, à la manière hérétique, comme il a été dit dans la déposition concernant l’hérétication de son père, celui du témoin. Ceux qui furent présents sont : le témoin, Joan de Castanet et le fils dudit hérétiqué, dont il ignore le nom. C’est Vidal Vinhals qui ramena les hérétiques. Là, lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux, à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ.
Interrogé si ledit malade donna ou légua quelque chose auxdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a huit ans environ19, Teric, revendeur d’huile, de sel et de produits de même genre, dont l’épouse avait été boulangère, et qui demeurait près du puits d’En Grezas, fut malade dans sa maison à Albi, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques depuis sa maison, de nuit, chez ce malade qui se donna à eux. Ils l’hérétiquèrent à sa demande et le reçurent dans leur secte, à la manière hérétique qui a été dite dans la déposition concernant l’hérétication de son père, celui du témoin. Ceux qui furent présents sont : le témoin, Joan de Castanet, un neveu dudit hérétiqué qui s’appelle, à ce qu’il lui semble, Estève de Cestayrols et le susdit Vidal Vinhals qui ramena lesdits hérétiques. Tant le témoin que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux, à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ.
Interrogé si ledit malade donna ou légua quelque chose auxdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore mais ce malade donna à Vidal Vinhals un anneau d’or orné d’une bien belle émeraude. Interrogé sur l’époque, le lieu, les personnes et l’heure, il dit comme au-dessus.

De même, il dit qu’il y a six ans environ20, l’épouse défunte de Raimon Borseza, son mari, et sœur de Guilhèm Peirrier, fut malade, dans la maison dudit Raimon, son mari, à Albi, de l’affection dont elle mourut. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques depuis sa maison chez ladite malade qui, à sa demande et volonté, l’hérétiquérent et la reçurent dans leurs secte, à la manière hérétique qui a été dite plus haut. Ceux qui furent présents sont : le témoin, Joan de Castanet et Vidal Vinhals qui, l’hérétication finie, ramena les hérétiques. Tant le témoin que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux, à l’arrivée et au départ, à la manière hérétique.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a deux ans environ21, l’épouse de Vidal Col, autrement dénommé Vidal Delboc, qui avait été auparavant l’épouse de Bartolomieu Talhafer, fut malade à Albi, de l’affection dont elle mourut. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques chez elle afin qu’ils l’hérétiquent, mais ils ne l’hérétiquérent pas, par peur d’une clameur qui s’éleva dans la rue et du désordre qui y régnait. Ceux qui étaient présents sont : le témoin, Vidal Col, Isarn Col, son oncle, Guiral Col, neveu dudit Isarn, Joan de Castanet et Vidal Vinhals qui ramena lesdits hérétiques. Lui, le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent trois fois lesdits hérétiques, à la manière hérétique, à l’arrivée, mais au départ il ne purent le faire parce que le désordre fit déguerpir les hérétiques par l’entrée privée de la maison.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a deux ans environ22, l’épouse de Raimon de Raho, marchand, fut malade dans sa maison. Les susdits hérétiques s’y rendirent pour l’hérétiquer, mais ils ne purent le faire parce que cette malade mourut avant. Ceux qui furent présents sont : le témoin et Vidal Vinhals qui amenèrent les hérétiques, le susdit Raimon de Raho, Bernat Ariel et deux personnes d’Aussac, dont il ne se souvient plus à présent de leurs noms. Il ne firent pas alors l’adoration parce qu’ils repartirent aussitôt en raison de l’arrivée de personnes qui venaient parce que la susdite femme était morte.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a deux ans environ23, Pèire País fut malade à Albi, dans sa maison, de l’affection dont il se rétablit. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques voir ledit malade. Ceux qui furent présents sont : le témoin, Vidal Vinhals, Joan Gorgal, gendre dudit Pèire País et Guilhèm ou Pèire Estève, qui est d’Aussac ou de Rouffiac. Le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques trois fois à l’arrivée, à la manière hérétique, et le malade adora comme il put. Mais au départ, ils ne purent le faire à cause de l’esclandre d’une femme qui arriva parce qu’elle croyait que ledit malade faisait alors un testament contraire à son intérêt.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ24, Raimon En Gilbert fut malade de l’affection dont il se rétablit. Alors Vidal Vinhals lui dit, au témoin, que ledit malade avait demandé les hérétiques et qu’il se chargeait de les faire venir là-bas. Mais comme les hérétiques apprirent qu’il y avait du désordre, ils ne s’y rendirent pas. C’est la sœur dudit malade, Alasaís Mestra, qui rapporta à Vidal Vinhals, en présence du témoin, qu’il y a avait là du désordre et qu’ils ne pouvaient pas faire maintenant ce qu’il savait.

De même, il dit qu’il y a deux ans environ25, Durant Peirrier, aubergiste, fut malade à Albi, dans sa maison, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals lui rendit visite et le malade lui dit qu’il voulait bien voir les hérétiques, d’après ce que ledit Vidal Vinhals dit à lui, le témoin, mais il ne le fit pas parce que l’arrivée impromptue de certaines personnes l’empêcha.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ26, Pèirolet Pairolièr fut malade, dans sa maison, de l’affection dont il mourut. Les susdits hérétiques l’hérétiquèrent et le reçurent dans leur secte, à la manière hérétique qui a été dite plus haut. Ceux qui y furent présents sont : lui, le témoin, le fils dudit malade, le fils de Bernat Pairolièr, neveu dudit malade défunt, Joan de Castanet et deux messagers dudit Pèirolet Pairolièr, dont il dit ne plus se souvenir des noms, Pèire Raffi, qui fabrique des sabots, un cordonnier brun, jeune, portant une queue de cheval, qui demeurait alors dans un atelier en face de la porte de Pons Uc, et Vidal Vinhals qui amena lesdits hérétiques et les ramena. Le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Concernant l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a cinq ans environ27, le père de Raimon Calvairac, fut malade dans sa maison, à Albi, de la maladie dont il se rétablit. Les susdits hérétiques, que ledit Vidal avait amenés là, lui rendirent visite. Ceux qui furent présents sont : lui-même, le témoin, ledit Vidal, Raimon Espèr, Pèire Daissa, savetier, qui demeurait à côté de la porte du Vigan, et deux étrangers qui faisaient des cercles de tonneaux, dont il dit ne plus se souvenir de leurs noms. Lui, le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, à la manière hérétique, à l’arrivée. Mais en ce qui concerne le retour, il ne se souvient plus s’ils adorèrent. Il ne se souvient pas de l’empêche­ment à cause duquel ledit malade ne fut pas hérétiqué.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, la même année, le 2 des nones de mars28, le témoin, amené de prison à la salle <d’audience> du susdit seigneur évêque, dit et confesse spontanément, devant les susdits évêque et inquisiteur, qu’il y a trois ans environ29, Arnal Uc fut malade à Albi, dans sa maison, de l’affection dont il mourut. Le malade envoya chercher le témoin et lui dit de faire venir chez lui lesdits hérétiques. Le témoin le rapporta à Vidal Vinhals. Ce Vidal amena lesdits hérétiques à la maison dudit malade, mais alors que les hérétiques allaient l’hérétiquer, ils en furent empêchés à cause de la présence du seigneur Isarn Sellier, maintenant prieur de Saint-Affric, parce qu’ils craignaient qu’il les voit. Il y avait là réunis : le témoin, ledit Vidal, Guilhèm Uc, frère dudit malade, et Bernat Amat. Ces personnes virent lesdits hérétiques dans la chambre dudit malade, mais il ignore si lesdits Guilhèm Uc et Bernat Amat étaient au courant de l’objectif ou s’ils connaissaient lesdits hérétiques.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ30, Uc Gros, qui est autrement dénommé Uc de Jussens, fut malade à Albi, dans la maison où il demeurait, de l’affection dont il se rétablit. Il envoya chercher le témoin et lui demanda de lui amener les hérétiques. Le témoin dit à Vidal Vinhals que ledit malade voulait les hérétiques et il lui demanda de les amener chez ce malade. Ledit Vidal eut alors quelques craintes, le témoin lui répondit : « N’ayez pas peur, moi, je vous précéderai, je constaterai si c’est prêt et vous ferai chercher ». Ce qu’il fit. Ledit Vidal amena lesdits hérétiques auprès dudit malade. Ceux qui furent présents sont : le témoin, ledit Vidal et un écuyer qui était dans l’armée du roi avec le malade contre les catalans31. Le témoin et les autres personnes susdites adorèrent les hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux à la manière hérétique, à l’arrivée, et le malade adora comme il put.
Interrogé pour savoir si le témoin avait parlé des hérétiques à d’autres reprises avec ledit malade, il dit que oui, plusieurs fois. Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a cinq ans environ32, Pèire de Monhac, mar­chand, fut malade à Albi, dans la maison où il demeurait, de l’affection dont il mourut. Un jour, Vidal Vinhals dit au témoin que ledit malade voulait être hérétiqué et l’invitait à se rendre chez ce malade. Alors, ledit Vidal amena les hérétiques sur les prières dudit malade et ces derniers l’hérétiquèrent et le reçurent dans leur secte, à la manière hérétique qui a été dite plus haut, sur la requête de ce malade. Ceux qui y assistèrent sont : lui, le témoin, ledit Vidal Vinhals et la mère dudit malade. Lui, le témoin ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon le rite hérétique, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ33, Pèire Teulier, d’Albi, fut malade à Albi, dans la maison où il demeurait, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals dit au témoin que ledit malade avait demandé les hérétiques et ils entrèrent tous deux dans le logis dudit malade et Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques auprès dudit malade. Ceux qui y assistèrent sont : lui, le témoin, ledit Vidal et une autre personne, dont il ignore le nom, qui accompagnait ledit Vidal. Alors le témoin et les autres personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, à l’arrivée et au départ, et ce malade adora comme il put. Ledit malade ne fut pas alors hérétiqué, d’après ce que dit le témoin, mais ensuite il entendit Vidal Vinhals dire que ledit malade avait été hérétiqué avant qu’il meure, et que ceux qui y assistèrent étaient ce Vidal, Durant Teulier, fils dudit malade, Guilhèm, frère de l’épouse dudit Durant, qui était de Cestayrols, et plusieurs autres personnes dont il ne se souvient plus. Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes présentes auxdites entrevue et adoration, quand lui, le témoin, était présent, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, la même année, les nones de mars34, le témoin, amené de prison à la salle <d’audience> du susdit seigneur évêque, dit et confesse spontanément, devant les mêmes seigneur évêque et inquisiteur, qu’il y a quatre ans environ35, il demanda à Vidal Vinhals d’amener les hérétiques à sa maison, celle du témoin. Ce qu’il fit. Ils soupèrent et dormirent là cette nuit-là. Ceux qui furent présents sont : le témoin, ledit Vidal, ainsi que Jacme et Berenguièr, frères du témoin. Le témoin et toutes les personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux, à l’arrivée. Tous mangèrent aussi le pain bénit par ces hérétiques et tous entendirent là les paroles et enseignements des hérétiques. Le lendemain matin, dès l’aurore, ledit Vidal revint et repartit à sa maison avec lesdits hérétiques.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’une autre fois, il y a moins de trois ans36, il demanda à Vidal Vinhals d’amener les susdits hérétiques à sa maison, celle du témoin. Ce qu’il fit. Comme c’était le jour de jeûne desdits hérétiques, ils ne mangèrent pas mais burent de l’eau et ils dormirent là. Ceux qui furent présents sont : lui-même, le témoin, Jacme et Berenguièr, ses frères, et Vidal Vinhals. Toutes et chacune de ces personnes écoutèrent les enseignements et prédications des hérétiques, et les adorèrent en fléchissant trois fois les genoux à l’arrivée. Le lendemain, alors que ledit Vidal Vinhals allait les ramener à sa maison, ledit Jacme leur dit, avec son consentement à lui, le témoin et celui de Berenguièr, ses frères, ainsi que de Vidal, qu’il désirait que Joan de Toulouse, son beau-frère, et Berenguièr Asemar les voient. L’un des hérétiques lui répondit qu’il ne le lui promettait en aucune façon. Au contraire, il dit à Vidal Vinhals de les ramener là où il savait. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, le témoin dit qu’une autre fois, il y a trois ans environ37, il demanda à Vidal Vinhals d’amener lesdits hérétiques à sa maison, celle du témoin. Il lui répondit que l’hérétique le plus ancien avait dit qu’il ne viendrait en aucune façon parce qu’il craignait le désordre qu’il avait entendu dans sa maison, celle du témoin, quand il était venu frapper à la porte de sa maison pour puiser l’eau du puits. Mais quatre jours après environ, le témoin, ledit Vidal, Uc Galinier, chanoine de Saint-Salvi, le défunt Pèire Talhafer, fils de Bernat Talhafer, qui avait eu pour épouse la fille d’Uc Donadieu, se rendirent ensemble à la maison dudit Vidal Vinhals où ils trouvèrent les susdits hérétiques. Lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ, excepté ledit Uc Galinier qui les salua seulement, mais il vit les autres adorer. Ledit Uc interrogea les hérétiques au sujet d’Isarn Galinier, son père, qui était fugitif pour hérésie pour savoir s’ils le connaissaient. Ils lui répondirent : « Sapiatz mot foguèt prudòm e bon òm »38.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.
Le témoin dit aussi qu’il entendit Vidal Vinhals dire que ledit Uc Galinier avait adoré les hérétiques à un autre moment.

De même, il dit que quinze jours après ce qui vient d’être dit, ledit Vidal Vinhals lui dit de venir dans sa maison, celle de ce Vidal, pour rendre visite aux hérétiques. Ce qu’ils firent. Raimon Molinièr et deux voisins dudit Vidal, dont il ne se souvient plus des noms, s’y rendirent avec eux. Vidal Vinhals dit que maître Isarn Ratier devait venir là, mais il ne vint pas. Lui, le témoin, et les autres personnes y virent les hérétiques mais ils ne les adorèrent pas, à ce qu’il dit, au contraire, ils repartirent alors, laissant là lesdits hérétiques. Il entendit Vidal Vinhals dire que maître Isarn ne venait pas parce qu’il était pris par ses affaires, mais qu’il viendra bien à un autre moment.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit que la même année, trois semaines après environ, lui, le témoin, Vidal Vinhals et maître Isarn Ratier étaient ensemble dans l’officine de Vidal Vinhals. Alors, lui, le témoin, dit à maître Isarn : « N’ayez pas peur de moi, je sais garder un secret ». et maître Isarn répondit au témoin : « Jurez de garder le secret ». Ce qu’il fit. Alors comme c’était jour de jeûne, à ce qu’il lui semble, ils achetèrent tous deux des poissons et ils allèrent ensuite se promener dehors. Ce soir-là, tandis qu’ils se trouvaient sur la place, ledit maître Isarn dit au témoin : « Allons dans ma maison ». <S’y rendirent aussi> Bernat Astruc, l’aîné, Bernat Talhafer, Pèire, son frère, Bernat Casas et d’autres personnes dont il dit ne plus se souvenir à présent, ainsi que Vidal Vinhals qui amena lesdits hérétiques. Lui, le témoin, et toutes et chacune des autres personnes susnommées écoutèrent les enseignements desdits hérétiques et les adorèrent en fléchissant trois fois les genoux, à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur le lieu, l’époque, les personnes et l’heure, il dit comme au-dessus.

De même, la même année, le 8 des ides de mars39, le témoin, amené de prison à la salle <d’audience> du seigneur évêque, dit et confesse spontanément, devant les susdits seigneur évêque et inquisiteur, qu’il y a quatre ans environ40, Rixenda, jadis épouse de Guilhèm Uc, marchand d’Albi, envoya chercher Vidal Vinhals et lui fit jurer de garder secret ce qu’elle lui dirait. Après qu’il ait juré, elle dit à ce Vidal qu’elle avait convenu avec son mari, avant qu’il meure, qu’elle avait certains secrets à dire aux bons hommes, sous-entendant les hérétiques, et comme elle avait entendu que ce Vidal pouvait les lui montrer, elle lui demanda de le faire. Ledit Vidal lui répondit que ces bons hommes, sous-entendant les hérétiques, voulaient difficilement s’entremettre avec les femmes. Ladite Rixenda répondit à cela qu’elle ferait en sorte, pour rassurer lesdits hérétiques, que Raimon Augier et les frères Berenguièr et Guilhèm Brosa soient présents à ce moment là et jurent, sur les saints évangiles de Dieu, de garder le secret. Alors, ledit Vidal dit à cette Rixenda qu’il voulait que le témoin qui dépose y soit présent, parce qu’il était juriste et saurait mieux recevoir le serment du secret. Ce que ladite Rixenda accepta. Tout cela est d’après ce que ledit Vidal dit au témoin. Finalement, deux ou trois jours après, lui, témoin qui dépose, Raimon Augier, et les frères Berenguièr et Guilhèm Brosa se réunirent dans l’officine dudit Berenguièr Brosa pour parler de l’affaire ci-dessus, et ils convinrent de se rendre à la maison de ladite Rixenda lorsqu’il ferait nuit. <À l’heure convenue>, ils se rendirent à cette maison par des chemins différents : ledit Raimon Augier avec ledit Guilhèm Brosa et le témoin avec le susdit Berenguièr Brosa. Vidal Vinhals se rendit alors à cette maison. Après avoir prêté entre eux, avec cette femme, le serment de garder le secret, ledit Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques à ladite maison. Toutes les personnes susdites, exceptée ladite femme, entrèrent là où se trouvaient lesdits hérétiques, et ils persuadèrent lesdits héré­tiques d’accepter que ladite femme entre auprès d’eux. Ayant accepté, cette femme entra dans le lieu où se trouvaient ces hérétiques et toutes les autres personnes susdites. Cette femme ainsi que toutes et chacune des autres personnes susdites écoutèrent les enseignements et prédications des hérétiques et les adorèrent en fléchissant trois fois les genoux, en disant « Bénis­sez », à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ. Alors, ils s’en allèrent tous séparément, excepté ledit Guilhèm Brosa qui resta là avec lesdits hérétiques.
Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.
Il dit aussi qu’il entendit ledit Vidal dire que lesdits hérétiques étaient restés une journée et deux nuits dans la maison de ladite Rixenda.

De même, il dit que dix jours environ après les faits susdits, Vidal Vinhals lui dit qu’Uc Donadieu, d’Albi, voulait voir les hérétiques selon ce que lui avait dit ce Uc Galinier, chanoine de Saint-Salvi d’Albi. La nuit de ce jour-là, alors que lui, le témoin, était dans la maison dudit Vidal en compagnie dudit Vidal et des hérétiques, Uc Donadieu et Bernat, son fils, arrivèrent. Ils écoutèrent les enseignements des hérétiques et les adorèrent, en fléchissant trois fois les genoux à la manière hérétique, à l’arrivée et au départ. Ledit Uc Donadieu parla en secret avec un desdits hérétiques. Ensuite, ils s’en allèrent, laissant lesdits hérétiques dans ledit lieu.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, il dit qu’il y a trois ans environ41, Vidal Vinhals lui dit que Joan Marti, juriste, et Pèire Marti, frères, d’Albi, étaient venus à la maison de ce Vidal, qu’ils avaient vu là les hérétiques et qu’ils les avaient adorés, à la manière hérétique, avec ce Vidal.

De même, la même année, le 7 des ides de mars42, le témoin amené de prison à la salle <d’audience> du susdit seigneur évêque, dit et confesse spontanément, devant les susdits seigneur évêque et Inquisiteur, qu’il y a cinq ans environs43, Bec Fumet fut malade à Albi, dans sa maison, de l’affection dont il mourut. Vidal Vinhals amena lesdits hérétiques chez le malade et, selon sa volonté et à sa requête, ils l’hérétiquèrent et le reçurent dans leurs secte, à la manière hérétique qui a été dite plus haut. Ceux qui furent présents sont : lui, le témoin, Bernat Chatmar, juriste, Raimonda et India, sœurs, filles dudit Bec, et Vidal Vinhals. Tant lui-même, le témoin, que toutes et chacune des personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques, à la manière hérétique, comme il a été dit, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur le lieu, l’époque et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit. Interrogé pour savoir si ledit malade légua ou donna quelque chose auxdits hérétiques, il dit l’ignorer.

De même, il dit que huit bonnes années se sont écoulées44 depuis que Nana Brosa, jadis épouse d’Asemar Brosa, père de Berenguièr Brosa, fut malade de l’affection dont elle mourut, et elle fut hérétiquée par lesdits hérétiques. Ceux qui furent présents sont : Vidal et d’autres personnes dont il ne se souvient plus. Tout cela lui a été rapporté par Vidal Vinhals parce que lui, le témoin, n’était pas présent.

De même, il dit qu’il y a sept ou huit ans45, Nana Bouis, jadis épouse de Pèire Bouis, fut malade dans sa maison de l’affection dont elle mourut. Vidal Vinhals y amena lesdits hérétiques qui, à la requête de la malade, l’hérétiquèrent et la reçurent dans leur secte, à la manière hérétique qui a été décrite plus haut. Ceux qui furent présents sont : le témoin, ledit Vidal, Berenguièr Brosa et Asemar Brosa, frères, Bernat Brosa, cousin desdits frères, Arsenda, sœur de ladite malade, et d’autres personnes dont il dit ne plus se souvenir à présent. Là, lui, le témoin, ainsi que toutes et chacune des autres personnes susdites adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux selon le rite des hérétiques, à l’arrivée et au départ.
Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, interrogé pour savoir depuis combien de temps le témoin croit que les hérétiques étaient des bons hommes et depuis quand il commença à avoir foi en eux, il dit qu’il y a huit ans et plus46.
De même interrogé pour savoir jusqu’à quand il demeura dans leur croyance, il dit jusqu’à la condamnation de Vidal Vinhals faite par les inquisiteurs et pas au-delà.
De même, interrogé pourquoi il n’était pas venu se confesser pendant le temps de grâce annoncé par le seigneur évêque et les inquisiteurs lors du sermon public à Albi, il dit que comme la grâce n’avait pas été promise à ceux qui étaient dénoncés par les témoins, et il croyait avoir été dénoncé par les témoins, il n’était pas venu se confesser, et aussi parce qu’il escomptait se rendre à la curie romaine où il était décidé à se confesser sur l’hérésie et à recevoir la pénitence salutaire.

De même, en l’an du Seigneur 1286, le mardi précédent la fête du bienheureux Gregòri47, le témoin, placé devant ledit seigneur évêque et frère Jean Galand, inquisiteur, à Albi, dans la salle <d’audience> de ce seigneur évêque, a reconnu vrai tout ce qu’il a confessé, et qui lui a été lu et énoncé en vulgaire. Ensuite, il a abjuré toute hérésie et a juré de rester aux ordres de l’Église et des inquisiteurs, ou de leurs remplaçants ou successeurs, et d’accomplir la pénitence que lesdits inquisiteurs lui enjoindront selon leur volonté. C’est ainsi qu’il a été absous par ledit inquisiteur. Témoins : frère Guilhèm de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, frère Joan de Felgos, sous-prieur dudit inquisiteur, seigneur Bernat de Monestié, chanoine de Cahors, et moi Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi et du susdit seigneur évêque d’Albi

De même, en l’an du Seigneur 1286, le 11 des calendes d’avril48, le témoin a juré et, placé devant ledit seigneur évêque et frère Jean Galand, inquisiteur, reconnaît vrai tout ce qu’il a confessé judiciairement, en plusieurs fois, en ce qui concerne le crime d’hérésie, et cela lui a été alors lu et énoncé en vulgaire. Sommé par les susdits seigneur évêque et inquisiteurs de dire librement et en toute sécurité, si tout ou partie de ce qu’il a dit, il l’a fait par amour ou haine, ou par peur de la prison, ou bien incité ou suborné par quelqu’un, il dit que non, mais seulement pour le salut de son âme et par amour de la foi chrétienne.
Il a fait cette déposition à Albi, dans la salle <d’audience> dudit seigneur évêque, devant ce seigneur évêque et inquisiteur susdit, en présence des témoins suivants : seigneur Bernat de Monestiés, chanoine de Cahors, frère Guilhèm de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, frère Joan de Ginestos, prieur des Prêcheurs de Castres, frère Arnal Delgras, adjoint dudit inquisiteur, et moi Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi et du seigneur évêque susdit.

De même, en l’an du Seigneur 1287, le 11 des calendes de mai49, maître Raimon Fumet, placé en justice devant frère Guillaume de Saint-Seine et frère Jean Galand, inquisiteurs de la dépravation hérétique par autorité apostolique, et les personnes susnommées en-dessous, a juré de dire la pleine et entière vérité, tant sur lui-même que sur les autres, vivants et morts. Dans un pièce de l’ancienne cour de l’évêché d’Albi, sorti de la pièce dans laquelle ce maître Raimon est détenu, il a confessé spontanément tous et chacun des faits rapportés au-dessus, et a affirmé qu’ils sont vrais, par son propre serment, et qu’ils ne contiennent aucune fausseté, à ce qu’il croit. Tous les faits susdits lui ont été entièrement lus et il a affirmé qu’il les avait confessé et dit, non par amour ou haine de quelqu’un ou par peur de la prison ou de la torture, ou encore incité ou suborné par quelqu’un à dire ce qu’il a déclaré, mais il a affirmé tous et chacun des faits contenus au-dessus seulement par amour de la foi chrétienne et pour le salut de son âme.
Ce maître Raimon a fait cette déposition et s’est confessé devant les inquisiteurs susdits, en présence des frères Arnal Delgras et Pèire de Lena, de l’ordre des frères Prêcheurs, et de moi Joan de Rocoles etc.

Les susdits inquisiteurs ont concédé, approuvé et ratifié la grâce promise à ce maître Raimon avant qu’il ne se confesse, selon la forme et le mode rapportées au-dessus.

De même, en l’an du Seigneur 1287, le 13 des calendes d’octobre50, ce maître Raimon, placé en présence du révérend père, le seigneur évêque susdit, et les religieuses personnes, frère Jean Galand, inquisiteur de l’hérésie, et frère Bernat Guiral, de l’ordre des Prêcheurs dans la province de Provence, prieur provincial, amené de la pièce où il est détenu, tous et chacun des faits qu’il a confessés ont été entièrement lus et énoncés en vulgaire et il a affirmé qu’ils étaient vrais. Sommé par les personnes susdites de dire si ses déclarations susdites contenaient une quelconque fausseté, il répondit que non, mais qu’ils étaient vrais, à ce qu’il dit.
Il a fait cette déposition à Albi, dans la salle <d’audience> de l’évêché, en présence des personnes suivantes : Bernat de Monestiés, chanoine de Cahors, frère Guilhèm de Monclar, prieur des frères prêcheurs d’Albi, frère Arnal Delgras, adjoint dudit inquisiteur, et moi Joan de Rocoles etc.

De même, le même jour de la même année, placé en présence des personnes susdites, dans ledit lieu, ce maître Raimon veux et reconnaît spontanément que si jamais il ajoutait ou révoquait quoi que se soit dans sa confession, excepté devant le seigneur évêque d’Albi ou inquisiteurs de l’hérésie, ou encore leurs successeurs, il serait totalement indigne de la grâce que les personnes susdites lui ont promise. Il s’oblige, sur ses biens, à faire et à accomplir la pénitence qui lui sera enjointe, proportion­nellement à ce qu’il a confessé sur l’hérésie, si cela est pleinement établi par eux.
Témoins : Ceux qui sont nommées au-dessus et moi Joan de Rocoles, etc.

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1C’est-à-dire le 3 mars 1287.

2Vers 1279.

3Vers 1284.

4Vers le 9 avril 1284.

5Vers 1283.

6Vers 1283.

7Vers 1283.

8Vers 1283.

9Vers 1283.

10Vers 1281.

11Il s’agit de Raimon de Brin.

12Vers 1277.

13Vers 1276.

14Avant 1279.

15Vers 1279.

16C’est-à-dire le 5 mars 1287.

17Avant 1283.

18Vers 1279.

19Vers 1279.

20Vers 1281.

21Vers 1285.

22Ut supra.

23Vers 1285.

24Vers 1284.

25Vers 1285.

26Vers 1284.

27Vers 1282.

28C’est-à-dire le 6 mars 1287.

29Vers 1284.

30Théoriquement vers 1284, mais il faut en fait situer l’époque en 1285. Il ne faut pas oublier que les années étaient décomptées à partir de Pâques et que les années énoncées sont approximatives. Voir ci-dessous.

31Il s’agit de la croisade d’Aragon qui débuta militairement en mai 1285 par la prise et le massacre d’Elne. Le malade était probablement un blessé de guerre et qu’il le fut au tout début des combats.

32Vers 1282.

33Vers 1284.

34C’est-à-dire le 7 mars 1287.

35Vers 1283.

36Vers 1285.

37Vers 1284.

38Réponse transcrite en occitan dans le texte : « Sachez en un mot qu’il fut prud’homme et bon homme ». Autrement dit qu’il s’était fait bon chrétien et qu’il était désormais mort.

39C’est-à-dire le 8 mars 1287.

40Vers 1283.

41Vers 1284.

42C’est-à-dire le 9 mars 1287.

43Vers 1282.

44Vers 1279.

45Vers 1279 – 1280.

46Avant 1279.

47La Saint-Grégoire est le 12 mars, il s’agit donc du 11 mars 1287.

48C’est-à-dire le 22 mars 1287.

49C’est-à-dire le 21 avril 1287.

50C’est-à-dire le 19 septembre 1287.

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