DÉPOSITION DE RAIMON DE BAFFIGNAC

DÉPOSITION DE RAIMON DE BAFFIGNAC

Au nom de Notre Seigneur, amen. En l’an du Seigneur 1285, le 15 des calendes de février1, Raimon de Baffignac, placé en présence du révérend père, seigneur Bernard2, par la grâce de Dieu évêque d’Albi, exerçant en tant que juge ordinaire d’Albi et d’Albigeois, et en tant qu’inquisiteur de la dépravation hérétique dans cette même circonscription, à la place de frère Jean Galand, inquisiteur de l’hérésie par nomination du siège apostolique, a juré de dire la vérité en matière d’hérésie, tant sur soi que sur les autres, vivants et morts, en présence de frère Guilhèm de Monclar, de l’ordre des frères Prêcheurs, prieur du couvent d’Albi, et de frère Guilhèm de Pierrelatte, du même ordre, lecteur du couvent susdit, et aussi en ma présence, Guilhèm de Tresverges, notaire public d’Albi et du susdit seigneur évêque d’Albi, dit et confesse spontanément qu’il y a vingt-neuf ans environ3, il se rendit, un jour dont il ne se souvient plus, entre none et vêpres, à la maison de Bonet Bertran, de Castres. En entrant dans la chambre dudit Bonet, il y trouva deux hérétiques dont il dit ne plus se souvenir à présent de leurs noms, et, sachant qu’il étaient des hérétiques, il ôta sa capuche et les salua, genoux fléchis, en disant « Dieu vous garde, seigneurs ».
Interrogé s’il a fléchi les genoux plus d’une fois devant eux, il dit que non. Interrogé de même s’il leur a dit d’autres paroles que celles qu’il a dites, il dit que non. Interrogé de même sur les noms des personnes qui se trouvaient avec lesdits hérétiques, dans ladite chambre, il dit qu’il y avait seulement ledit Bonet Bertran avec lesdits hérétiques dans ladite chambre. Interrogé s’il a été incité par ledit Bonet Bertran à faire lesdites génuflexions et salutations, il dit que non, mais de lui-même. Interrogé de même si lui, Raimon, avait vu ledit Bonet adorer lesdits hérétiques, il dit que non.

De même, il dit qu’il y a vingt-sept ans environ4, il se rendit, un jour dont il ne se souvient plus, à la nuit tombée, à la maison des frères Raimon Bertran et Guilhèm Bertran, de Castres. Il trouva-là, dans la chambre desdits Raimon et Guilhèm, frères, Aimeric del Collet, alors hérétique, avec un autre hérétique, son compagnon, dont il dit ne pas connaître le nom.
Il dit aussi qu’un jour, lesdits Raimon Bertran, Guilhèm Bertran, frères, Joana, alors épouse de Bertran Bertran, frère des susdits Raimon et Guillaume Bertran, Raimonda, mère des susdits frères, et Amorós de Verdalle, qui amena lesdits hérétiques à la maison dudit Raimon Bertran, étaient avec ledit Aimeric del Collet et son compagnon hérétique, dans ladite chambre de ladite maison, selon ce qu’il entendit dire dans ladite maison, mais il ne sait plus par qui.
Il dit aussi que dès qu’il entra dans ladite chambre dudit Raimon et de son frère, et qu’il vit ledit Aimeric et son compagnon, il les adora, genoux fléchis et capuche ôtée, en s’inclinant devant eux, sachant qu’ils étaient hérétiques. C’est ce que firent également les susdites personnes qui étaient là présentes, à savoir ils adorèrent les susdits hérétiques, genoux fléchis et en s’inclinant devant eux.

De même, la même année, le 13 des calendes de février5, en présence du susdit seigneur évêque et témoins, et aussi de moi, ledit notaire des susdites personnes, ledit Raimon dit et confesse qu’il y a vingt-six ans environ6, il se rendit un jour, avec Isarn Salomon, de Castres, requis par ledit Isarn, à un lieu-dit près de Castres appelé Lagrifoul7 où demeurait Pèire Grelièra. Ils trouvèrent là, à savoir dans la maison dudit Pèire Grelièra, Raimon Galtier et Raimon de Carmaux, hérétiques, qui étaient à table et qui mangeaient du pain et du miel. C’était l’heure de none environ. Il y avait avec lesdits hérétiques, ledit Pèire Grelièra, qui également à la même table avec lesdits hérétiques.
Il dit aussi que dès que lui, Raimon, et ledit Isarn Salomon virent lesdits hérétiques, ledit Isarn Salomon adora lesdits hérétiques, genoux fléchis et capuche ôtée. Ensuite, lui-même et le susdit Isarn se mirent à ladite table et mangèrent avec les susdits hérétiques du pain, du vin et dudit miel.
Interrogé si lui, Raimon, avait mangé avec les susdits Raimon Galtier et Raimon de Carmaux, en sachant qu’ils étaient hérétiques, il dit que oui. Interrogé de même si lui, Raimon, adora les susdits hérétiques, il dit que non.
Il dit aussi qu’après avoir mangé, Pèire Grelièra emprunta cent sols audit Isarn Salomon, et après les avoir reçu dudit Isarn, lui-même et ledit Isarn revinrent à Castres et laissèrent lesdits hérétiques dans la maison dudit Grelièra.

De même, la même année, le 12 des calendes de février8, ledit Raimon de Baffignac, en présence du seigneur évêque, des frères Prêcheurs et de moi, notaire susnommé, dit et confesse qu’il y a un an et demi environ9, à ce qu’il lui semble, maître Arnal Matha, de Carcassonne, se rendit à Castres, un jour dont il ne se souvient plus à présent, avec un ami – à savoir dudit maître Arnal Matha, de la même localité de Carcassonne, dont il ne se souvient plus du nom à présent – de la part des consuls et de la communauté de Carcassonne pour leur exposer, c’est-à-dire aux consuls de Castres et à leur conseil, le procès en appel qu’ils poursuivaient ou entendaient poursuivre contre les inquisiteurs de la dépravation hérétique de Carcassonne10.
Il dit aussi que ledit maître Arnal exposa alors à lui, Raimon, à Bernat Arnal, de Douzens, à Raimon Saix, et à plusieurs autres personnes du consulat et du conseil de Castres, comment il avait été mis en accusation par les susdits inquisiteurs à cause des consuls de Carcassonne, et comment eux-mêmes, c’est-à-dire les consuls de Carcassonne, avaient instrumenté contre eux, c’est-à dire contre lesdits inquisiteurs, à la curie de Rome et à la curie du seigneur roi de France, et aussi comment leur affaire était en bonne voie. Il dit aussi que cette discussion se déroula du matin jusqu’à l’heure du dîner.
Il dit aussi qu’à l’heure du dîner, comme chacune des personnes susdites, qui étaient là présentes à écouter, s’en allèrent manger, lui, Raimon, invita ledit maître Arnal Matha à venir manger avec lui, comme l’avaient fait aussi toutes les autres personnes, mais ledit maître Arnal refusa de manger avec lui, Raimon, disant qu’il avait suffisamment préparé à manger pour lui et pour son ami.
Il dit aussi qu’après avoir mangé, lui, Raimon, se rendit sur la place de Castres appelée « Couverte », devant les ateliers. Il y trouva ledit maître Arnal assis avec Raimon Saix, Bernat Arnal, de Douzens, des personnes de Castres dont il ne se souvient plus, et ledit ami dudit maître Arnal Matha.
Il dit aussi qu’après avoir échangé entre eux quelques propos sur ladite place, ledit Bernat Arnal, Raimon Saix, le susdit maître Arnal et son ami, et lui, Raimon, qui dépose, se mirent à part et dirent : « Allons nous promener dehors ». Alors, ils allèrent ensemble jusqu’à une borde dudit Bernat Arnal, de Douzens, de l’autre côté du pont de Castres.
Il dit aussi que ledit maître Arnal leur déclara alors que ceux de Carcassonne étaient plus audacieux que ceux de Castres parce que ceux de Carcassonne accueillaient ouvertement les hérétiques chez eux, et il les conduisaient d’un lieu à un autre avec des lanternes et des lumières partout où ils voulaient, et ils faisaient avec eux tout ce qu’ils voulaient.
Il dit aussi que lorsqu’ils furent à ladite borde, ils discutèrent ensemble un moment, devant la porte de ladite borde, puis ils entrèrent ensemble dans ladite borde où se trouvaient deux hérétiques. Et aussitôt lui, Raimon, qui dépose, le susdit Bernat Arnal, Raimon Saix, maître Arnal Matha et le susdit ami dudit maître Arnal les adorèrent, genoux fléchis et capuche ôtée, en s’inclinant devant eux en signe de déférence et d’hommage.
Interrogé sur les noms des personnes qui amenèrent là lesdits hérétiques, il dit l’ignorer. Interrogé de même pour savoir si lesdits hérétiques demeurèrent dans ladite borde après leur départ, il dit que oui.

De même, ledit Raimon de Baffignac dit et confesse spontanément que peu après que ledit maître Arnal Matha soit venu à Castres, lui, Raimon, qui dépose, vint à Carcassonne11. Avant qu’il ne se rende à une auberge, il passa devant la maison dudit maître Arnal Matha et rencontra ce maître Arnal. Dès que ce maître Arnal le vit, il l’invita si affectueusement que lui, Raimon, qui dépose descendit de l’animal qu’il montait et logea dans la maison dudit maître Arnal.
Il dit aussi que le souper fut alors préparé dans la maison dudit Maitre Arnal et, tandis qu’ils mangeaient ensemble, un messager vint de la part d’un compère dudit maître Arnal, dont il dit ignorer les noms, c’est-à-dire celui du messager et du compère. Le messager dit au susdit maître Arnal : « Seigneur, venez vite à la maison de votre compère parce qu’il a besoin absolument de vous ».
Il dit aussi que, ledit maître Arnal comprit alors ce que voulait dire le susdit messager. Il se leva alors prestement de table, et il demanda à lui, Raimon, qui dépose, s’il voulait aller voir l’hérétication dudit compère dudit maître Arnal. Comme il répondit oui, il se rendit avec ledit maître Arnal à la maison dudit compère et là, il vit le malade dans son lit, c’est-à-dire le compère dudit maître Arnal Matha. Ils trouvèrent aussi dans la chambre dudit malade, devant lui, deux hérétiques qui hérétiquérent alors ledit malade.
Interrogé sur la manière dont ils l’hérétiquérent, il dit qu’ils imposèrent les mains sur lui et le reçurent dans leur secte quand il se donna à eux, et que les susdits hérétiques reçurent ledit malade dans leur secte, selon leur usage. Interrogé de même sur ceux qui étaient présents à ladite hérétication, il dit, lui-même, Raimon, qui dépose, ledit maître Arnal Matha, l’ami du même maître Arnal, qui était venu avec lui à Castres, de sorte que, excepté ledit malade et les susdits hérétiques, il y avait là présents cinq personnes, à savoir trois hommes et deux femmes, dont il dit ne pas connaître les noms. Il dit aussi qu’il ne se souvient plus à présent du nom du susdit ami dudit maître Arnal Matha.
Il dit aussi que lui, Raimon, le susdit maître Arnal et sondit ami, ainsi que les femmes susdites, adorèrent les susdits hérétiques genoux fléchis et en leur faisant la révérence, dès qu’ils virent les susdits hérétiques en entrant dans la chambre dudit malade. Ils les adorèrent à l’arrivée et de nouveau au départ.

De même, ledit Raimon dit et confesse qu’il y a douze ans environ12, il fut appelé et demandé par Arnal de Talapy, de Castres qui vint le chercher, une nuit dont il ne se souvient plus, pour l’entretenir au sujet de l’hérétication de sa mère, c’est-à-dire de la mère dudit Arnal, dont il dit ne pas connaître le nom. Alors, lui, Raimon, vint avec ledit Arnal à la maison dudit Arnarld de Talapy, d’Isarn de Talapy et de ses frères. Il vit la malade alitée dans son lit en raison de la maladie dont elle mourut. Il vit aussi deux hérétiques qui se tenaient devant elle. Il y avait là aussi présent, avec les susdits hérétiques, Joan Fort et Isarn de Talapy.
Il dit aussi que comme lui, Raimon, le susdit Arnal de Talapy, le susdit Isarn de Talapy, son frère, et le susdit Joan Fort croyaient que les susdits hérétiques étaient des bons hommes, ils adorèrent ces susdits hérétiques, genoux fléchis et avec révérence, dès qu’ils virent lesdits hérétiques, et ils le firent une première fois à l’arrivée et de nouveau au départ.
Il dit aussi qu’il vit alors les susdits hérétiques hérétiquer, à la manière hérétique, ladite mère des susdits Arnal et Isarn de Talapy, et la recevoir dans leur secte en imposant les mains sur sa tête. Il vit également ladite femme se donner et se recommander à eux, c’est-à-dire aux hérétiques, en leur disant et en leur accordant de vouloir mourir dans leur secte.
Interrogé sur le jour, le lieu, l’heure et les personnes présentes, il dit comme au-dessus.

De même, ledit Raimon dit et confesse qu’il y a six ans environ13, le fils d’Arnal Cavalièr vint à sa maison, celle de lui qui dépose, une nuit dont il dit ne plus se souvenir. Il précise que d’après ce qu’il sait, ledit Arnal n’a pas ni n’avait d’autre fils que celui-là, et qu’il était venu chez le déposant pour le voir et l’entretenir au sujet de l’hérétication de Bernat Coc, qui était alors, à ce qu’il dit, malade de l’affection dont il mourut. Il dit que lui, Raimon, se rendit alors avec ledit fils dudit Arnal Cavalièr, à la maison dudit Bernat Coc. En entrant dans la chambre dudit Bernat, ils y trouvèrent deux hérétiques qui se tenaient devant le lit où ledit Bernat, malade, était alité. Alors lui, Raimon, ledit fils dudit Arnal et ledit Arnal Cavalièr qui, au dire dudit Raimon qui dépose, était dans ladite chambre dudit malade, avec seulement le malade et les hérétiques susdits, les adorèrent genoux fléchis, avec révérence.
Il dit aussi que lui, Raimon, le susdit Arnal Cavalièr et son fils susdit adorèrent lesdits hérétiques quand ils arrivèrent et de nouveau quand ils s’en allèrent.
Il dit aussi qu’ils hérétiquérent alors ledit Bernat Coc et le reçurent dans leur secte, selon le rite et le mode hérétique en imposant les mains sur sa tête, en la présence de lui, Raimon, du susdit Arnal Cavalièr et de son fils susdit. Ledit Bernat Coc, déclarant qu’il voulait mourir dans leur secte, c’est-à-dire dans celle desdits hérétiques, se donna et se recommanda à eux et leur confia son âme.

De même, ledit Raimon dit et confesse que vingt-sept ans environ14 se sont écoulés depuis qu’il vit Raimon de Carmaux et Pèire Galtier, alors hérétiques, en compagnie de Guilhelma, épouse de Raimon Pellissièr, et dudit Raimon Pellissièr, par une ouverture de la maison d’Isarn Salomon, depuis la maison de Raimon contiguë à la maison d’Isarn Salomon, dans laquelle lui, Raimon, qui dépose, se trouvait alors.
Interrogé pour savoir si alors lui, Raimon, qui dépose, entra dans la maison dudit Raimon Pellissièr, il dit que non. Interrogé, il dit aussi qu’il ne sait pas si alors, ou à un autre moment, ledit Raimon Pellissièr fut hérétiqué. Il ne sait pas non plus s’il y avait plusieurs personnes dans la maison quand il y vit les susdits hérétiques. Interrogé de même s’il vit alors ledit Raimon Pellissièr et son épouse adorer lesdits hérétiques, il dit que non.

De même, ledit Raimon de Baffignac dit et confesse que douze ans environ15 se sont écoulés depuis que Bernat-Arnal de Douzens, de Castres, vint une nuit à la maison du déposant. Il lui annonça qu’Amblarda, mère de ce Bernat Arnal et tante de lui, Raimon, qui dépose, était à l’article de la mort, et il l’invita à venir à la maison de ce Bernat-Arnal pour voir son hérétication, c’est-à-dire celle de ladite Amblarda, parce que les bons hommes étaient là.
Il dit aussi qu’il vint alors avec ledit Bernat Arnal à la maison de ladite Amblarda, sa tante, celle de lui Raimon, qui dépose, et mère dudit Bernat Arnal. En entrant dans la chambre où ladite Amblarda, malade, était alitée en raison de l’affection dont mourut, ils virent deux hérétiques devant elle, à savoir les mêmes qui hérétiquérent la mère d’Arnal et d’Isarn de Talapy, frères, de Castres. Il y avait avec lesdits hérétiques Raimon Saix, lui, Raimon, qui dépose, et le susdit Bernat Arnal de Douzens. Dès que lui, Raimon, et ledit Bernat entrèrent dans ladite chambre et virent lesdits hérétiques, ils les adorèrent genoux fléchis et avec révérence. Ils le firent une première fois à l’arrivée dans la susdite chambre et de nouveau au départ.
Il dit aussi qu’il vit alors, avec les personnes susnommées, que les susdits hérétiques, dont il dit ne pas connaître les noms, héréti­quérent et reçurent dans leur secte ladite Amblarda, qui le voulait et le demandait, en imposant leurs mains sur sa tête selon le rite et l’usage hérétique. Elle donna aussi et recommanda sa personne et son âme aux hérétiques, en disant qu’elle voulait mourir dans leur secte.
Interrogé sur le jour, il dit qu’il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit, comme au-dessus. Interrogé de même sur les noms des personnes qui étaient présentes à ladite hérétication, il dit comme au-dessus.

De même, ledit Raimon de Baffignac dit et confesse qu’il y a neuf ans environ16, Pèire de Carcassonne, fils de Pèire de Carcassonne, de Castres, malade de l’affection dont il mourut, vint chez lui, Raimon, qui dépose, dans sa maison, une nuit dont il ne se souvient plus. Il lui dit que sondit père lui demandait de venir jusqu’à sa maison, parce que les bons hommes étaient là et qu’il allait être hérétiqué.
Le déposant dit aussi qu’il vint avec ledit Pèire, fils dudit Pèire de Carcassonne, à la maison de ce Peire, alors malade de la susdite affection, et en entrant dans la chambre où était alité le malade, il vit deux hérétiques devant le lit où il était alité, et il y avait avec eux Raimon Bertuc, neveu dudit Pèire de Carcassonne. Alors, Raimon Bertuc, lui, Raimon, qui dépose, et le susdit Pèire de Carcassonne, fils dudit malade, adorèrent lesdits hérétiques dès qu’ils entrèrent dans ladite chambre, avec révérence et genoux fléchis. Ils les adorèrent aussi une seconde fois quand ils s’en allèrent.
Il dit aussi que lesdits hérétiques hérétiquérent alors ledit malade, Pèire de Carcassonne, qui le voulait et le demandait en leur donnant et en leur recommandant sa personne et son âme. Ils imposèrent leurs mains sur sa tête, selon le rite et l’usage hérétique, en disant les paroles habituelles qu’il dit ignorer.
Interrogé sur le jour, il dit qu’il ne s’en souvient plus. Concernant l’époque, le lieu et les personnes présentes, il dit comme au-dessus.

De même, ledit Raimon de Baffignac dit et confesse qu’il y a neuf mois environ17, lui-même, sachant qu’Augier de Burlats détenait encore des reconnaissances de dettes que lui, Raimon, qui dépose, avait contracté auprès dudit Augier, se rendit à la maison dudit Augier à Burlats et le trouva malade. Après avoir récupéré ses reconnaissances de dettes, il parla entre autres avec lui des hérétiques, et c’est ainsi qu’ils comprirent qu’ils étaient tous deux des croyants des hérétiques.
Il dit aussi que comme lui, Raimon, s’était attardé dans la maison dudit Augier, il vit sa maladie empirer au point que cet Augier demanda à ce que des bons hommes lui soient amenés, et il le demanda à des membres de sa famille. C’était le soir même de la journée où il était venu à ladite maison dudit Augier.
Il dit aussi que cette nuit-là, un certain Pèire Guilhèm, qui était de Sénégats, amena alors lesdits hérétiques à la maison dudit Augier de Burlats, et que ledit Augier voulut que lui, Raimon, qui dépose, soit présent et assiste à son hérétication. Dès qu’ils vinrent et furent dans la chambre dudit Augier de Burlats, alors malade de l’affection dont il mourut, le déposant, ledit Pèire Guilhèm, Pèire Jaules, de Saint-Paul-Cap-De-Joux, beau-frère dudit Augier, ainsi que ce malade Augier, comme il put, adorèrent lesdits hérétiques, genoux fléchis, avec révérence. Une première fois à leur arrivée et de nouveau quand ledit Augier fut hérétiqué.
Il dit aussi que lesdits hérétiques l’hérétiquèrent alors et le reçurent dans leur secte, selon l’usage et le rite hérétique, en imposant les mains sur la tête dudit Augier, qui le voulait et le demandait, en leur donnant et leur recommandant sa personne et son âme, et en disant qu’il voulait mourir dans leur secte.
Interrogé sur le jour, il dit qu’il ne s’en souvient plus. Sur le lieu et les personnes présentes, il dit comme au-dessus.

De même, ledit Raimon de Baffignac dit et confesse que sur la demande de Bernat-Arnal de Douzens, un jour dont il ne se souvient plus, il se rendit avec ledit Bernat-Arnal pour voir et rencontrer les deux susdits hérétiques, les mêmes qui se trouvaient là le jour où lui, Raimon, qui dépose, Bernat-Arnal, maître Arnal Matha et d’autres personnes étaient allés à ladite borde pour parler avec eux, comme il a été dit plus haut.
Il dit aussi que lorsqu’ils furent à ladite borde, et qu’ils virent lesdits hérétiques, ils les adorèrent révérencieusement, genoux fléchis. Ils les adorèrent trois fois, en fléchissant les genoux et en posant chaque fois les mains à terre, et à chaque fois ils disaient : « Bénissez bons chrétiens, pardonnez-nous », et lesdits hérétiques répondaient à chaque fois : « Dieu ne siá pregatz »18. Ils leurs demandèrent où en était l’affaire de Carcassonne.
Il dit aussi que ledit Bernat de Douzens informa alors lesdits hérétiques qu’il avait entendu de si mauvaises nouvelles de leurs croyants et amis de Carcassonne qu’il pensait qu’il était nécessaire pour eux de retourner en Lombardie.
Il dit aussi que lui-même et le susdit Bernat-Arnal de Douzens retournèrent vers Castres après avoir dit ces propos. Arrivés près du pont de Castres, ledit Bernat-Arnal retourna à ladite borde avec un homme de Boissezon qui lui parla à l’oreille, et lui, Raimon, entra dans la ville de Castres.
Il dit et confesse de même que, lui, Raimon, et toutes les personnes mentionnées, dont il a dit avoir déjà adoré les hérétiques, selon la manière et la forme susmentionnées, ont adorés lesdits hérétiques et qu’ils firent cette adoration de la même manière.

De même, ledit Raimon dit et confesse qu’il y a cinq ans environ19, lui-même, Bernat de Torrenas, Bernat-Arnal et Raimon Saix, de Castres, se rendirent à ladite borde dudit Bernat-Arnal pour voir les deux hérétiques susmentionnés, sachant qu’ils s’y trouvaient, et ils les adorèrent selon la manière, l’usage et le rite susdit des hérétiques. Ledit Bernat de Torrenas leur donna alors cinq sols tournois.
De même, ledit Raimon dit et confesse que deux ans environ20 se sont écoulés depuis que lui-même et les susdits Bernat de Torrenas et Bernat-Arnal de Douzens allèrent voir de nouveau lesdits mêmes hérétiques, sachant qu’ils étaient à ladite borde, et ils les adorèrent comme au-dessus. Alors, ledit Bernat de Torrenas leur donna dix sols tournois.

De même, la même année, le 11 des calendes de février21, ledit Raimon de Baffignac, placé devant le susdit seigneur évêque, les frères Prêcheurs, et moi, notaire susnommé, dit et confesse spontanément qu’il y a deux ans environ22, en été, lui, Raimon, était à Castres, dans sa maison au bord de l’eau, quand ledit Pèire Guilhèm, de Sénégats, vint auprès de lui, avec une autre personne dont il dit ignorer le nom, et il lui dit : « Seigneur, répondez-nous. Nous avons besoin de ces bons hommes qui se trouvent à la borde de Bernat-Arnal de Douzens, parce qu’ils nous sont indispensables à Lombers demain et à Albi le jour suivant, mais nous hésitons sur l’itinéraire à suivre parce qu’ils n’est pas prudent pour nous de les faire passer par le pont ».
Ledit Raimon a dit aussi qu’il répondit alors audit Pèire Guilhèm : « Moi, je ferais en sorte que vous les ayez et je connais la solution à votre problème ».
Il dit aussi qu’il se rendit alors à la maison dudit Bernat-Arnal de Douzens en compagnie dudit Pèire Guilhèm et de l’ami qu’il avait amené avec lui, et il lui répéta ou dit ce que ledit Pèire Guilhèm lui avait dit. Après avoir dit ce que ledit Pèire Guilhém lui avait dit, lui, Raimon, ledit Bernat-Arnal de Douzens, ledit Pèire Guilhèm et l’ami qu’il avait emmené convinrent entre eux qu’ils iraient ensemble à ladite borde quand il ferait nuit.
Il dit aussi que lui, Raimon, qui dépose, dit aux susdits Pèire Guilhèm, à son ami et audit Bernat-Arnal : « Moi, pour éviter le danger de faire passer les bons hommes par le pont, j’ai une embarcation avec laquelle je les transborderai au Peguier23 ».
Il dit aussi que cela ayant été convenu entre lui, Raimon, et les personnes susnommés, il invita ledit Pèire Guilhèm et son ami à souper avec lui, ce que ledit Pèire Guilhèm et son ami acceptèrent.
Il dit aussi qu’après avoir soupé, lui, Raimon, ledit Bernat-Arnal de Douzens, le susdit Pèire Guilhèm et son ami qu’il avait emmené avec lui se rendirent ensemble de nuit, en grand silence, à la borde susdite dudit Bernat-Arnal où lesdits hérétiques demeu­raient et étaient sous la protection du susdit Bernat-Arnal de Douzens. Dès qu’ils y furent et virent lesdits hérétiques, lui, Raimon, ledit Bernat-Arnal, le susdit Pèire Guilhèm et son ami les adorèrent trois fois genoux fléchis, selon le rite et l’usage hérétique. Ensuite, ils leur dirent pour quelle raison ils étaient indispensables à Lombers et ensuite à Albi.
Il dit aussi que lui-même et les personnes susdites amenèrent alors lesdits hérétiques de ladite borde jusqu’à la porte extérieure de Villegoudou24. Ledit Bernat-Arnal le laissa lui, Raimon, ainsi que ledit Pèire Guilhèm, son ami, et les susdits <hérétiques>, et il retourna à sa maison en passant par le pont de Castres. Mais, lui, Raimon, se rendit avec les susdits Pèire Guilhèm et sondit ami, ainsi que les susdits hérétiques, au susdit lieu-dit Le-Peguier, et là, avec une embarcation, comme il avait été prévu ou convenu, il transborda lesdits hérétiques de l’autre côté de l’eau et il les fit entrer dans une maison de Bernat de Gironde, de Castres, qu’il avait en dehors de la ville de Castres, tout près d’une autre maison que lui, Raimon y possédait. Là, lesdits hérétiques firent une longue pause jusqu’à ce que la nuit fut totale.
Il dit aussi que lui, Raimon, y laissa alors lesdits hérétiques et retourna à sa maison. Il prêta aussi un animal qu’il avait.
Il dit aussi qu’après avoir passer le temps en attente à Castres, il revint seul à ladite maison où il avait laissé lesdits hérétiques avec ledit Pèire Guilhèm et son ami, c’est-à-dire celui dudit Pèire.
Il dit aussi que lorsqu’il revint auprès d’eux, il faisait nuit noire, et il les guida sur le chemin de Lombers jusqu’à ce qu’ils arrivent au Téron25 de Sicard Fabre. Il les quitta là et rentra à Castres.
Il dit aussi que lui, Raimon, demeura toute la journée du lendemain à Castres et qu’il se rendit à Albi à cheval le jour suivant. Lorsqu’il fut près de Lamirallié, en regardant en arrière, il vit une autre personne qui venait après lui à cheval. Quand elle le rejoignit, il reconnut qu’il s’agissait de maître Arnal Matha, juriste de Carcassonne, qui se rendait lui-aussi à Albi.
Il dit aussi qu’ils entrèrent ensemble dans Albi et qu’ils logèrent tous deux dans la même auberge à Albi.
Il dit aussi qu’il était venu alors à Albi pour rembourser une somme qu’il devait à Berenguièr Brosa, d’Albi.
Il dit aussi qu’ils entrèrent à Albi assez de bonne heure, c’est-à-dire entre midi et none, et qu’après avoir pris possession de leur logement, lui, Raimon, et ledit maître Arnal Matha firent, chacun de son côté, ce pour quoi ils étaient venus. Il dit ne pas savoir ce pourquoi ledit maître Arnal était venu alors.
Il dit aussi que lorsqu’ils revinrent à l’auberge où ils logeaient, ledit maître Arnal et lui Raimon, qui dépose, convinrent de se promener un moment dans la cité. Ce qu’ils firent. Ils se rendirent tous deux sur la place d’Albi. Lorsqu’ils y furent, ils rencontrèrent ledit Berenguièr Brosa et Bernat Fenassa qui se levèrent pour eux, c’est-à-dire pour ledit maître Arnal Matha et pour lui, Raimon, qui dépose, et par égard audit maître Arnal, ils l’invitèrent aussi à venir souper chez ledit Berenguièr Brosa.
Il dit aussi qu’après avoir soupé dans la maison dudit Berenguièr Brosa, ledit Berenguièr Brosa, lui, Raimon, qui dépose, et ledit maître Arnal Matha retournèrent à ladite place et là, ils rencontrèrent ledit Bernat Fenassa et maître Isarn Ratier.
Il dit aussi qu’ils allèrent alors tous ensemble se promener en dehors d’Albi, vers un lieu où il y avait des vignes et une petite maison.
Il dit aussi que lorsqu’ils furent près de ladite maison, ledit Berenguièr Brosa, le susdit maître Arnal Matha, les susdits Bernat Fenassa et Isarn Ratier, juriste d’Albi, se mirent à part et discutèrent ensemble. Après avoir discuté un moment ensemble alors que lui, Raimon, était à l’écart, ils se retournèrent tous en souriant quelque peu et l’appelèrent.
Il dit aussi qu’après avoir été appelé, ledit Berenguièr Brosa dit audit Arnal Matha et à lui, Raimon, : « Nous, nous avons notre part des joyeux de Carcassonne, ici, dans cette maison ». – Il dit qu’il s’agissait de la maison qui était dans ledit lieu où se trouvaient des vignes – . Au sujet des deux hérétiques qui se trouvaient là, il leur dit également : « Voulez-vous les voir, ils sont venus hier de Lombers ? », et lui, Raimon, et ledit maître Arnal Matha répondirent oui.
Il dit aussi que lui, Raimon, qui dépose, ledit Berenguièr Brosa, maître Arnal Matha, et les susdits Bernat Fenassa et maître Isarn Ratier entrèrent ensemble dans ladite maison et y trouvèrent les hérétiques susdits, que lui, Raimon, qui dépose, avait guidé vers Lombers depuis Castres, comme cela a été dit plus haut. Aussitôt, lui, Raimon, qui dépose, ainsi que ledit Berenguièr Brosa, <maître Arnal Matha>, Bernat Fenassa et maître Isarn Ratier les adorèrent trois fois en fléchissant les genoux, selon le rite et l’usage hérétique susdit, et à chaque fois ils disaient : « Bénissez » avec les autres paroles, et ils le firent une première fois à leur arrivée et une seconde fois à leur départ.
Il dit aussi que lesdits hérétiques dirent alors audit maître Arnal Matha, audit Berenguièr Brosa, à lui, Raimon, qui dépose, et aux autres personnes susnommées : « Seigneurs, que pensez-vous à notre sujet ? Nous sommes grandement affligés d’avoir entendu à Lombers, comme nous l’entendons partout où nous nous rendons, que nos croyants et amis endurent beaucoup de malheurs à cause de nous, et que nous mêmes sommes à ce point persécutés qu’il n’est pas prudent que nous restions plus longtemps dans ce pays ».
Il dit aussi que ledit maître Arnal Matha répondit alors auxdits hérétiques que ce qu’ils disaient était vrai et qu’ils devraient faire attention.
Il dit aussi que ledit maître Arnal Matha demanda aux susdits hérétiques où ils avaient été la nuit précédente. Les susdits hérétiques lui répondirent qu’ils étaient allés à Lombers, chez le seigneur Uc Asemar, seigneur de Lombers, sous le chemin de ronde de Lombers, dans une tour dans laquelle demeuraient habituellement les gardiens dudit castrum où, à ce que dirent ou rapportèrent lesdits hérétiques, ledit Seigneur Uc leur donna convenablement à manger et à boire.

De même, la même année, le 8 des calendes de février26, ledit Raimon de Baffignac, en présence du susdit seigneur évêque, des susdits frères, et de moi, Guilhèm de Tresverges, notaire des personnes susdites, dit et confesse qu’il y a sept ans environ27, comme il était avait été convoqué par la curie du seigneur official d’Albi, un jour dont il ne se souvient plus, à ce qu’il dit, il se rendit à Albi. À l’auberge de Raimon Aicart, il rencontra Gilabèrt Lantar, qui habitait alors à côté du ruisseau qui s’appelle Bagas, près de la rivière qui s’appelle Agout, a proximité de Guitalens et du Lautrécois, au diocèse d’Albi.
Il dit aussi que lui, Raimon, et ledit Gilabèrt Lantar soupèrent alors ensemble et qu’en soupant ils échangèrent les paroles suivantes : Il dit que ledit Gilabèrt Lantar dit alors à lui, Raimon, : « Raimon, j’ai été profondément choqué de ce que certaines personnes, que moi et ma famille avions bien placés alors qu’il n’étaient rien, m’ont rudoyé et renvoyé aujourd’hui, parce que je devais proposer ma candidature à la cour de l’official. Ils m’ont empêché de me présenter, prétextant qu’ils ne me connaissaient pas, de sorte que je n’ai pas pu candidater comme je voulais le faire ».
Il dit aussi que lui, Raimon, répondit alors audit Gilabèrt Lantar : « Ah ! Seigneur Gilabèrt Lantar, n’en soyez pas choqué, parce que vous devez vous faire à l’idée que c’est la conséquence du pouvoir des clercs. En effet, le savoir l’emporte désormais sur la noblesse parce que les clercs ont instauré l’usage de promouvoir ceux qui ont fait des études. Ils les favorisent et les font accéder aux fonctions importantes, mais ils écartent les nobles et tous les autres, car le pouvoir du clergé est tel qu’il peut se permettre de favoriser les clercs au dépend de tous les autres. Mais auparavant l’usage était tout autre. La noblesse avait la priorité et était requise pour accéder aux promotions, mais maintenant les clercs ont complètement tout bouleversé ». Il dit aussi que, lui, Raimon, qui dépose, dit alors audit Gilabèrt Lantar : « Seigneur, auparavant on avait l’habitude de se réjouir de multiples façons, en restant chez soi, en chantant, en psalmodiant, mais maintenant nous sommes accablés par le souci des charges et des pèlerinages que les clercs savent nous imposer, sans que nous pussions en échapper d’aucune façon. Comme je l’ai souvent entendu dire, nos prédécesseurs avaient l’habitude de faire un meilleur sort à ces clercs ». Il dit aussi que ledit Gilabèrt Lantar répondit à ce que lui, Raimon, avait dit à ce Gilabèrt Lantar : « Raimon, Raimon, ne désespérez pas puisqu’il y a encore chez nous des personnes qui savent et peuvent jouer un bon tour à ces clercs. Et nous vous les montrerons si vous venez sur notre rive ».

De même, il dit que l’année qui suivit cette entrevue28, lui, Raimon, qui dépose, acheta les dîmes de Guitalens. Or, un jour qu’il prélevait le blé de ladite dîme, ledit Gilabèrt le rencontra et, se souvenant de l’amitié qui s’était nouée entre eux deux à Albi, il lui demanda de pêcher des poissons et de venir dîner avec lui, disant qu’il en avait besoin pour deux personnes qu’il évoqua en donnant à comprendre qu’il s’agissait d’hérétiques. Ces derniers devaient dîner chez lui et il n’avait pas de poisson à leur donner.
Il dit aussi qu’il alla alors pêcher et il prit onze vandoises qu’il écailla et cuisina avec ledit Gilabèrt Lantar, à la maison de ce Gilabèrt Lantar.
Il dit aussi que lorsque lesdits poissons furent préparés, ledit Gilabèrt Lantar le conduisit, lui, Raimon, à un ruisseau qui se trouve sur la rive du Bagas et qui se jette dans ledit Bagas. Et c’est aux abords de ce ruisseau très isolé et caché qu’étaient dissimulés deux hérétiques, dont un s’appelait Guilhèm Prunel mais l’autre, il dit qu’il en ignore le nom.
Il dit aussi que ledit Gilabèrt Lantar et lui, Raimon, mangèrent lesdits poissons avec lesdits hérétiques aux abords dudit ruisseau, et que dès qu’ils arrivèrent audit ruisseau et virent lesdits hérétiques, lui, Raimon, qui dépose, et ledit Gilabèrt Lantar les adorèrent en fléchissant trois fois les genoux, selon l’usage et le rite hérétique.
Il dit aussi que pendant qu’ils mangeaient, Arnal Agassa se fit entendre aux abords dudit ruisseau, il appelait ledit Gilabèrt Lantar si fort que ce Gilabèrt Lantar alla à sa rencontre. Ayant été à sa rencontre, il retourna avec lui aux abords du ruisseau et aussitôt, ledit Arnal Agassa adora lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon ledit usage hérétique. Ensuite, il se mit à table et mangea.
Il dit aussi que ledit Arnal portait alors un grand chabot et qu’il le donna auxdits hérétiques. Peu après l’arrivée dudit Arnal Agassa, un messager, celui de lui, Raimon, l’appela en criant avec insistance. En réponse à ses cris et à ses appels, il s’en alla en laissant aux abords dudit ruisseau lesdits hérétiques et lesdits Gilabèrt Lantar et Arnal Agassa qui continuèrent à manger.

De même, il dit et confesse spontanément que peu de jours après avoir vu les hérétiques susdits avec ledit Lantar, aux abords dudit ruisseau, quand il prélevait alors le blé de la dîme susdite, maître Pèire Audon, chapelain, recteur de l’église de Guitalens, au diocèse de Toulouse, vint le trouver un jour dont il ne se souvient plus. Il lui demanda d’avoir l’amabilité de pêcher pour lui et de venir dîner avec lui, disant qu’il avait deux bons hommes, sous entendant des hérétiques, et qu’il n’avait pas de poisson à leur donner.
Il dit aussi que dès que lui-même et maître Pèire Audon virent lesdits hérétiques – que ledit maître Pèire abritait dans une petite maison de l’église, qui appartient au chapelain et à la chapellenie de Guitalens, dans laquelle petite maison lui, Raimon, et ledit chapelain mangèrent ensemble –, ils adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon ledit usage et rite hérétique.
Il dit aussi que lorsque ledit chapelain et, lui, Raimon, ainsi que lesdits hérétiques, étaient encore à table, le messager, celui de lui, Raimon, l’appela. Répondant à ses appels et cris, il quitta ledit chapelain, qui resta à table avec lesdits hérétiques, et retourna à ses affaires.
Il dit aussi que lorsque lui, Raimon, et ledit chapelain étaient à table ensemble avec lesdits hérétiques, il entendit les hérétiques dire que Raimon de Vilella, de Saint-Paul-Cap-De-Joux, les avait bien reçus et traités.

De même, en l’an du Seigneur 1285, le 4 des nones de février29, ledit Raimon de Baffignac, placé en présence du susdit seigneur évêque, des susdits frères Prêcheurs, du seigneur Joan Molinièr, archiprêtre de Castres, et de moi, Joan de Rocoles, notaire public du seigneur roi dans la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers, dit et confesse spontanément qu’il vint à Albi, il y a deux ans environ30, à l’official d’Albi, parce qu’il était en procès avec certaines personnes, et il logea dans l’auberge de Raimon Aicart, aubergiste. Alors qu’il faisait déjà nuit, maître Bernat Amat, notaire de Carcassonne, et son ami, dont il ignore le nom, à ce qu’il dit, descendirent et vinrent dans la même auberge. Ils amenaient avec eux deux hérétiques revêtus de capes rondes et noires. Ledit maître Arnal Amat et son ami, et lui, Raimon, qui dépose, soupèrent ensemble avec lesdits hérétiques dans cette auberge. Lui, témoin qui dépose, savait et avait compris qu’il s’agissait d’hérétiques. Cependant ils ne les adorèrent pas, à ce qu’il dit, parce qu’ils ne voulaient pas être reconnus dans cette auberge. S’étant alors assis à table, on leur apporta du vin et des fruits que Arnal Garsias et Pèire Aimercic, citoyens d’Albi, leurs avaient envoyés. Une fois le souper terminé, Pèire Aimeric vint avec une jeune personne31, dont il dit ignorer le nom, pour conduire lesdits hérétiques dans sa maison. Alors, les hérétiques accompagnés du susdit maître Bernat Amat et de son ami susdit, ainsi que lui, témoin qui dépose, suivirent ledit Pèire Aimeric et la jeune personne qui était venue avec lui, à la maison de ce Pèire, sans lumière. Quand ils furent dans la maison susdite, lui, témoin qui dépose, ledit maître Bernat et son ami, le susdit Pèire Aimeric et la jeune personne avec qui il était venu adorèrent lesdits hérétiques, en fléchissant trois fois les genoux selon l’usage et le rite des hérétiques, à l’instant où la cloche du quartier sonnait. Après avoir laissé lesdits hérétiques dans la maison de Pèire Aimeric, lui, le témoin, ledit maître Bernat et son ami revinrent sans lumière à l’auberge dudit Raimon Aicart, et lui, témoin, qui dépose, resta et passa la nuit dans cette auberge. Ledit notaire, maître Bernat, et son ami ressortirent de ladite auberge, et lui, le témoin, ne sait pas où ils allèrent. Le lendemain matin, alors qu’il voulait aller et se rendait à la maison dudit Pèire Aimeric, il rencontra en chemin ledit maître Bernat Amat et son ami. Ils allèrent alors ensemble à ladite maison de Pèire Aimeric. En entrant dans une chambre, ils trouvèrent lesdits hérétiques en compagnie d’Arnal Garsias, de Berenguièr Brossa, du susdit Pèire Aimeric, et de l’ami dudit Pèire Aimeric qui était venu avec lui la veille. Lui, témoin qui dépose et toutes les personnes susdites, à savoir maître Bernat Amat et son ami, Pèire Aimeric et son ami, Arnal Garsias et Berenguièr Brossa, adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon l’usage et le rite des hérétiques.

De même, il dit que lesdits hérétiques lui dirent, à lui, témoin qui dépose, et aux personnes susnommées, qu’ils voulaient se rendre à Cordes, à la maison des Brens, où ils avaient de bons et nombreux amis qui leur faisaient plus de bien que les autres amis de ce pays.
Interrogé sur les noms des hérétiques, il dit qu’il ne s’en souvient plus très bien, mais il lui semble que l’un des deux s’appelait Joan Delprat ou de Pradelles, et que l’autre, son compagnon, Arnal ou Guilhèm de Vinha ou de Bonavinha. Interrogé pour savoir si ces hérétiques qu’il vient de mentionner sont les mêmes que ceux dont il a dit avoir vu précédemment, il dit que oui. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes où se déroulèrent les faits susdits, il dit comme au-dessus. Quant au jour, il ne s’en souvient plus.

De même, la même année, le 3 des nones de février32, ledit Raimon de Baffignac, placé en présence des mêmes personnes, et de moi, notaire susnommé, dit et confesse spontanément qu’à l’époque où il avait une affaire à régler à la curie de l’official d’Albi, il y a deux ans environ33, avec un Albigeois de Castres, il vint à ladite ville d’Albi et rencontra dans une rue maître Bernat Pelet, de Carcassonne. Ils se donnèrent l’accolade et après s’être séparés chacun de son côté, lui, le témoin se rendit à son auberge, à savoir celle de Raimon Aicart, où il était attendu, et commanda son souper. Ensuite, il se rendit à la maison de Pèire Aimeric où il avait laissé les hérétiques susmentionnés neufs jours avant, et il demanda à ce Pèire où étaient lesdits hérétiques ou ce qu’ils avaient fait. Ledit Pèire Aimeric dit, à lui, témoin qui dépose qu’il le conduirait à l’endroit où ils se trouvaient dans la cité d’Albi. Il attendit alors le soir et retourna chez ledit Pèire Aimeric qui le conduisit à la maison de maître Isarn Ratier. En entrant dans ladite maison, dans une chambre de cette maison au rez-de-chaussée, ils trouvèrent les deux hérétiques qu’il avait déjà vus, ceux dont il a été fait mention précédemment, en compagnie dudit maître Isarn, d’Aimeric de Foissens et du susdit maître Bernat Pelet. Tous et chacun, tant le témoin que les autres personnes susdites, adorèrent lesdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon l’usage et le rite des hérétiques. Alors qu’ils discutaient là ensemble, Bernat Fenasssa, d’Albi, et Guiral Delort, d’Albi, arrivèrent, et lorsqu’ils entrèrent là où se trouvaient lesdits hérétiques en compagnie des personnes susnommées et de lui, témoin, qui dépose, ils adorèrent les susdits hérétiques en fléchissant trois fois les genoux, selon l’usage et le rite des hérétiques.
Il dit de même que l’un des susdits hérétiques dit, à lui, témoin qui dépose, que le susdit Aimeric de Foissens devait les conduire hors de cet endroit mais il ne lui a pas dit où ils devaient aller.
De même, cet hérétique lui dit qu’ils avaient hérétiqué une dame dans la cité d’Albi, de noble lignée, qui était enceinte et qui avait des filles, mais il ne lui a pas dit son nom. Enfin, quand le témoin voulut repartir, il lui refit ladite adoration et sortit de ladite chambre et maison en laissant-là les autres personnes susnom­mées avec les susdits hérétiques. Il se rendit à l’auberge où il était hébergé.
Interrogé sur l’année, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Interrogé de même sur le jour, il dit ne plus s’en souvenir.

De même, le témoin, Raimon, qui dépose, dit que comme il était en procès avec Bertran Calmeirat, de Gaillac, devant maître Mauri Amat, il avait besoin d’un avocat dans la cité d’Albi, et il eut recours à maître Raimon Fumet, d’Albi. Il conclut avec lui un accord qu’il aurait 10 sols cahorsins pour chaque jour de procès. Après deux jours de procès, il voulut payer à maître Raimon Fumet 20 sols, et comme il posait l’argent devant lui pour qu’il prenne ce qu’il lui devait, il prit seulement 15 ou 16 sols en lui disant qu’il lui laissait le reste de la somme de ces deux jours de procès parce que ses amis, qui était aussi les siens, le lui avaient demandé. Enfin, après que lui, témoin qui dépose, eut vu lesdits hérétiques, dont il a fait mention précédemment, dans une maison en dehors de la ville sise au milieu des vignes, comme cela a été dit plus haut dans sa confession, l’un des hérétiques dit, à lui, le témoin, qu’il avait vu maître Raimon Fumet, dans la maison dudit maître Raimon Fumet sise dans la cité d’Albi, et qu’il lui avait demandé de faire cette remise.
Interrogé sur l’époque où l’hérétique susdit lui avait dit cela, il dit que c’était il y a deux ans environ34. Interrogé sur le lieu, il dit comme au-dessus. Interrogé pour savoir si des personnes entendirent cela, il dit que ledit hérétique le lui avait dit en secret. Interrogé de même sur l’époque où il a conclu cet accord avec ledit maître Raimon Fumet, il dit que c’était il y a quatre ou cinq ans environ35.

De même, il dit qu’il y a un an environ36, à Burlats, quand Augier de Burlats fut hérétiqué, l’un des susdits hérétiques lui a dit que le père de Pèire Prades, de Castres, avait été hérétiqué à sa mort par cet hérétique et son compagnon, à Burlats, et que le susdit Pèire Prades et Bernat Prades, son frère, qui étaient tous deux les fils dudit hérétiqué, avaient été présents.
Il dit de même que ledit hérétique lui a dit que ledit Pèire Prades avait eu en dépôt desdits hérétiques 50 livres tournois pendant au moins sept années.

De même, la même année, le jour des nones de février37, ledit Raimon de Baffignac, placé en présence des mêmes personnes, dit et confesse spontanément qu’il y a cinq ans environ38, il entendit Bernat de Torrenas, de Castres, dire que Raimon de Brens, de Cordes, avait voulu voir les hérétiques lorsqu’il était venu à Castres pour prêter de l’argent au seigneur Joan de Montfort39. Ledit Bernat de Torrenas demanda à lui, témoin qui dépose, si les susdits hérétiques étaient encore dans la borde de Bernat-Arnal de Douzens. Il lui répondit qu’il ne le savait pas mais qu’il irait voir. De retour, il lui annonça qu’il avait vu et rencontré les hérétiques. Ensuite, lui, le témoin, vit ledit Bernat de Torrenas et Raimon de Brens, de Cordes, avec deux autres personnes qu’il ne connaissait pas, à ce qu’il dit, et une autre personne qui les précédait et qui portait une lanterne allumée, qui se dirigeaient vers le pont de Castres. Ledit Bernat de Torrenas ne voulut pas que le témoin aille avec eux, parce que ledit Raimon de Brens lui avait dit qu’il ne le souhaitait pas. Mais par la suite, ledit Bernat de Torrenas dit à lui, témoin qui dépose, que lui-même et les autres personnes susdites, qui étaient venues avec lui, avaient vu lesdits hérétiques et qu’ils les avaient adorés.
Interrogé sur l’année, il dit comme au-dessus. De même sur le lieu où ledit Bernat lui avait dit cela, il dit à Castres. De même si des personnes ont entendu ce propos, il dit qu’il le lui avait dit en secret.

De même, il dit que le jour où il avait fait traverser l’Agout aux hérétiques, pour les mener au lieu-dit Le-Téron de Sicard Fabre, comme cela a été dit plus haut, l’un desdits hérétiques lui a dit : « Quel grand péché avons-nous commis ! », et ce pour la raison suivante. Le seigneur Gui Seguier, de Laboulbène en Lautrécois, avait été malade de l’affection dont il mourut, et il avait tant demandé les hérétiques que Raimon de Brassac les amena près de la maison dudit malade, et alla s’assurer que lesdits hérétiques pouvaient entrer dans ladite maison en toute sécurité. Étant entré dans ladite maison, il y trouva deux frères Prêcheurs et deux dames de Castres. Après être revenu auprès desdits hérétiques, il leur annonça qu’ils ne pouvaient pas entrer en toute sécurité à cause de ce qui vient d’être dit. Or, le malade était déjà si mal en point qu’il mourut peu après, mais, bien qu’il ne put les avoir, il leur donna, par le biais dudit Raimon de Brassac, 30 sols enroulés dans du parchemin. Alors, ledit Raimon de Brassac alla chez lui, à Montpinier, avec lesdits hérétiques. Or, comme ce Raimon de Brassac avait un jeune garçon, lesdits hérétiques donnèrent à cet enfant les trente sols à titre d’étrennes. Ensuite, ledit Raimon de Brassac ramena lesdits hérétiques à Jannès, là où il était allé les chercher.
Interrogé sur l’époque où lui, Raimon, témoin qui dépose, l’a entendu, il dit que c’était il y a deux ans environs40. De même, sur les personnes qui étaient présentes quand ledit hérétique le lui a dit, il dit cet hérétique et son compagnon <seulement>. De même sur le lieu, il dit comme au-dessus.

De même, il dit qu’il y a neuf ans environ41, maître Pèire Audon, recteur de Guitalens, dit à lui, témoin qui dépose, de dire de sa part à Bernat Car., de Castres, qu’il trouvera au lieu convenu ces hommes dont il lui avait fait mention, et que lorsqu’il le dira à Bernat Car. de lui plier le pouce de la main droite. Ce qu’il fit. Et selon ce que le témoin dit, ce Bernat le quitta avec une certaine émotion.
Interrogé sur l’année où se déroula ces faits, il dit comme au-dessus. Sur les personnes, comme au-dessus. Sur le lieu, comme au-dessus.

De même, ledit Raimon de Baffignac, la même année, le 7 des ides de février42, placé en présence des susdits seigneur évêque et frères Prêcheurs, et de moi, notaire susdit, dit et confesse spontanément que juste avant la dernière pâques43, il vint au castrum de Lombers, au diocèse d’Albi, pour acheter de l’avoine, et il fut hébergé dans une auberge communale où les étrangers ont l’habitude de descendre. Aimeric de Foissens, citoyen d’Albi, qui l’avait vu d’abord sur la place et qui l’avait invité avec insistance, vint le trouver et déclara a lui, témoin qui dépose, que ses amis, à savoir les hérétiques, étaient dans la ville de Lombers et qu’ils voulaient le voir. Il le suivit et s’étant rendu sur la place publique, ils trouvèrent Galhard Sabatier et Joan Cairel, de Lombers, assis sur le présentoir d’une officine. Ils se joignirent à eux et ils se mirent ensemble tous les quatre, à savoir le témoin qui dépose, le susdit Aimeric de Foissens, et les susdits Galhard Sabatier et Joan Cairel. Ils allèrent ensuite à une maison neuve dans la ville basse, près de ladite place, où ils trouvèrent lesdits hérétiques. Ils les adorèrent trois fois, en fléchissant les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques, et ils restèrent là longtemps. Alors qu’ils faisait déjà nuit noire, Aimeric de Foissens dit à toutes les personnes susdites : « C’est déjà le moment de partir ». Et sortant de là tous ensemble, à savoir ledit témoin qui dépose, Aimeric de Foissens, le susdit Galhard Sabatier, le susdit Joan Cairel et les susdits hérétiques, ils montèrent au castrum. Or, comme ils approchaient, ils virent le seigneur Uc Asemar qui se tenait à l’extérieur de la barbacane dudit castrum. Quand le susdit seigneur Uc Asemar les vit arriver, il entra dans ledit castrum, à la vue et en présence du témoin, et après lui, les autres personnes susdites entrèrent avec lesdits hérétiques dans ledit castrum. Ensuite, lui, le témoin qui était resté à l’extérieur, les quitta, renvoyé par le susdit Aimeric de Foissens.
Interrogé s’il sait si lesdits hérétiques restèrent longtemps dans ledit castrum après y être entré, il dit qu’il n’en sait pas plus, mais il pense que oui, parce que lesdits hérétiques avaient dit à lui, témoin, qu’ils étaient venus audit castrum pour trouver refuge et protection par crainte de l’inquisition et des inquisiteurs. Interrogé sur l’année des faits et des dires susdits, ils répondit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Sur le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Interrogé s’il connaît la personne qui amena lesdits hérétiques à Lombers, il dit qu’il ne le sait pas, parce qu’avant les avoir vus, ils étaient déjà sur place depuis quatre jours, à ce que lui dirent lesdits hérétiques.

De même, il dit que lesdits hérétiques44 lui dirent que Pèire Aimeric, d’Albi, fut hérétiqué par eux lors d’une maladie dont il fut affecté, et que maître Raimon Fumet, d’Albi, assista à ladite hérétication. Ils lui dirent aussi qu’ils avaient beaucoup d’amis à Albi et ils lui nommèrent Felip Olric, chevalier, qui demeure près de Saint-Salvi d’Albi, Arnal Delport et Raimon Pagut.
Interrogé si une personne entendit lesdits hérétiques lui nommer les amis qu’ils avaient, il dit qu’il n’y avait personne mis à part lui, d’après ce qu’il sait. Interrogé sur le lieu où ils lui tinrent ce propos, il dit que c’était à Lombers. Sur le jour, il ne s’en souvient plus.

De même, la même année, le 5 des ides de février45, ledit Raimon de Baffignac, placé en présence des mêmes personnes et de moi, notaire susdit, dit et confesse spontanément que deux ans et demi environ46 se sont écoulés depuis que la défunte épouse de Pons de Pratviel, de Lautrec, c’est-à-dire Na Orbria, vint à Castres pour rendre visite à sa fille, épouse de Bernat de Torrenas, de Castres, et Raimon de Laval, Pons de Solomiac, notaire, de Lautrec, et une nourrice qu’elle amenait pour sa fille, vinrent tous à cheval avec elle. Alors qu’ils étaient arrivés à Castres et qu’ils étaient descendus à la maison du susdit Bernat de Torrenas, lui, témoin qui dépose, vint à leur rencontre et les embrassa avec joie, et réciproquement. Bref, après avoir bu ensemble dans ladite maison du susdit Bernat de Torrenas, ledit Raimon de Laval, ledit Pons de Solomiac, notaire, et le témoin qui dépose se rendirent à l’église de Saint-Vincent de Castres. Alors qu’ils étaient restés un moment dans cette église, ils se mirent à part, du côté de l’autel du bienheureux Pierre de cette église. Alors, ledit Raimon de Laval dit au témoin qu’il voulait lui révéler un secret, et il lui demanda de l’embrasser en signe de fidélité et de secret, pour qu’il ne le révèle à personne. Alors, il l’embrassa et lui promit de garder ledit secret. Ensuite, il lui révéla que d’après ce qui avait été convenu avec Bernat de Torrenas, il aurait dû l’y rencontrer, conformé­ment audit accord, pour aller voir avec lui les hérétiques et parler avec eux. Or, il n’était pas là. Mais comme il lui avait dit, au cas où il ne le trouverait pas, de s’adresser à lui, le témoin, pour qu’il puisse voir et s’entretenir avec les susdits hérétiques, il lui demandait donc s’il pouvait faire en sorte qu’il puisse voir et s’entretenir avec lesdits hérétiques. Lui, le témoin, lui répondit qu’il pensait pouvoir le faire, et que quand il saura que les hérétiques se trouvent aux alentours de l’endroit où ils ont l’habitude d’être et qu’il les rencontre, il le lui dirait. Lui, le témoin, se rendit auprès de Bernat-Arnal de Douzens, de Castres, et lui rapporta ce que le susdit Raimon de Laval lui avait demandé. Il lui demanda aussi si lesdits hérétiques étaient encore dans sa borde, là où ils avaient l’habitude de demeurer. Ce Bernat-Arnal répondit à lui, le témoin, que lesdits hérétiques se trouvaient toujours là, mais qu’il avait peur de les montrer ou de les faire connaître à des inconnus. Lui, le témoin, lui dit alors qu’il ne devait pas avoir peur dudit Raimon de Laval, et le rassura à ce sujet par ses propos. Enfin, lui, le témoin, revint auprès du susdit Raimon de Laval et lui dit que les hérétiques étaient dans le lieu susdit. Quand il fit bien nuit, lui, témoin qui dépose, ledit Raimon de Laval et ledit Pons de Solomiac se rendirent chez ledit Bernat-Arnal, et ensemble ils se rendirent à ladite borde dudit Bernat-Arnal. Ils y trouvèrent les deux hérétiques dont il a fait souvent mention plus haut. Toutes les personnes susdites, c’est-à-dire lui, témoin qui dépose, Raimon de Laval, Bernat-Arnal de Douzens, et Pons de Solomiac, notaire, les adorèrent en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques. Ensuite, ledit Raimon de Laval, tira à part lesdits hérétiques et s’entretint longtemps avec eux en secret. Ensuite, ledit Raimon de Laval dit, au susdit Bernat-Arnal de Douzens, qu’il désirait amener lesdits hérétiques à Lautrec, et ledit Bernat-Arnal lui répondit : « Si cela leur convient, cela me convient aussi ». Enfin, ledit Raimon de Laval envoya Pons de Solomiac, le susdit notaire, aller chercher les chevaux avec lesquels ladite dame et nourrice, et eux-mêmes étaient venus à Castres. Ledit Pons de Solomiac amena ces chevaux au gué Delbet qui se situe sur la rivière Agout, au-dessus de la ville de Castres, et ledit Pons de Solomiac traversa ladite rivière avec deux garçons qui gardaient les chevaux, que lui, le témoin, dit ne pas connaître. Laissant ces garçons et les chevaux sur cette rive qui se trouve du côté de ladite borde, ledit Pons de Solomiac apporta à ladite borde deux tabards, à savoir l’un que ladite dame avait porté et l’autre que ladite nourrice avait porté, pour en revêtir les deux susdits hérétiques. Après que les hérétiques eurent revêtus lesdits tabards, toutes les personnes, c’est-à-dire lui, témoin qui dépose, Bernat-Arnal, Raimon de Laval, Pons de Solomiac et lesdits hérétiques se rendirent ensemble au gué susdit où attendaient lesdits garçons et les chevaux susdits. Après que les deux susdits hérétiques montèrent sur deux chevaux, et que ledit Raimon de Laval et le susdit Pons de Solomiac montèrent sur les deux autres, ils traversèrent ledit gué, guidés dans ce passage par le témoin et par Bernat-Arnal. Après quoi, le témoin et ledit Bernat-Arnal revinrent à Castres. Or, ce que firent lesdits hérétiques en partant de là, ou les endroits où ils se rendirent, le témoin qui dépose dit l’ignorer, il sait seulement qu’ils s’absentèrent longtemps avant de revenir.
Interrogé sur l’année des faits susdits, il dit comme au-dessus. De même sur le jour, il dit ne plus s’en souvenir. De même sur le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus.

De même, la même année, le 4 des ides de Février47, lui, Raimon, témoin qui dépose, placé en présence des mêmes personnes, dit et confesse spontanément qu’il y a deux ans environ48, comme il se trouvait à Albi pour des affaires qu’il devait régler à la curie du seigneur roi, il se rendit sur la place d’Albi, Guilhèm Golfier y vint à sa rencontre et l’embrassant avec joie, il lui demanda de conduire à sa maison le cheval avec lequel il était venu, et de venir dormir dans sa maison. Mais il ne voulut pas amener son cheval chez lui. Après avoir soupé dans l’auberge de Raimon Aicart où il était hébergé, Guilhèm Golfier vint le trouver quand il faisait nuit. Il lui dit que les hérétiques – ceux que lui, témoin avait vus dans une maison en dehors de la cité d’Albi, laquelle maison se trouvait dans un lieu où il y avait des vignes, laquelle maison dont on disait qu’elle appartenait à maître Mauri Amat –, voulaient se rendre à un autre endroit parce que l’occasion d’une rencontre se présentait avec les amis de ces hérétiques qui voulaient les voir. S’étant rendus près de cette maison où se trouvaient les hérétiques, ils rencontrèrent le frère cadet de Mauri Amat, juriste. Tous les trois, c’est-à-dire lui, témoin qui dépose, ledit Guilhèm Golfier et ledit frère du susdit maître Mauri Amat entrèrent dans ladite maison où il y avait les hérétiques. Toutes et chacune de ces personnes adorèrent <lesdits hérétiques> en fléchissant trois fois les genoux, selon le rite et l’usage des hérétiques. Ensuite, ils les conduisirent tous ensemble au Castelviel jouxtant Albi. En entrant avec lesdits hérétiques dans la cave ou sous-sol de cette maison, ils y trouvèrent Arnal Delport, Raimon Pagut, Berenguièr Brossa, maître Amat Guinho, avocat d’Albi, Bernat de Ginestós et le seigneur Guiral de Marssac, chevalier. Tous et chacun, tant lui-même, témoin, que les autres personnes, c’est-à-dire Arnal Delport, Raimon Pagut, Berenguièr Brossa, maître Mauri, d’Albi, le seigneur Guiral, de Marssac, chevalier, et Bernat de Ginestós, adorèrent lesdits hérétiques trois fois, en fléchissant les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques. Alors qu’ils avaient déjà bu et qu’ils discutaient là ensemble de tout, lesdits hérétiques dirent entre autre aux susdites personnes qui se trouvaient là, pendant que le témoin regardait et écoutait, qu’il n’y avait pas pour eux d’embarcadère sûr tout le long de la plus grande partie du Tarn, sauf celui de Marsac, du fait que le pont de Gaillac s’était rompu. Or, ils avaient l’intention de se rendre de l’autre côté du Tarn, le lendemain, pour rendre visite à leurs amis. Alors qu’ils étaient tous encore là, un messager arriva et parla en aparté avec ledit Guilhèm Golfier. À la fin de cet entretien, un moment après, laissant toutes les autres personnes susdites dans cette maison, plus exactement la cave où ils s’étaient réunis avec les susdits hérétiques, ledit Guilhèm Golfier alla à sa maison avec lui, témoin qui dépose, et il invita lui, le témoin, à se coucher dans son lit. Ils trouvèrent cependant, dans la susdite maison de Guilhèm Golfier, quand ils y arrivèrent, maître Mauri Amat, juriste d’Albi, et Pons Delpech, damoiseau. Après que lui, le témoin, se soit mis au lit, il ne sut ce que firent ledit Guilhèm Golfier et les autres personnes susdites. Avant le lever du jour, alors qu’il voulait retourner à Castres, il demanda audit Guilhèm Golfier si lesdits hérétiques étaient repartis, et il lui répondit que oui.
Interrogé sur l’année des faits susdits, il dit comme au-dessus. Sur le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

La même année, le 15 des calendes de mars49, Raimon de Baffignac dit que lors de cette entrevue qu’il eut avec les hérétiques dans une maison de Castelviel, comme cela vient d’être dit, il y avait aussi Pèire Mir, citoyen d’Albi, avec lesdits hérétiques et toutes les personnes susnommées. Ce Pèire Mir, adora lesdits hérétiques trois fois, en fléchissant les genoux selon le rite et l’usage des hérétiques, comme le firent les personnes susdites au cours de ladite entrevue. Et lorsque lui, le témoin, repartit avec ledit Guilhèm Golfier, comme il a été dit, le susdit Pèire Mir resta avec les personnes susnommées dans ladite maison, lors de ladite entrevue.
Interrogé, sur l’année, l’époque, le lieu, les personnes et l’heure, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il ne s’en souvient plus.

De même, la même année, le jour des calendes d’avril50, le susdit témoin placé devant le révérend père, seigneur Bernard, évêque d’Albi par la grâce de Dieu, et devant le frère Jean Galand, inquisiteur, à Albi, dans l’ancien palais épiscopal, tous les faits susdits confessés par le susdit témoin furent lus et énoncés en langue vulgaire, et il reconnut qu’ils étaient vrais en présence des témoins suivants : frère Jean Vigouroux, inquisiteur de Toulouse, maître Raimon de Malviès, notaire de l’inquisition de Carcassonne, et moi, Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi, et il fut absous.

De même, en l’an du Seigneur 1287, le 3 des nones de septembre51, le susdit Raimon de Baffignac, de Castres, conduit à la salle <d’audience> épiscopale, depuis la cellule où il était détenu, placé en présence du révérend père, seigneur Bernard, évêque d’Albi par la grâce de Dieu, et de frère Jean Galand, inquisiteur susdit, se ravise et dit qu’il n’a jamais vu Bernat de Ginestós avec les hérétiques, ni ne l’a vu commettre quoi que ce soit en ce qui concerne la dépravation hérétique.

Témoins : frère Guilhèm de Monclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, frère Arnal Delgras, adjoint dudit inquisiteur, et moi, Joan de Rocoles, notaire susdit, etc.

Le même jour de la même année52 et au même endroit, le susdit Raimon de Baffignac, placé en présence des personnes susmentionnées, veux et reconnaît spontanément que si jamais il ajoutait ou révoquait quoi que ce soit dans sa confession, excepté devant le susdit seigneur évêque ou le susdit inquisiteur de l’hérésie, ou leurs successeurs, il serait indigne de la grâce que les personnes susdites lui ont promise. Il s’oblige aussi, avec ses biens, qu’il fera sa pénitence et accomplira ce qu’ils seront conduits à lui enjoindre, en fonction de ce qu’il a confessé sur l’hérésie, si cela est pleinement établi par eux-mêmes.
Témoins : les susnommés frère Guilhèm et frère Arnal, et moi, Joan de Rocoles, etc.

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1C’est-à-dire le 18 janvier 1286. Le calendrier a pour style celui de pâques.

2Bernard de Castanet. évêque et seigneur d’Albi, de 1276 à 1308.

3Vers 1257.

4Vers 1259.

5C’est-à-dire le 20 janvier 1286.

6Vers 1260.

7Aujourd’hui Saint-Hippolyte de Lagriffoul.

8C’est-à-dire le 21 janvier 1286.

9Vers l’été 1284.

10Il s’agit d’un procès intenté par les Carcassonnais en 1285. contre Jean Galand. Voir à ce sujet Mgr J.M. Vidal, Un inquisiteur jugé par ses victimes : Jean Galand et les Carcassonnais, Paris, 1903.

11Donc vers l’été 1284.

12Vers 1274.

13Vers 1280.

14Vers 1259.

15Vers 1274.

16Vers 1277.

17Vers avril 1285.

18Dieu en soit prié.

19Vers 1281.

20Vers 1284.

21C’est-à-dire le 22 janvier 1286.

22Vers 1284.

23Lieu-dit non identifié.

24Faubourg de Castres.

25Lieu-dit sur la rive opposée au château de Burlats, sur l’Agout. Castres, Tarn.

26C’est-à-dire le 25 janvier 1286.

27Vers 1279.

28Vers 1280.

29C’est-à-dire le 2 février 1286.

30Vers 1284.

31Il s’agit de Raimon de Brin.

32C’est-à-dire le 3 février 1286.

33Vers 1284.

34Vers 1284.

35Vers 1281 – 1282.

36Vers 1285.

37C’est-à-dire le 5 février 1286.

38Vers 1281.

39Il s’agit de la descendance directe de Guy de Montfort, le frère de Simon de Montfort Ce dernier lui avait donné la seigneurie de Castres.

40Vers 1284.

41Vers 1277.

42C’est-à-dire le 7 février 1286.

43Avant le 25 mars 1285.

44Il s’agit de Raimon Delboc et de Raimon Daidièr, voir la déposition de Joan Constans du Ms. lat. 11847, f° 15 r° – v°.

45C’est-à-dire le 9 février 1286.

46Vers l’été 1283.

47C’est-à-dire le 10 février 1286.

48Vers 1284.

49C’est-à-dire le 15 février 1286.

50C’est-à-dire le 1er avril 1286.

51C’est-à-dire le 3 septembre 1287.

52Ut supra.

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