DÉPOSITION DE RAIMON COGORLA

RAIMON COGORLA

En l’an du Seigneur 1285, des ides de mars1, frère Raimon, dit Cogorla, a été cité et a comparu. Le témoin, après avoir juré, a été interrogé sur l’hérésie ou la vaudoisie, et a déclaré de rien savoir.

De même, la même année, le 17 des calendes d’avril2, frère Raimon Cogorla, amené de prison, se ravisa en disant qu’une fois, Joan de Castanet, marchand d’Albi, l’amena, lui, le témoin, et Pèire Aimeric à sa maison. Ils y trouvèrent Pèirot et son compagnon, hérétiques. Alors lui, le témoin, après avoir embrassé ces hérétiques, demanda audit Pèirot quelle vie il menait et s’il était un hérétique d’après ce que l’on disait. Il lui répondit que non, au contraire, il était un bon chrétien et que ceux qui le persécutaient étaient bien plus hérétiques, à savoir les frères inquisiteurs. À sa réponse, le témoin comprit, à ce qu’il dit, que ledit Pèirot avait la foi des hérétiques et non la nôtre. Ledit Pèirot incita lui, le témoin, le susdit Joan et Pèire Aimeric à croire qu’il était un bon homme et qu’il avait une bonne foi, et que tous ceux qui adhéraient et croyaient en lui devaient l’adorer, genoux fléchis, en disant « Bénissez » – ce qu’il firent, deux ou trois fois, conformément à ce qu’il leur enseigna, alors ledit Pèirot posa ses mains sur chacun, tant le témoin que ledit Joan et ledit Peire Aimeric, en disant des paroles que lui, le témoin, ne se souvient plus – et qu’ils auraient une bonne part des bienfaits qu’il ferait.
Questionné pour savoir s’il crût que cet hérétique était un bon homme, qu’il avait une bonne foi et que les hommes pourraient être sauvés en elle, il répondit que oui, ainsi que tous ceux qui avaient la même foi. Il resta dans cette croyance pendant une semaine à cause de l’enseignement de ce Pèirot.

De même, il dit que ledit Joan de Castanet donna audit Pèirot quinze sols cahorsins de la part de ce Joan de Castanet. Depuis, il ne l’a plus revu, à ce qu’il dit.
Interrogé sur l’époque, il dit que c’était il y a dix ou douze ans environ3, à ce qu’il croit, et c’était pendant l’été. Sur le jour, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus.
Questionné pourquoi il n’a pas dit la première fois ce qu’il vient de dire, il répond parce qu’il ne croyait pas que quelqu’un ait pu le savoir et parce qu’il était revenu à la foi catholique qu’il avait abandonné <un moment>.
Il fit cette déposition à Albi, en présence du vénérable père, seigneur , évêque d’Albi par la grâce de Dieu, et de frère Jean Vigouroux, inquisiteur.
Témoins : frère Guilhèm de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, Guilhèm de Pierrelatte, lecteur du même couvent, maître Pèire Radulfe, notaire de l’inquisiteur, et moi, Joan de Rocoles, notaire public du seigneur roi, qui a écrit cette déposition.

De même, la même année, le 10 des calendes d’avril4, ledit Raimon Cogorla ramené de prison, placé devant le révérend père, le seigneur évêque d’Albi, le frère Guilhèm de Montclar, le frère Guilhèm de Pierrelatte et devant moi, le susdit Joan, dit et ajoute à sa confession, ayant recouvré la mémoire, que deux nuits avant que ne meure Pèire Aimeric, alors malade de l’affection dont il mourut, un homme revêtu de brun vint à la maison dudit Pèire Aimeric et dit qu’il voulait parler avec Pèire de Falgairac, qui vivait à cette époque dans la maison dudit Pèire Aimeric. Ledit homme dit à ce Pèire qu’il venait parler avec lui parce qu’Uc de Ronel, hérétique et lui, qui était son compagnon5, voulaient voir Pèire Aimeric et parler avec lui. Ledit UC de Ronel n’avait pas osé venir avec lui mais était resté dans un potager hors de la cité d’Albi, parce qu’il avait été citoyen d’Albi et notaire de cette cité d’Albi. Pèire de Falgairac lui dit de l’amener tout de suite. Ledit homme revêtu de brun et compagnon de ce Uc, hérétiques, parti le chercher, mais ce n’est que le lendemain, après le repas, qu’ils furent introduits tous deux, à savoir Uc et son compagnon, hérétiques, par ledit Pèire Aimeric – dit le témoin qui dépose –, alors que lui, le témoin, et plusieurs autres personnes se trouvaient dans ladite maison de Pèire Aimeric. Le susdit compagnon d’Uc de Ronel, hérétique, monta au solier de ladite maison et s’étant approché près de l’entrée de la chambre où ledit malade était alité, il y trouva Raimon de Brin, l’aîné, et dit à ce Raimon – le témoin était présent et écouta – qu’il était venu parler avec ledit Pèire Aimeric et voulait le voir. Le laissant à l’extérieur de la chambre, ledit Raimon de Brin entra dans la chambre auprès du malade et lui dit qu’un homme était là et qu’il voulait lui parler. Ledit malade répondit de le faire entrer. Ce qu’il fit. Lorsqu’il s’approcha devant le malade, ledit malade lui dit que sa maladie le faisait souffrir et il l’envoya en dehors de la chambre se chauffer près du feu, ordonnant qu’on lui donne à manger. Le compagnon dudit Uc, hérétique, lui répondit qu’il n’était pas venu pour manger et sortant de ladite chambre, il laissa ledit malade. Le témoin qui dépose le reconnut alors parce qu’il l’avait déjà vu avec ledit Uc de Ronel, hérétique. Quand vint la nuit, le témoin qui dépose et ledit Pèire de Falgairac descendirent dans la cave où se trouvait les hérétiques, et ils mangèrent avec eux.
Interrogé pour savoir si le témoin et ledit Pèire de Falgairac ou l’un d’entre eux adora alors lesdits hérétiques, il dit que non.

Par la suite, laissant là lesdits hérétiques, lui, le témoin, retourna à sa maison. Après y être resté un moment, il revint à la maison dudit Pèire Aimeric, malade, où il trouva beaucoup d’hommes et de femmes, et le susdit hérétique, compagnon dudit Uc de Ronel, était dans la chambre avec les autres personnes.
Interrogé pour savoir s’il sait ou croit que les personnes qui étaient dans ladite chambre savaient ou croyaient qu’il s’agissait d’un hérétique, il dit que non, excepté ledit Pèire de Falgairac et ledit malade. Alors que lui, le témoin, se trouvait là depuis une heure après son arrivée, le susdit Pèire de Falgairac dit aux personnes présentes de sortir de la chambre parce que le susdit Pèire Aimeric voulait uriner. Toutes les personnes sortirent excepté le malade, Pèire de Falgairac, lui, le témoin, et ledit hérétique, compagnon dudit Uc de Ronel, hérétique. Lui, le témoin, resta juste devant l’entrée de ladite chambre pour tenir une tenture qui était suspendue là, afin que personne ne puisse voir à l’intérieur. Pendant qu’il se tenait ainsi, le susdit hérétique dit des paroles au susdit Pèire Aimeric, et ce Pèire Aimeric en dit à cet hérétique, que lui, le témoin, n’entendit pas. Il vit aussi que ledit hérétique et le susdit Pèire de Falgairac tenaient une cordelette et qu’ils passèrent leurs mains sous les draps qui recouvrait ledit malade. Le témoin dit ignorer s’ils ceinturèrent ou pas le malade de ladite cordelette.
Interrogé pour savoir s’il savait pourquoi ledit hérétique le faisait alors, il dit que non mais il croit et croyait alors qu’il lui faisait une ordination des hérétiques. Interrogé pour savoir si lui-même ou Pèire de Falgairac adorèrent ledit hérétique, il dit que non.
Il dit aussi que les nombreuses personnes qui étaient sorties, entrèrent dans ladite chambre une fois que ce fut fini. Ensuite, le témoin s’en alla et revint à sa maison, laissant toutes ces nombreuses personnes en compagnie dudit hérétique.
Interrogé pour savoir s’il sait ou croit que l’une des personnes qui resta avec ledit hérétique le connaissait, il dit que non, excepté le susdit Pèire de Falgairac et le malade, Pèire Aimeric. Interrogé pour savoir s’il sait ce qu’il en fut de l’hérétique et de son compagnon, il dit qu’il croit qu’ils passèrent la nuit à cet endroit, c’est-à-dire dans cette maison. Il dit qu’il ignore ce qu’ils firent ensuite ou en quel lieu ils se rendirent. Interrogé sur l’époque où cela se fit, il dit vers la dernière fête du bienheureux Vincenç6. Interrogé sur le lieu, il dit comme au-dessus. Sur le jour, il dit comme au-dessus. Sur les personnes, comme au-dessus. Interrogé sur l’heure, il dit comme au-dessus. Interrogé si ledit malade donna ou légua quelque chose auxdits hérétiques, il dit ne pas savoir.

De même, la même année, le 7 des calendes d’avril7, ledit frère Raimon Cogorla, amené de prison, placé en présence du susdit seigneur évêque, des susdits frères Prêcheurs, du seigneur Joan Molinièr et de moi, Joan, dit et ajoute à ses déclarations, ayant recouvré la mémoire, qu’il y a neuf ans environ8, Pèire Aimeric, maintenant défunt, dit à lui, le témoin, dont il était le voisin, d’entrer dans la maison de ce Pèire Aimeric. Il s’y rendit et entra dans une cave de cette maison avec ce Pèire Aimeric. Ils y trouvèrent Uc de Ronel et son compagnon, hérétiques, en compagnie de Joan de Castanet, Isarn Capela et Pèire de Falgairac. Comme ils étaient ainsi rassemblés dans ladite cave, le susdit Pèire Aimeric dit audit Joan de Castanet d’adorer lesdits hérétiques. Celui-ci lui répondit qu’il avait <déjà> adoré d’autres hérétiques et qu’il <n’avait pas besoin d’apprendre> à adorer ceux-là. Se retournant vers lui, le témoin, ledit Pèire Aimeric lui dit d’adorer lesdits hérétiques. Il lui répondit également qu’il avait <déjà> adoré d’autres hérétiques et qu’il <n’avait pas besoin d’apprendre> à adorer ceux-là. Alors, Pèire Aimeric dit aux susdits Isarn Capela et Pèire de Falgairac d’adorer lesdits hérétiques et leur montra comment faire. S’exécutant, il les adora en fléchissant les genoux devant lesdits hérétiques, et ensuite les susdits Isarn Capela et Pèire de Falgairac adorèrent lesdits hérétiques de la même manière.
Interrogé pour savoir combien de fois ils fléchirent les genoux devant lesdits hérétiques quand ils les adoraient, il dit qu’il ne s’en souvient plus, une ou plusieurs fois. Interrogé pour connaître celui qui avait amené lesdits hérétiques dans la susdite maison, il dit qu’il l’ignore. Interrogé pour connaître celui qui fit venir à ladite maison les susdits Isarn Capela et Pèire de Falgairac, il dit Pèire Aimeric, à ce qu’il croit, autrement il ne sait pas. Interrogé sur l’époque, le lieu et les personnes, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit.

De même, en l’an du Seigneur 1286, des calendes d’avril9, le témoin, placé devant le révérend père seigneur Bernat, évêque d’Albi par la grâce de Dieu, et l’inquisiteur de la dépravation hérétique, à savoir frère Jean Galand, à Albi, dans le palais épiscopal, dit et reconnaît vrai tout ce qu’il a confessé et qui lui a été lu et énoncé en vulgaire, en présence des témoins suivants : frère Guilhèm de Pierrelatte, lecteur des Prêcheurs, frère Arnal Delgras, adjoint dudit inquisiteur, maître Raimon de Malviès, notaire de l’inquisition, seigneur Joan Molinièr, archiprêtre de Castres, et moi, Joan de Rocoles etc.

De même, en l’an du seigneur 1286, le 3 des nones de mai10, le témoin ayant juré et ayant été placé devant les frères Guillaume de Saint-Seine et de Jean Galand, inquisiteurs, a reconnu vrai tout ce qu’il a confessé en justice, à plusieurs reprises, en ce qui concerne le crime d’hérésie, et qui lui a été lu et énoncé en vulgaire. Sommé par les inquisiteurs de dire librement et en toute sécurité si tout ou partie de ce qu’il a dit, a été dit par amour, par haine, ou par crainte de la prison ou bien encore incité et suborné par quelqu’un, il répond que non. Il l’a fait seulement pour le salut de son âme et par amour de la foi chrétienne.
Il fit cette déposition à Albi, dans le nouveau palais épiscopal, devant les susdits inquisiteurs, en présence des témoins suivants : révérend père, seigneur , évêque d’Albi par la grâce de Dieu, les frères de l’ordre des Prêcheurs : Guilhèm de Montclar, prieur des frères Prêcheurs d’Albi, Guilhèm de Pierrelatte, lecteur des frères Prêcheurs d’Albi, Arnal Delgras, Arnald Archembal, maître Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi et moi, Raimon de Malviès, notaire de l’inquisition, qui fut présent à cette lecture et qui reçut en mon nom tout ce qui a été dit.

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1C’est-à-dire le 15 mars 1286.

2C’est-à-dire le 16 mars 1286.

3Vers 1274 – 1276.

4C’est-à-dire le 23 mars 1286.

5Il ne peut s’agir en réalité que de Raimon Delboc et de Raimon Daidièr.

6C’est-à-dire vers le 22 janvier 1286.

7C’est-à-dire le 26 mars 1286.

8Vers 1277.

9C’est-à-dire le 1er avril 1286.

10C’est-à-dire le 5 mais 1287.

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