DÉPOSITION DE PONS NICOLAU, D’ALBI.

PONS NICOLAU, D’ALBI.

En l’an du Seigneur 1285, le 5 des nones de mars1, Pons Nicolau, peaussier d’Albi, placé en présence du révérend père, seigneur , évêque d’Albi par la grâce de Dieu, en tant que juge ordinaire d’Albi et d’Albigeois, et inquisiteur de la dépravation hérétique dans cette même circonscription, et en tant que remplaçant de frère Jean Galand, inquisiteur de l’hérésie par nomination du siège apostolique, de frère Guilhem de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, de frère Guilhèm de Pierrelatte, lecteur du même couvent, et de moi Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi dans la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers, a juré, et interrogé, tant sur lui-même que sur les autres, vivants et morts, il dit ne rien savoir.

En l’an du Seigneur 1287, des nones de mai2, Pons Nicolau, d’Albi, par devant le révérend père en Christ, le susdit seigneur évêque, et frère Jean Galand, inquisiteur de la dépravation hérétique, à Albi, dans le palais épiscopal, amené de prison et interrogé en matière d’hérésie, a juré de dire la vérité sur lui-même et sur les autres, vivants et morts. Il se ravise en disant qu’il y a quatre ans environ3, à ce qu’il lui semble, le défunt Pèire Aimeric, d’Albi, dit un jour dans son officine, que les hérétiques étaient des bons hommes et il voulait qu’il les aime et obtienne leur amitié. Il lui répondit qu’il ne le ferait pas.

Ensuite, le témoin dit et confesse spontanément que vers la fête de San-Vincenç, il y a un an cette année4, ledit Pèire Aimeric fut malade, à Albi, dans sa maison, de l’affection dont il mourut. Ce Pèire envoya le chercher, lui, le témoin, parce qu’il avait besoin de lui. Lui, le témoin, se rendit auprès de lui et il lui dit que Vidal Vinhals devait venir ici, chez lui, avec d’autres personnes. Aussitôt, ledit Vidal arriva en compagnie de Joan de Castanet, de Raimon Cogorla, et de deux hérétiques qu’Aimeric Grosset avait amenés, d’après ce qu’il entendit dire par les hérétiques. Tous se réunirent ensemble dans la chambre où était alité ledit malade. Le témoin et toutes les personnes susdites firent la révérence à ces hérétiques, en fléchissant les genoux devant eux, à l’arrivée, et le malade leur fit la révérence comme il put. Ensuite, les susdits hérétiques l’hérétiquérent en tenant les mains du malade jointes entre les mains d’un desdits hérétiques, en disant des paroles au-dessus du malade que lui, le témoin ne comprit pas et en posant sur sa tête quelque chose dont il dit ne plus se souvenir à présent. Ensuite, l’hérétication faite, toutes les personnes susdites s’en allèrent tandis que lui, le témoin, resta là.
Interrogé pour savoir combien de temps il resta dans cette croyance que les susdits hérétiques étaient des bons hommes et qu’ils donnaient la salut, il dit de cette nuit où ledit Pèire Aimeric fut hérétiqué jusqu’au lendemain matin.
Interrogé pour savoir pourquoi il n’était pas venu se confesser, il dit à cause de sa bêtise et fatuité.
Interrogé pour savoir si ledit malade légua quelque chose auxdits hérétiques, il dit qu’il l’ignore. Interrogé sur le jour, il dit qu’il ne s’en souvient plus. Sur l’époque, il dit comme au-dessus. Sur l’heure, il dit que c’était de nuit. Interrogé pour connaître les noms desdits hérétiques, il dit l’ignorer.

Il a fait cette déposition à Albi, dans la salle <d’audience> épiscopale, le même jour de la même année, devant le seigneur évêque et inquisiteur susdits. Il reconnaît vrai, mot pour mot, ce qui lui a été lu et énoncé en vulgaire en présence des témoins suivants : frère Guilhèm de Montclar, prieur des Prêcheurs d’Albi, frère Arnal Delgras, adjoint dudit inquisiteur, et de moi Joan de Rocoles, notaire du seigneur roi et du seigneur évêque susdit etc.

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1C’est-à-dire le 3 mars 1286.

2C’est-à-dire le 7 mai 1287.

3Vers 1284.

4Vers le 22 janvier 1286.

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