Petite somme contre les erreurs connues des hérétiques

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PETITE SOMME CONTRE LES ERREURS CONNUES DES HÉRÉTIQUES. FICHIER PDF

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INTRODUCTION

Le texte que nous avons traduit a été édité par Charles Molinier en 19101. Il l’avait découvert dans le Ms. lat. 13151, f° 345 – 348 conservé à la Bibliothèque Nationale de France. Ce manuscrit est une Bible, Ancien et Nouveau Testament, du milieu du XIIIe siècle et de provenance italienne. Notre texte a été écrit sur les folios de garde placés à la fin de l’ouvrage. Il s’agit manifestement d’un ajout qu’un ecclésiastique ou inquisiteur a recopié sur les pages libres de sa Bible pour avoir ce texte à portée de main. Mais cet ajout, que nous avons placé sous le titre de Summula contra errores notatos hereticorum – Petite somme contre les erreurs connues des hérétiques – n’est pas en réalité un seul et même texte, mais trois textes différents accolés l’un à la suite de l’autre. Le premier texte est la Summula proprement dite. Il s’agit d’un exposé des croyances cathares que l’on a complété par un autre texte, beaucoup plus tardif, intitulé Divisio quorumdam hereticorum – Les divergences des hérétiques –. Ce dernier résume les principaux points théologiques des écoles cathares italiennes et comporte une table qui les résume. Nous avons intitulé cette table Brevis errores trium sectarumAbrégé des erreurs des trois sectes – d’après une phrase de ce texte. Enfin, un dernier texte, très court, clôt ce recueil d’information sur les cathares. Ce texte prétend prouver par des arguments scolastiques « qu’il n’y a pas de principe du Mal comme le prétendent les hérétiques ».

Nous ignorons qui étaient les auteurs de ces trois textes. Il semble en tous cas que ces textes soient les seuls exemplaires parvenus jusqu’à nous, exceptée la table, puisque Muratori l’a publiée dans le tome V de ses Antiquitates Italicae medii aevii. Cette recension est quasiment identique à notre texte. Muratori l’avait extraite d’un ouvrage aujourd’hui perdu d’un érudit italien, Pellegrino Prisciano, mort en 1518, mais nous ignorons où lui-même l’avait trouvé.
Dans son ouvrage, Molinier donne les différentes recensions de cette table. Outre le Ms. lat. 13151 et l’édition de Muratori, elle est reproduite dans le Ms. A, III, 34, de la Bibliothèque de la Minerve, et dans l’édition du traité de Moneta di Cremona, Adversus Catharos et Valdenses, faite par Ricchini.
Molinier a aussi trouvé un chapitre de la Divisio, celui concernant les Albanistes. Celle-ci comporte une courte divergence dans l’incipit. Ce chapitre se trouve dans le Ms. 2110 de la Bibliothèque de Lucques.

PETITE SOMME CONTRE LES ERREURS CONNUES DES HÉRÉTIQUES :

Le texte rapporte les éléments les plus étrangers aux dogmes catholiques, ce qui est bien normal. On dénonce ce qui est « hérétique ».
L’incipit de la Summula est une longue introduction par rapport à la longueur du texte lui-même. La phrase d’accroche reprend le thème d’un célèbre sermon de saint Bernard contre les « hérétiques » : « Attrapez-nous les petits renards qui ravagent la vigne du Seigneur ». Tout un programme que l’Église catholique ne tarda d’ailleurs pas à mettre en œuvre. Cet incipit rend parfaitement compte de l’objectif que visait l’auteur avec son opuscule. Il entendait tout d’abord révéler « les erreurs et stupidités des hérétiques », celles qu’il avait pu découvrir, pour ensuite, dit-il, « réfuter les points capitaux de leurs hérésies » à partir des « autorités du Nouveau Testament ». Mais voilà, si le texte contient bien une exposition des « erreurs et stupidités des hérétiques », il ne contient aucune réfutation des « points capitaux de leurs hérésies ». Il faut donc déduire que notre copie ne contient que l’expositio et non la refutatio du texte de référence.
L’auteur conclut son incipit en appelant ses lecteurs à « rappeler à la foi catholique aussi bien ceux qui doutent de leur foi que ceux qui sont dans l’erreur et envoient les autres dans l’erreur ». Ce qui nous laisse entendre que l’ouvrage est l’œuvre d’un polémiste et non d’un inquisiteur, et qu’il a été probablement rédigé à la fin du XIIe, c’est-à-dire au moment où l’Église catholique découvrait le catharisme. Cette datation relativement haute dans l’histoire du catharisme est renforcée par le fait que l’expositio ne mentionne pas les principales écoles italiennes dont il est question dans le De heresi catharorum in LombardiaHérésie des cathares en Lombardie – un texte du début du XIIIe siècle. À l’époque de la rédaction de la Summula, ces écoles n’existaient manifestement pas encore.

Dans l’explicit l’auteur dit qu’il détient ses informations d’après deux anciens docteurs et prédicateurs cathares revenus au catholicisme. Un certain Giovanni di Bergamo et un certain Giovanni di Cucullio. Il dit que le premier avait été cathare quarante ans en arrière et que le second était resté vingt-cinq ans chez les cathares. Les informations recueillies par l’auteur n’étaient donc pas très récentes mais avaient le mérite d’être de source sûre.
Si nous ne savons rien sur ces deux anciens cathares cités par l’auteur, ils nous permettent de situer l’auteur et la composition de l’ouvrage en Italie, et à une date, comme nous l’avons dit, se situant vers la fin du XIIe siècle.
Dans son ouvrage concernant l’édition de notre texte, Charles Molinier identifie Giovanni di Bergamo à Giovanni di Luigio, le fameux docteur cathare, auteur du Liber de duobus principiisLivre des deux principes –, au motif que l’inquisiteur Raynier Sacconi dit dans sa Summa de Catharis qu’il était originaire de Bergamo.

Tout d’abord, rien n’indique que Giovanni di Lugio apostasia. Bien au contraire. Raynier Sacconi ne le dit pas quand il écrivit sa Summa en 1250. Même en supposant que Giovanni di Luigio apostasia après la rédaction de la Summa, il faut rajouter les quarante années dont parle l’auteur de la Summula. Ce qui nous mènerait, au plus tôt, à l’orée du XIVe siècle. Ainsi, Giovanni di Luigio aurait atteint un age canonique quand notre auteur est sensé l’avoir entendu. D’autant plus que Giovanni di Luigio était sans doute déjà d’un âge mûr quand il entreprit la rédaction de son Liber, probablement dans la décennie 1230 – 1240.
En outre, à la fin du XIIIe siècle, cela faisait longtemps que l’on ne rédigeait plus d’ouvrage polémique contre les cathares. Ils ne représentaient plus aucune menace pour l’Église catholique. Ils étaient quasiment éradiqués à cette époque. Ce que dit l’auteur dans l’incipit ne peut coïncider avec l’effacement du catharisme. Il témoigne au contraire de son ascension. La référence au sermon de saint Bernard l’atteste encore.
Il faut aussi se rappeler que le manuscrit où a été recopié la Summula est estimé du milieu du XIIIe siècle. Par conséquent, elle n’a pas pu être rédigée à la fin du XIIIe siècle.
Enfin, nul passage de la Summula ne rapporte un traître mot de la théologie exprimée par Giovanni di Luigio dans son Liber. Ce n’est donc pas à partir de lui que notre auteur a tiré ses informations.
L’association de Giovanni di Bergamo et de Giovanni di Luigio est une totale impossibilité. Pourtant, cela n’a pas empêché Christine Thouzellier de reprendre l’idée de Molinier dans son introduction concernant l’édition et la traduction du Livre des deux principes dans la collection Sources Chrétiennes. Ce qui discrédite totalement l’hypothèse qu’elle développe à partir de cette association.

LES DIVERGENCES DES HÉRÉTIQUES :

Le corps du texte est divisé en quatre chapitres inégaux dont un, le dernier, n’a pas pu être lu par Molinier tant il était effacé par le temps. Les techniques modernes nous permettraient certaine­ment de pouvoir le lire, mais il faudrait que quelqu’un ait le désir et les moyens de l’entreprendre.
Nous savons, par le titre de ce dernier chapitre, qu’il concerne l’école dite « Albaniste », ce qui est curieux puisque le premier chapitre intitulé « Les hérétiques de Dragovitsa » concerne lui aussi l’école « Albaniste ». Le fait que l’on ne puisse pas lire le texte qui se trouvait après l’intitulé, ne nous permet pas de comprendre pour quelle raison un autre chapitre fut ajouté sur l’école « Albaniste ». Il s’agit peut-être de la théologie particulière développée par Giovanni di Lugio, un « Albaniste », comme il le revendique lui-même dans son Liber.
La Divisio reprend le classement des écoles cathares italiennes du De heresis catharorum in LombardiaL’hérésie des cathares en Lombardie –. Ce classement associe les différentes écoles ou Églises cathares aux « ordres » cathares orientaux. Un classement absent de la Summula, ce qui atteste qu’il ne s’agit pas de la suite de la Summula, mais d’une autre texte, d’un autre auteur, ajouté à la suite de la Summula en complément.
Selon le texte de la Divisio, l’école Albaniste était rattachée à l’Église de Dragovitsa, tandis que L’école de Concorezzo, apparemment divisée, se rattachait à l’Église de Slavonie ou à l’Église de Bulgarie. Rien n’est indiqué pour l’école de Bagnolo. Ce classement correspond à celui du De heresi à ceci près que c’est l’école de Bagnolo qui est rattachée à l’Église de Slavonie, alors que l’école de Concorezzo est seulement rattachée à l’Église de Bulgarie. Cette différence entre les deux textes atteste probablement d’une évolution postérieure au De heresi.
Quoi qu’il en soit, le compilateur qui a recopié ces textes sur sa bible a cherché visiblement à compléter les informations données par la Summula avec la Divisio.
Enfin, la Divisio, reprend l’accusation récurrente sur l’origine doctrinales des cathares. L’auteur dit que « Les hérétiques qui disaient cela, c’étaient jadis les manichéens, maintenant ce sont ceux que l’on appelle cathares ». Pour établir cette association indue, les catholiques se contentaient de faux semblants sur le « dualisme » des cathares et des manichéens. Les cathares n’étaient nullement d’origine manichéenne et n’étaient pas non plus forcément « dualistes ». Les cathares étaient les descendants de ces disciples de Jésus et de l’apôtre Paul que l’on baptisa du nom de marcio­nites entre le IIe et Ve siècle, de pauliciens entre le VIIe et IXe siècle en Asie mineure, et de bogomiles, en Bulgarie et dans les Balkans, et de cathares, en Europe occidentale, entre le Xe et XIIe siècle. Différents sobriquets mais une seule et même confession chrétienne, héritière de l’Église primitive. Quant à la table, que nous avons intitulée Brevis errores trium sectarumAbrégé des erreurs des trois sectes –, elle a été visiblement rédigée par l’auteur de la Divisio. Lincipit le laisse clairement entendre : « Ces chapitres trop brièvement écrits que nous avions entrepris contiennent presque toutes les erreurs des trois sectes, à savoir celles des Albanistes, celles de ceux de Bagnolo et celles de ceux de Concorezzo. Certains d’entre eux sont en partie en désaccord sur certains points, d’autres en revanche les croient tous. Nous les noterons en abrégé A, B, C ». Les énoncés de la Brevis se recoupent d’ailleurs avec le texte de la Divisio, même si on ne les y retrouvent pas tous. Le texte de la Divisio était probablement plus long que celui que nous avons. Par ailleurs, les différentes recensions de cette table concordent parfaitement avec celui de notre manuscrit. Les très rares et légères divergences ou omissions sont sans doute imputables aux copistes. La seule curiosité de ce chapitre c’est qu’il contient deux incipit. Probablement, le premier de l’auteur et le second du copiste.

DÉMONSTRATION SUR LA NON EXISTENCE D’UN PRINCIPE DU MAL :

Comme l’a remarqué Molinier, l’auteur de cette démonstration vise à réfuter les énoncés théologiques de l’école « Albaniste » tels qu’ils sont exposés dans le premier chapitre de la Divisio. Il s’agit encore d’une copie d’un fragment d’un texte aujourd’hui perdu, puisque la fin du texte annonce des citations qui n’ont pas été recopiées.

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1Charles Molinier, Un texte de Muratori concernant les sectes cathares, sa provenance réelle et sa valeur, Privat, Toulouse, 1910.

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